mardi 15 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304334 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | DRAI Associés |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 17 novembre 2023, M. C A, représenté par la SELARL Eydoux et Associés, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le maire de Courthézon a délivré à la société à responsabilité limitée (SARL) B Promotion un permis de construire valant permis de démolir en vue de l'édification d'un ensemble immobilier comportant quatre bâtiments, ensemble la décision du 20 septembre 2023 rejetant son recours gracieux ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Courthézon la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, il a respecté les formalités de notification prévues par l'article R. 600-1 du code de l'urbanisme ;
- il justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour agir ;
- le projet méconnait les réserves émises par le préfet dans son avis de sorte qu'en l'absence de levée des réserves cet avis doit être regardé comme défavorable ; au regard de cet avis le maire aurait dû refuser le permis de construire, les réserves remettant en question le projet ;
- l'avis de l'architecte des bâtiments de France doit être regardé comme défavorable en raison de la teneur des prescriptions émises, au regard de cet avis le maire aurait dû refuser le permis de construire ;
- la procédure est irrégulière dès lors qu'il y a eu une modification majeure du projet en cours d'instruction et qu'il n'y a pas eu de nouvelle saisine de l'architecte des bâtiments de France ;
- l'arrêté est entaché d'un vice de procédure en l'absence d'accord du gestionnaire du domaine alors que le projet a pour objet de modifier l'espace public ;
- le projet est de nature à compromettre l'exécution du futur plan local d'urbanisme, le maire aurait dû sursoir à statuer sur cette demande ;
- le dossier de demande de permis de construire est incomplet et comporte des erreurs substantielles qui ont pu fausser l'appréciation du service instructeur ;
- les dispositions des articles R. 111-2 et R. 111-5 du code de l'urbanisme ont été méconnues ;
- le projet en litige méconnait les dispositions du titre 3 du PPRi du bassin versant de l'Ouvèze et ses affluents ;
- le maire a commis une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme compte tenu de l'atteinte portée au caractère des lieux avoisinants ;
- le projet méconnait les dispositions de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnait l'orientation d'aménagement et de programmation prévue pour la zone " friche Serda " ;
- le projet méconnait l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme ;
- le projet n'est pas conforme aux dispositions des articles R. 111-15 et L. 471-1 du code de l'urbanisme ;
- le projet méconnait l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ;
- il méconnait les articles R. 111-16 et R. 111-19 du code de l'urbanisme ;
- le projet pris dans son ensemble méconnait les dispositions du règlement de la zone Ubr du projet de plan local d'urbanisme concernant l'emprise au sol, la hauteur des constructions, l'implantation des constructions, l'absence de place de stationnement de rechargement électrique.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 mai et 3 août 2024, la commune de Courthézon, représentée par la SELARL Drai associés, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge du requérant en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant n'a pas intérêt à agir ;
- les moyens liés à la méconnaissance du plan local d'urbanisme sont irrecevables en l'absence de son adoption à la date de la décision attaquée ;
- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Par des mémoires en défense enregistrés les 30 avril et 9 août 2024, la SARL B Promotion, représentée par la SCP Penard Oosterlynck Beveraggi, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- le requérant n'a pas intérêt à agir ;
- les moyens liés à la méconnaissance du plan local d'urbanisme sont irrecevables en l'absence de son adoption à la date de la décision attaquée ;
- les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Un mémoire présenté pour le requérant a été enregistré le 18 septembre 2024, postérieurement à la clôture d'instruction, et n'a pas été communiqué.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code du patrimoine ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Hoenen,
- les conclusions de Mme Bourjade, rapporteure publique,
- et les observations de Me Germain-Morel, représentant la commune de Courthézon, et de M. B, représentant la SARL B Promotion.
Considérant ce qui suit :
1. Le 27 mars 2023, la société à responsabilité limitée B Promotion a déposé une demande de permis de construire valant permis de démolir en vue de l'édification d'un ensemble immobilier de 54 logements répartis sur deux bâtiments, un bâtiment à destination privée tertiaire et un bâtiment devant accueillir un établissement recevant du public (ERP) à caractère de santé sur un terrain situé avenue Jean Jaurès, composé des parcelles cadastrées section AO nos 83, 67, 82, 81, 80, 66, 79, 85, 73. M. A demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 22 juin 2023 par lequel le maire de Courthézon à fait droit à sa demande. Enfin, par un arrêté du 10 juillet 2024 non contesté dans la présente instance, cette même autorité a délivré à la SARL B Promotion un permis de construire modificatif concernant les façades, la prise en compte du plan de prévention du risque inondation, des précisions sur les dérogations demandées et l'absence de division.
