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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304215

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304215

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304215
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantESSAKHI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 et 16 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Essakhi, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté a été pris par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé en droit et en fait ;

En ce qui l'obligation de quitter le territoire sans délai :

- cette décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 novembre 2023, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 17 novembre 2023, à 10h00 :

- le rapport de Mme Vosgien,

- et les observations de Me Essakhi, représentant M. A, en présence de ce dernier, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise qu'il justifie d'une présence de trente-sept ans en France, a deux enfants de nationalité française, dont l'un vit encore sur le territoire national, il travaille comme plombier et dispose de revenus pour subvenir à ses besoins, il a un logement à Marseille.

- le préfet des Bouches-du-Rhône n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant angolais né le 4 janvier 1961, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 11 novembre 2023 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

En ce qui concerne le moyen commun aux décisions contestées :

2. Par un arrêté n°13-2023-10-10-00005 du 10 octobre 2023, régulièrement publié le lendemain au recueil des actes administratifs spécial n°13-2023-250 de la préfecture, Mme D C, sous-préfète chargée de mission auprès du préfet de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, préfet de la zone de défense et sécurité sud, préfet des Bouches-du-Rhône, a reçu délégation à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être rejeté.

3. L'arrêté mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation manque également en fait et doit être rejeté.

En ce qui concerne l'obligation de territoire français sans délai :

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine ; aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; " ; aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". L'article L. 612-3 de ce code précise enfin que : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; ".

5. Il ressort des pièces du dossier que M. A ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire, muni du visa requis par l'article L. 311-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers qui lui est applicable en l'absence de stipulations conventionnelles entre la France et son pays d'origine portant exemption de visa. Il ne justifie pas non plus avoir sollicité un titre de séjour depuis le rejet de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 9 décembre 1986, confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 28 novembre 1989. L'intéressé a par ailleurs déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement du 7 février 2014, il ne dispose pas d'un passeport ou tout autre document d'identité en cours de validité et, s'il se prévaut de l'ancienneté de son séjour en France depuis trente-sept ans, de ses deux fils âgés de 26 et 28 ans de nationalité française, d'un emploi comme plombier et d'un logement à Marseille, il ne produit aucune pièce à l'appui de ses allégations. Le requérant ne présente, dès lors, pas de garantie de représentation suffisante. Par suite, M. A, célibataire, sans enfant à charge, n'est pas fondé à soutenir qu'en l'obligeant à quitter le territoire français sans délai le préfet des Bouches-du-Rhône aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale ni entaché sa décision d'une erreur de droit ou d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

6. Aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. " ; aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ".

7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, M. A qui ne justifie pas de la date et la durée de son séjour en France, a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement. Il est célibataire, sans enfant à charge. Il n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour d'une durée de deux ans serait entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code précité ni qu'elle serait disproportionnée.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, y compris ses conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

DECIDE :

Article 1er : La requête de M. B A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet des Bouches-du-Rhône et à Me Essakhi.

Fait à Nîmes le 17 novembre 2023.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304215

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