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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304201

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304201

jeudi 16 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304201
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBARAKAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 novembre 2023, M. A D, représenté par Me Barakat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Hautes-Alpes de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil qui s'engage à renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle méconnait le 1° de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le pays de renvoi :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

La requête a été communiquée le 10 novembre 2023 au préfet des Hautes-Alpes qui n'a pas produit de mémoire en défense.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2023, à 10h00 :

- le rapport de Mme Vosgien,

- et les observations de Me Barakat, représentant M. D, en présence de ce dernier et de M. C, interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et ajoute qu'il souhaite bénéficier d'un examen radiologique en vue d'attester de son âge, il travaille comme coiffeur en région parisienne, dans le département de la Seine-Saint-Denis et dispose d'un logement en colocation avec un ressortissant de nationalité française.

- le préfet des Hautes-Alpes n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien né, selon ses dires, le 24 octobre 2006, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 9 novembre 2023 par lequel le préfet des Hautes-Alpes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article R. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative compétente pour édicter la décision portant obligation de quitter le territoire français, la décision fixant le délai de départ volontaire et l'interdiction de retour sur le territoire français est le préfet de département () ". Par un décret du 20 juillet 2022 régulièrement publié au Journal officiel de la République française le lendemain, et disponible sur internet, M. E B, auteur de la décision contestée, a été nommé préfet du département des Hautes-Alpes à compter du 23 juillet 2022. Il avait donc en cette qualité compétence pour signer la décision portant obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. D à la suite de son interpellation dans ce département. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte manque en fait et doit être rejeté.

3. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : 1° L'étranger mineur de dix-huit ans () ".

4. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. D serait entré régulièrement sur le territoire français et qu'il aurait été titulaire, à la date de l'arrêté en litige, d'un titre de séjour en cours de validité. Il entrait dès lors dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code précité permettant au préfet de prononcer une obligation de quitter le territoire français. D'autre part, le requérant soutient qu'il serait mineur, étant né le 24 octobre 2006 mais ne produit ni extrait d'acte de naissance, ni aucun autre document officiel qui justifierait de son identité ou de son âge alors qu'il ressort des termes mêmes de la décision contestée que celui-ci a fait l'objet d'un examen radiologique à l'hôpital de Briançon qui a déterminé qu'il présentait un âge osseux d'une personne adulte de plus de dix-huit ans. Si l'intéressé conteste la réalité de cet examen, il n'apporte aucun élément expliquant qu'il ne dispose pas ou plus de document officiel permettant d'attester de son âge ou permettant de faire douter des constats médicaux fondant la décision contestée. Par conséquent, le moyen tiré d'une erreur de droit du fait de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sera rejeté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

5. La décision fixant le pays de destination, après avoir visé l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, mentionne que M. D est de nationalité tunisienne et qu'il pourra rejoindre le pays dont il a la nationalité ou tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. Elle précise par ailleurs que l'intéressé n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la convention susvisée. Si le requérant reproche au préfet de ne pas avoir indiqué en quoi il ne serait pas exposé à ces risques en cas de retour dans son pays d'origine, il ne précise pas les craintes qu'il aurait à ce titre et dont il aurait fait état préalablement à la décision contestée. Par suite, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

6. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait elle-même illégale par la voie de l'exception de celle portant obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

7. La décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans, après avoir visé l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les articles L. 612-6 et 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, reproduit les termes de l'article L. 612-6 prévoyant que lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour, sauf si des circonstances humanitaires s'y opposent. Elle précise également que M. D ne justifie d'aucune circonstance humanitaire particulière et que, compte tenu des circonstances propres à son entrée en France récente le 9 avril 2023, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, une interdiction de retour d'un an ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au regard de sa vie privée et familiale. Là encore, si le requérant reproche au préfet de ne pas avoir indiqué les motifs pour lesquels il n'aurait pas fait application de circonstance humanitaire, il ne précise pas les circonstances dont il pourrait se prévaloir et dont il aurait fait état préalablement à la décision contestée. Par suite, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est suffisamment motivée.

8. Il résulte de ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait elle-même illégale par la voie de l'exception de celle portant obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'ordonner un examen radiologique complémentaire, que la requête de M. D doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. A D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D, au préfet des Hautes-Alpes et à Me Barakat.

Fait à Nîmes le 16 novembre 2023.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet des Hautes-Alpes en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304201

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