Sur la fin-recevoir opposée en défense :
2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne autre que l'Etat, les collectivités territoriales ou leurs groupements ou une association n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation () ".
3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le code de l'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Il appartient ensuite au juge de l'excès de pouvoir de former sa conviction sur la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci.
4. M. A est propriétaire de la parcelle cadastrée section AO n° 75 comportant une maison d'habitation qui est séparée du terrain d'assiette du projet tant au nord qu'à l'est par une autre parcelle bâtie. Le requérant fait notamment état des nuisances sonores et visuelles liées à la réalisation du projet litigieux, ainsi qu'une hausse du flux de circulation qui sera trop important au regard de la configuration du quartier. Il ressort des pièces du dossier que la parcelle du requérant est riveraine de la voie desservant le projet en litige. Compte tenu tant de la configuration des lieux que de l'ampleur du projet, ce dernier, qui sera visible depuis la propriété du requérant, est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. M. A justifie ainsi, d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation du permis de construire en litige. Par suite, la fin de non-recevoir opposée sur ce point doit être écartée.
Sur l'irrecevabilité des moyens tirés de la méconnaissance du plan local d'urbanisme de la commune de Courthézon :
5. Il est constant que la commune de Courthézon n'était pas couverte par un document d'urbanisme à la date du 27 mars 2023 à laquelle la société pétitionnaire a déposé la demande de permis de construire litigieuse. De sorte que le requérant ne peut invoquer, pour contester le permis de construire en litige, la méconnaissance des dispositions du projet du plan local d'urbanisme. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'OAP de la " friche Serda " et de ce que le projet pris dans son ensemble méconnait les dispositions du règlement de la zone Ubr du projet de plan local d'urbanisme concernant l'emprise au sol, la hauteur des constructions, l'implantation des constructions, l'absence de place de stationnement de rechargement électrique sont inopérants.
Sur la légalité du permis de construire en litige :
6. Lorsqu'un permis de construire a été délivré en méconnaissance des dispositions législatives ou réglementaires relatives à l'utilisation du sol ou sans que soient respectées des formes ou formalités préalables à la délivrance des permis de construire, l'illégalité qui en résulte peut être régularisée par la délivrance d'un permis modificatif dès lors que celui-ci assure le respect des règles de fond applicables au projet en cause, répond aux exigences de forme ou a été précédé de l'exécution régulière de la ou des formalités qui avaient été omises. Les irrégularités ainsi régularisées ne peuvent plus être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre le permis initial.
7. Aux termes de l'article L. 422-5 du même code : " Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu () ". Aux termes de l'article R. 423-59 du même code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 752-4, L. 752-14 et L. 752-17 du code de commerce et des exceptions prévues aux articles R*423-60 à R*423-71-1, les collectivités territoriales, services, autorités ou commissions qui n'ont pas fait parvenir à l'autorité compétente leur réponse motivée dans le délai d'un mois à compter de la réception de la demande d'avis sont réputés avoir émis un avis favorable ".
