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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304245

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304245

vendredi 17 novembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304245
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Laurent Neyrat, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) à titre principal, d'annuler les arrêtés du 25 octobre 2023 par lesquels le préfet du Gard lui a refusé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou à défaut, un récépissé portant autorisation de travail dans l'attente du réexamen de sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4°) à titre subsidiaire, d'annuler la décision lui refusant un délai de départ volontaire et renvoyer en conséquence les conclusions contre le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour à une formation collégiale du tribunal ;

5°) à titre plus subsidiaire, de suspendre la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai dans l'attente de l'examen au fond de son droit au séjour et enjoindre à l'administration de lui délivrer un récépissé valant autorisation de travail ;

6°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'administration doit justifier de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- l'agent notifiant l'arrêté ne l'a pas signé ne permettant pas de vérifier son identité et sa compétence ;

- l'arrêté est insuffisamment motivé ;

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- cette décision méconnaît le principe du contradictoire dès lors qu'il n'a pas été informé des griefs soulevés à l'encontre des documents d'état civil qu'il avait produit et n'a pas été mis à même de présenter des observations ;

- elle méconnaît l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'un détournement de procédure ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire sans délai :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception ;

- elle est entachée d'une erreur de droit ;

- la décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'un détournement de procédure ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est entachée d'une erreur de droit ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'un détournement de procédure ;

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

- cette décision est illégale par la voie de l'exception ;

- elle méconnaît les articles L. 731-1 et suivants et R. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 novembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 16 novembre 2023, à 10h00 :

- le rapport de Mme Vosgien,

- et les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. A, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et ajoute qu'il justifie d'une ancienneté sur le territoire depuis 2019, il a travaillé dans une pâtisserie sous contrat d'apprentissage puis en contrat à durée indéterminée comme en attestent ses bulletins de paye, il dispose d'un logement et règle ses factures et ses impôts, le caractère frauduleux des documents d'état-civil qu'il a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour n'est pas établi et les griefs retenus par l'administration ne permettent pas de remettre en cause leur authenticité présumée par la loi, alors que celle-ci s'est abstenue de toute procédure de levée d'actes.

- le préfet du Gard n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant malien né, selon ses dires, le 21 mai 2002, demande au tribunal d'annuler les arrêtés du 25 octobre 2023 par lesquels le préfet du Gard lui a refusé un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président. ".

3. En raison de l'urgence à statuer sur la présente requête, résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la compétence du magistrat désigné :

4. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2 du code, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.

5. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont assignés à résidence. Dès lors, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour dont il pourrait être saisi, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction dont elles sont assorties.

6. Par suite, il n'y a pas lieu, en l'espèce, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour opposée à M. A, laquelle relève de la compétence de la formation collégiale du tribunal. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, pour ce qui concerne la partie du litige relevant de la compétence d'une formation collégiale.

Sur les décisions restant en litige :

7. Il ressort des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis au moins janvier 2019, date de sa prise en charge par le service d'aide sociale à l'enfance, soit presque cinq ans à la date attaquée. Il justifie avoir suivi une formation et travaillé en tant que pâtissier dans le cadre d'un contrat d'apprentissage conclu en septembre 2019, puis d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la même entreprise depuis septembre 2021, comme en attestent également ses bulletins de paye versés au dossier depuis au moins janvier 2022. Cette activité professionnelle lui permet de subvenir à ses besoins et de disposer d'un logement, dont il règle les factures notamment d'électricité depuis décembre 2020 et déclare ses revenus auprès de l'administration fiscale. Eu égard tant à la durée et aux conditions de son séjour en France que des efforts déployés pour s'y intégrer, le requérant est fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français sans délai est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, qu'il y a lieu d'annuler la décision du 25 octobre 2023 par laquelle le préfet du Gard a fait obligation à M. A de quitter le territoire français sans délai, et par voie de conséquence, celles portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et assignation à résidence d'une durée de quarante-cinq jours, dont elle est assortie.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues aux articles L. 721-6, L. 721-7, L. 731-1, L. 731-3, L. 741-1 et L. 743-13, et l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas ".

10. L'annulation des décisions contestées n'implique pas d'autres mesures que celles expressément prescrites par les dispositions citées au point précédent. Les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte présentées par M. A ne peuvent dès lors être accueillies.

Sur les frais d'instance :

11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de M. A présentées sur le fondement des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

DECIDE :

Article 1er : M. A est admis provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 25 octobre 2023 par laquelle le préfet du Gard a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 y afférentes, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Nîmes.

Article 3 : Les décisions du 25 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Gard a obligé M. A de quitter sans délai le territoire français, lui a interdit d'y retourner pour une durée de deux ans et l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours sont annulées.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A, au préfet du Gard et à Me Laurent-Neyrat.

Fait à Nîmes le 17 novembre 2023.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

E. PAQUIERLa République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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