8. Il est constant qu'à la date à laquelle l'arrêté litigieux est intervenu, la commune de Courthézon n'était pas dotée d'un plan local d'urbanisme ou d'un document en tenant lieu. La préfète de Vaucluse a, le 31 mai 2023, en ce qui concerne le permis de construire initial, rendu un avis conforme favorable avec des réserves relatives au classement en zone rouge hachurée par le plan de prévention des risques naturels d'inondation. Le permis en cause est assorti de prescriptions à son article 2 notamment relatives au respect des prescriptions émises par le préfet, à savoir la construction sur pilotis permettant la transparence hydraulique, ce qui était déjà prévu par le projet, l'installation des cabinets de médecins et d'infirmiers en R+1, la pose de grillages en clôtures, l'interdiction des remblais, une gestion optimisée des crues et la mise en place d'un système d'alerte avec affichage d'une fiche reflexe dans les espaces communs des bâtiments et dans l'établissement recevant du public. Le respect de ces prescriptions relève de l'exécution du permis et ne peut être invoqué pour contester l'arrêté en litige. Le requérant fait valoir que le projet a été modifié en cours d'instruction afin de prévoir la construction des bâtiments sur pilotis pour prendre en compte ce risque d'inondation, postérieurement à l'avis de la préfète, de sorte que le maire de Courthézon, ne pouvait se prévaloir d'un avis conforme du préfet répondant aux exigences de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme. Toutefois, le préfet de Vaucluse a également rendu un avis favorable sans réserve, le 7 juin 2024, sur la demande de permis de construire modificatif précisant les dispositifs de lutte contre le risque d'inondation. Contrairement à ce qui est allégué par M. A, ces modifications ne sont pas d'une consistance telle qu'elles seraient susceptibles de remettre en cause l'économie générale du projet. Dès lors, à supposer même que l'arrêté du 22 juin 2023 ait été émis en méconnaissance des dispositions de l'article L. 422-5 du code de l'urbanisme, l'arrêté du 10 juillet 2024 a permis de régulariser cette éventuelle irrégularité.
9. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord de l'architecte des Bâtiments de France. ". Aux termes de l'article L. 632-1 du code du patrimoine : " Dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, sont soumis à une autorisation préalable les travaux susceptibles de modifier l'état des parties extérieures des immeubles bâtis, y compris du second œuvre, ou des immeubles non bâtis. / (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " I. - L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine. Il tient compte des objectifs nationaux de développement de l'exploitation des énergies renouvelables et de rénovation énergétique des bâtiments définis à l'article L. 100-4 du code de l'énergie. Tout avis défavorable de l'architecte des Bâtiments de France rendu dans le cadre de la procédure prévue au présent alinéa comporte une mention informative sur les possibilités de recours à son encontre et sur les modalités de ce recours. / () ".
10. Le requérant soutient que l'arrêté délivrant le permis de construire aurait été pris selon une procédure irrégulière, l'architecte des bâtiments de France (ABF) n'ayant pas rendu son avis sur l'intégralité du projet dès lors que les constructions devaient finalement se faire sur pilotis. Toutefois il ressort des pièces du dossier que ce système de transparence hydraulique se trouvait dans les plans accompagnant la demande de permis de construire initial. Dans ces conditions, il ne démontre pas que le projet aurait été modifié de manière substantielle nécessitant ainsi un nouvel avis de l'ABF. En tout état de cause, l'ABF a, à nouveau été saisi, suite à la demande de permis de construire modificatif qui porte notamment sur les façades afin de prendre en compte les prescriptions énoncées dans le premier avis de l'ABF du 25 mai 2023. L'ABF s'est prononcé, le 28 juin 2024, sur ce projet modifié et a rendu un avis favorable avec prescription. Le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure doit donc être écarté.
11. L'architecte des bâtiments de France a donné, par avis du 25 mai 2023, son accord au projet avec des prescriptions, certes nombreuses, mais extrêmement précises portant sur la couleur des façades, les matériaux à utiliser pour les fenêtres et les huisseries ainsi que pour les menuiseries et l'organisation du bardage présent en rez-de-chaussée. Le seul nombre de ces prescriptions, qui sont par ailleurs précises et limitées dans leur objet, ne suffit pas à faire regarder cet avis comme entaché d'erreur d'appréciation en ce qu'il aurait dû être défavorable. En tout état de cause, comme indiqué au point précédent, en raison de la prise en compte des prescriptions émises par l'ABF, dans son avis du 25 mai 2023, par le permis de construire modificatif, ce moyen doit être écarté.
12. Aux termes de l'article L. 424-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente se prononce par arrêté sur la demande de permis ou, en cas d'opposition ou de prescriptions, sur la déclaration préalable. / Il peut être sursis à statuer sur toute demande d'autorisation concernant des travaux, constructions ou installations dans les cas prévus au 6° de l'article L. 102-13 et aux articles L. 121-22-3, L. 121-22-7, L. 153-11 et L. 311-2 du présent code et par l'article L. 331-6 du code de l'environnement. () ". Aux termes de l'article L. 153-11 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente mentionnée à l'article L. 153-8 prescrit l'élaboration du plan local d'urbanisme et précise les objectifs poursuivis et les modalités de concertation, conformément à l'article L. 103-3. () L'autorité compétente peut décider de surseoir à statuer, dans les conditions et délai prévus à l'article L. 424-1, sur les demandes d'autorisation concernant des constructions, installations ou opérations qui seraient de nature à compromettre ou à rendre plus onéreuse l'exécution du futur plan dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durable. ".
13. Il résulte de ces dispositions que le maire d'une commune dont le plan local d'urbanisme est en cours de révision peut opposer à une demande d'autorisation d'urbanisme une décision de sursis à statuer dès lors qu'a eu lieu le débat sur les orientations générales du projet d'aménagement et de développement durables et que celles-ci traduisent un état suffisamment avancé du futur plan local d'urbanisme pour apprécier si une construction serait de nature à compromettre ou rendre plus onéreuse l'exécution de ce plan. La décision de surseoir à statuer n'est qu'une faculté et non une obligation.
14. Il est constant qu'à la date d'adoption du permis de construire litigieux, la commune de Courthézon n'était pas couverte pas un document d'urbanisme et que par une délibération municipale du 23 septembre 2017, la commune a prescrit l'élaboration d'un PLU. Cependant, il résulte des pièces du dossier que le projet d'aménagement et de développement durable (PADD) ainsi que l'orientation d'aménagement et de programmation prévue pour la zone " friche Serda ", sur lesquels se base le requérant, n'ont pas fait pas fait l'objet d'un débat par les élus de la commune et encore moins d'une adoption. L'état d'avancement des travaux d'élaboration du nouveau plan local d'urbanisme ne permettait pas, à la date de délivrance du permis de construire, de déterminer la teneur des règles applicables à cette zone. Par suite, le maire n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation en ne sursoyant pas à statuer et il y a lieu d'écarter le moyen.
15. Le requérant soutient que le projet aurait dû faire l'objet d'un accord du gestionnaire du domaine, le projet ayant pour objet de modifier l'espace public. Or il ressort du dossier de demande de permis de construire que le projet n'a pas pour objet de modifier l'espace public, l'accord du gestionnaire du domaine, à supposer qu'il soit différent du maire, n'était donc pas requis. Il y a lieu d'écarter ce moyen.
16. En application de l'article R. 431-4 du code de l'urbanisme : " La demande de permis de construire comprend : a) Les informations mentionnées aux articles R. 431-5 à R. 431-12 b) Les pièces complémentaires mentionnées aux articles R. 431-13 à R. * 431-33-1 ; c) Les informations prévues aux articles R. 431-34 et R. 431-34-1. () ". L'article R. 431-9 du même code dispose que : " Le projet architectural comprend également un plan de masse des constructions à édifier ou à modifier coté dans les trois dimensions. Ce plan de masse fait apparaître les travaux extérieurs aux constructions, les plantations maintenues, supprimées ou créées et, le cas échéant, les constructions existantes dont le maintien est prévu. / () Lorsque le projet est situé dans une zone inondable délimitée par un plan de prévention des risques, les cotes du plan de masse sont rattachées au système altimétrique de référence de ce plan. ". Enfin aux termes de l'article R. 431-16 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la demande de permis de construire comprend en outre, selon les cas : / () f) Lorsque la construction projetée est subordonnée par un plan de prévention des risques naturels prévisibles ou un plan de prévention des risques miniers approuvés, ou rendus immédiatement opposables en application de l'article L. 562-2 du code de l'environnement, ou par un plan de prévention des risques technologiques approuvé, à la réalisation d'une étude préalable permettant d'en déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation, une attestation établie par l'architecte du projet ou par un expert certifiant la réalisation de cette étude et constatant que le projet prend en compte ces conditions au stade de la conception ; / () ".
17. La circonstance que le dossier de demande de permis de construire ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité le permis de construire qui a été accordé que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.
18. Il ressort des pièces du dossier que le plan de masse joint à la demande de permis de construire modificatif précise la largeur des voies et le plan de masse initial mentionne les voies publiques de desserte du projet ainsi que les cotes altimétriques et les plans de coupe identifient le niveau du terrain naturel. Le plan de coupe du bâtiment A a été joint à la demande de permis de construire modificatif. Un plan de l'existant a été établi par un géomètre. Le dossier de demande de permis de construire modificatif précise que le permis ne vaut pas division, contrairement à ce que certaines indications et pièces contenues dans le permis initial pouvaient laisser à penser au requérant. Le plan des voies et réseaux divers joint à la demande de permis de construire modificatif mentionne aussi les dimensions de la voirie et les cotes rattachées au système altimétrique de référence du plan de prévention des risques naturel d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze. Il précise également l'implantation du bassin de rétention. Ce plan de prévention n'imposant pas la réalisation d'une étude préalable permettant de déterminer les conditions de réalisation, d'utilisation ou d'exploitation de la construction projetée, le dossier n'avait pas à comporter l'attestation prévue par le f) de l'article R. 432-16 du code de l'urbanisme. Par ailleurs, il n'y a pas d'incohérence dans les mentions de la surface de plancher portées sur le formulaire Cerfa et sur la notice descriptive, le permis de construire modificatif précisant que cette surface est de 6 231 m². Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les documents d'insertion seraient erronés et auraient été de nature à fausser l'appréciation du service instructeur sur la nature et la consistance du projet en litige. Enfin le permis de construire modificatif précise que le premier étage est affecté au stationnement des véhicules, le rez-de-chaussée étant sur pilotis afin de respecter la transparence hydraulique. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier ne peut qu'être écarté.
19. En vertu de l'article L. 562-1 du code de l'environnement, l'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles qui ont notamment pour objet de délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de leur nature et de leur intensité, d'y interdire les constructions ou la réalisation d'aménagements ou d'ouvrages ou de prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités. Selon l'article L. 562-4 du même code : " Le plan de prévention des risques naturels prévisibles approuvé vaut servitude d'utilité publique. Il est annexé au plan local d'urbanisme () ".
20. Aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
21. D'une part, en vertu de ces dispositions, lorsqu'un projet de construction est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique, le permis de construire ne peut être refusé que si l'autorité compétente estime, sous le contrôle du juge, qu'il n'est pas légalement possible, au vu du dossier et de l'instruction de la demande de permis, d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions spéciales qui, sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, permettraient d'assurer la conformité de la construction aux dispositions législatives et réglementaires dont l'administration est chargée d'assurer le respect.
22. D'autre part, les prescriptions d'un plan de prévention des risques naturels prévisibles, destinées notamment à assurer la sécurité des personnes et des biens exposés aux risques en cause et valant servitude d'utilité publique, s'imposent directement aux autorisations de construire, sans que l'autorité administrative soit tenue de reprendre ces prescriptions dans le cadre de la délivrance du permis de construire. Il incombe à l'autorité compétente pour délivrer une autorisation d'urbanisme de vérifier que le projet respecte les prescriptions édictées par le plan de prévention et, le cas échéant, de préciser dans l'autorisation les conditions de leur application. Si les particularités de la situation l'exigent et sans apporter au projet de modifications substantielles nécessitant la présentation d'une nouvelle demande, il peut subordonner la délivrance du permis de construire sollicité à des prescriptions spéciales, s'ajoutant aux prescriptions édictées par le plan de prévention dans cette zone, si elles lui apparaissent nécessaires pour assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme. Ce n'est que dans le cas où l'autorité compétente estime, au vu d'une appréciation concrète de l'ensemble des caractéristiques de la situation d'espèce qui lui est soumise et du projet pour lequel l'autorisation de construire est sollicitée, y compris d'éléments déjà connus lors de l'élaboration du plan de prévention des risques naturels, qu'il n'est pas légalement possible d'accorder le permis en l'assortissant de prescriptions permettant d'assurer la conformité de la construction aux dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, qu'elle peut refuser, pour ce motif, de délivrer le permis.
23. Dans son premier avis le préfet a émis des réserves liées à la prise en compte du risque inondation identifié par la PPRI, le projet se situant en zone hachurée rouge du plan. Ces prescriptions ont été reprises par le maire dans son arrêté accordant le permis de construire initial. Or dans le cadre de sa demande de permis de construire modificatif la société pétitionnaire a précisé les adaptations des constructions afin de prendre en compte les règles de constructibilités posées par le PPRI et a pris en compte les prescriptions émises par le préfet. Il ressort des plans de coupes que les bureaux et les logements d'habitation se retrouveront en R+1, les rez-de-chaussée seront utilisés comme parking et les bâtiments seront bâtis sur un système de pilotis permettant une transparence hydraulique. Le permis de construire modificatif prévoit également que les clôtures seront constituées de simple grillage avec une hauteur inférieure à 1m80 sans remblais conformément aux réserves émises par le préfet. Ce permis modificatif a fait l'objet d'une nouvelle instruction par le préfet qui a émis un avis favorable sans réserve au regard des modifications apportés en projet. Au regard de ces éléments, c'est sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation que le maire de Courthézon a estimé que le projet en litige ne présentait pas de risque pour la sécurité publique au regard du risque d'inondation auquel est exposé le terrain d'assiette et a délivré le permis de construire attaqué.
24. Aux termes de l'article 1 du titre III du règlement du plan de prévention des risques naturels d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents, applicable à la zone rouge hachurée : " Sont interdits Tous les projets nouveaux à l'exception de ceux visés à l'article 2 ci-dessous. / Sont notamment interdits : / Les Etablissements Recevant du Public (ERP) de 1ère, 2ème et 3ème catégories, et de type () U (établissement sanitaire) () ". Le lexique du règlement du plan de prévention des risques naturels d'inondation répertorie comme ERP de type U : " Etablissements () consultants ".
25. Il est constant que les parcelles, terrain d'assiette du projet, sont ainsi que cela a déjà été dit, classées en zone hachurée rouge. Il ressort de la notice descriptive que le projet litigieux prévoit notamment la construction d'un établissement recevant du public à destination médicale/santé en R+2. Or, en application des dispositions citées au point précédent un tel établissement est interdit dans une telle zone. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du titre III du règlement du plan de prévention des risques naturels d'inondation du bassin versant de l'Ouvèze et de ses affluents doit être accueilli.
26. L'article R. 111-5 du code de l'urbanisme dispose que : " Le projet peut être refusé sur des terrains qui ne seraient pas desservis par des voies publiques ou privées dans des conditions répondant à son importance ou à la destination des constructions ou des aménagements envisagés, et notamment si les caractéristiques de ces voies rendent difficile la circulation ou l'utilisation des engins de lutte contre l'incendie. Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic. "
27. M. A ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article R.111-5 citées au point précédent pour contester le caractère suffisant de la voie d'accès au projet, celles-ci ne règlementant que les voies de desserte du terrain.
28. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet sera desservi par l'avenue Jean Jaurès qui est une voie publique où la vitesse est limitée à 50 km/h, dont le caractère rectiligne sur la portion concernée offre une parfaite visibilité à ses usagers et dont la largeur supérieure à huit mètres, les deux voies de circulation et les trottoirs qui la bordent sont adaptées aux besoins du projet et à même de supporter l'augmentation du trafic routier qu'induira sa réalisation. Enfin, l'accès au projet constitué par le débouché sur l'avenue du Général Leclerc, présentera une largeur de 5,5 mètres et sera à sens unique. Ainsi, il n'apparaît pas que les caractéristiques de ces voies seraient insuffisantes au regard de la nature et de l'importance du projet, ni que les engins de lutte contre l'incendie ne pourraient utiliser ces voies de circulation. Cet accès ne peut donc être regardé comme présentant un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes l'utilisant
29. Aux termes de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales. ".
30. Il résulte de ces dispositions que, si les constructions projetées portent atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ou encore à la conservation des perspectives monumentales, l'autorité administrative compétente peut refuser de délivrer le permis de construire sollicité ou l'assortir de prescriptions spéciales. Pour rechercher l'existence d'une atteinte de nature à fonder le refus de permis de construire ou les prescriptions spéciales accompagnant la délivrance de ce permis, il lui appartient d'apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d'évaluer, dans un second temps, l'impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site. Pour apprécier aussi bien la qualité du site que l'impact de la construction projetée sur ce site, il appartient à l'autorité administrative, sous le contrôle du juge, de prendre en compte l'ensemble des éléments pertinents et notamment, le cas échéant, la covisibilité du projet avec des bâtiments remarquables, quelle que soit la protection dont ils bénéficient par ailleurs au titre d'autres législations.
31. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet se trouve dans le périmètre délimité des abords ou le champ de visibilité de plusieurs monuments historiques qui sont le Beffroi, le château de Val-Seille et les anciens remparts. De sorte que le site présente un intérêt particulier et qu'à ce titre le projet a fait l'objet d'une saisine de l'ABF pour avis. L'ABF a émis, le 25 mai 2023, un avis favorable avec des prescriptions, ces prescriptions notamment concernant les façades ont été prises en compte par le permis de construire modificatif ; permis modificatif qui a fait l'objet d'une nouvelle instruction de l'ABF qui a émis, le 28 juin 2024, un avis favorable avec des prescriptions concernant la couleur des menuiseries et des prescriptions pour éviter l'aspect répétitif du bardage en acier du rez-de-chaussée. Il s'ensuit que M. A n'est pas fondée à soutenir qu'en délivrant les permis de construire attaqués, le maire de Courthézon aurait commis une erreur manifeste d'appréciation dans l'application de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme.
32. Aux termes de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme : " () / Lorsque le projet prévoit des bâtiments à usage d'habitation, l'autorité compétente mentionnée aux articles L. 422-1 à L. 422-3 peut exiger la réalisation, par le constructeur, d'aires de jeux et de loisirs situées à proximité de ces logements et correspondant à leur importance. "
33. Le requérant soutient que l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme dès lors que le maire n'a pas assorti sa décision de prescriptions imposant la réalisation d'aires de jeux et de loisirs. Toutefois, les dispositions précitées n'ont nullement pour objet, ni pour effet, d'imposer au maire d'exiger la création d'aires de jeux et de loisirs lorsque le projet prévoit des bâtiments à usage d'habitation. Ainsi, le maire de Courthézon n'était pas tenu d'exiger la réalisation de tels équipements du pétitionnaire. Par suite, le moyen tiré d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article R. 111-7 du code de l'urbanisme doit être écarté.
34. L'article R. 111-8 du code de l'urbanisme dispose que : " L'alimentation en eau potable et l'assainissement des eaux domestiques usées, la collecte et l'écoulement des eaux pluviales et de ruissellement ainsi que l'évacuation, l'épuration et le rejet des eaux résiduaires industrielles doivent être assurés dans des conditions conformes aux règlements en vigueur ". Ces dispositions, n'imposent pas par elles-mêmes à tout projet de construction de prévoir la réalisation d'un bassin de rétention des eaux pluviales et de ruissellement.
35. Il ressort des pièces du dossier qu'une étude hydraulique a été établie à la demande de la société pétitionnaire au mois de mars 2023 et adressé au service instructeur afin de compléter le dossier de demande de permis de construire ; le permis de construire initial a été délivré au regard de cette étude. M. A soutient que la communauté de communes Pays d'Orange en Provence aurait dû être à nouveau saisi pour avis en raison de cette étude, or elle l'a été dans le cadre de l'instruction du permis de construire modificatif dont le dossier contenait un complément d'expertise pour expliciter les calculs relatifs au système de rétention et d'infiltration des eaux pluviales, et a émis un avis favorable le 7 mai 2024. Par ailleurs, comme indique au point 18, le dossier de permis de construire modificatif précise l'implantation du bassin de rétention. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 111-8 du code de l'urbanisme doit être écarté.
36. L'article R. 111-15 du code de l'urbanisme dispose que : " Une distance d'au moins trois mètres peut être imposée entre deux bâtiments non contigus situés sur un terrain appartenant au même propriétaire. ". Cette disposition qui, sans autre précision réglementaire, renvoie à l'implantation des constructions, confère à l'autorité administrative un large pouvoir d'appréciation et ne lui impose pas de rejeter une demande de permis de construire au seul motif que des bâtiments non contigus ne seraient pas distants d'au moins trois mètres. Il ressort des plans de masse versés au dossier que la distance entre les différents bâtiments est de 5 mètres. Par suite, M. A n'est pas, en tout état de cause, fondé, à soutenir que le projet en litige méconnaîtrait les dispositions précitées de l'article R. 111-15 du code de l'urbanisme.
37. D'une part, aux termes de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés () ". Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.
38. D'autre part, aux termes de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme : " L'autorité qui délivre l'autorisation de construire, d'aménager, ou de lotir exige, en tant que de besoin, du bénéficiaire de celle-ci la réalisation et le financement de tous travaux nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction, du terrain aménagé ou du lotissement, notamment en ce qui concerne la voirie, l'alimentation en eau, gaz et électricité (). / Les obligations imposées par l'alinéa ci-dessus s'étendent au branchement des équipements propres à l'opération sur les équipements publics qui existent au droit du terrain sur lequel ils sont implantés et notamment aux opérations réalisées à cet effet en empruntant des voies privées ou en usant de servitudes. () / L'autorisation peut également, avec l'accord du demandeur et dans les conditions définies par l'autorité organisatrice du service public de l'eau ou de l'électricité, prévoir un raccordement aux réseaux d'eau ou d'électricité empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve que ce raccordement n'excède pas cent mètres et que les réseaux correspondants, dimensionnés pour correspondre exclusivement aux besoins du projet, ne soient pas destinés à desservir d'autres constructions existantes ou futures () ". Il résulte de ces dispositions que, pour l'alimentation en électricité, relèvent des équipements propres à l'opération ceux qui sont nécessaires à la viabilité et à l'équipement de la construction ou du terrain jusqu'au branchement sur le réseau public d'électricité qui existe au droit du terrain, en empruntant, le cas échéant, des voies privées ou en usant de servitudes, ou, dans les conditions définies au troisième alinéa de l'article L. 332-15, en empruntant, en tout ou partie, des voies ou emprises publiques, sous réserve dans ce dernier cas que le raccordement n'excède pas cent mètres. En revanche, pour l'application de ces dispositions, les autres équipements de raccordement aux réseaux publics d'électricité, notamment les ouvrages d'extension ou de branchement en basse tension, et, le cas échéant, le renforcement des réseaux existants, ont le caractère d'équipements publics.
39. L'avis émis le 18 avril 2023 par la société Enedis dans le cadre de l'instruction de la demande de permis de construire de la société B Promotion indique que le projet en cause rend nécessaire, outre la création de deux postes de distribution sur le terrain d'assiette, une extension du réseau public de distribution d'électricité d'une longueur de " 2 x 30 mètres sur le domaine public ". Ces travaux qui portent sur un allongement de ce réseau d'une longueur de deux fois trente mètres, consistent en un simple raccordement au réseau en cause. De même, il ne ressort pas des pièces du dossier, et il n'est d'ailleurs pas allégué en défense, que la création prévue de ces deux postes de distribution sur le terrain d'assiette impliquerait des travaux de renforcement de la capacité du réseau public de distribution d'électricité. Ces postes de distribution doivent, dès lors, être regardé comme étant au nombre des équipements propres à l'opération, au sens de l'article L. 332-15 du code de l'urbanisme, dont la réalisation et le financement peuvent être mis à la charge de la société pétitionnaire. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme ne peut qu'être écarté.
40. Le requérant soutient également que le projet méconnait les dispositions des articles R. 111-16 et R. 111-19 du code de l'urbanisme, or ces moyens ne sont pas assortis des précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et ne peuvent donc qu'être écartés.
Sur l'application de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme :
41. Aux termes de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5-1, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire (), estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice n'affectant qu'une partie du projet peut être régularisé, limite à cette partie la portée de l'annulation qu'il prononce et, le cas échéant, fixe le délai dans lequel le titulaire de l'autorisation pourra en demander la régularisation () ".
42. Le vice relevé au point 25, tiré de la méconnaissance des dispositions du titre 3 du PPRi du bassin versant de l'Ouvèze et ses affluents qui interdit la construction d'ERP de type U, n'affecte qu'une partie identifiable du projet et apparaît susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation. Par suite, il y a lieu, en application des dispositions de l'article L. 600-5 du code de l'urbanisme, de limiter à ce vice la portée de l'annulation prononcée.
43. Il résulte de tout ce qui précède que, M. A est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du maire de Courthézon du 22 juin 2023 en tant qu'il autorise, en méconnaissance de l'article 1 du titre 3 du PPRi du bassin versant de l'Ouvèze et ses affluents, la réalisation, dans le bâtiment D, d'une maison de santé. La décision du 20 septembre 2023 portant rejet de son recours gracieux doit être annulée dans la même mesure.
Sur les frais liés au litige :
44. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Courthézon la somme globale de 1 200 euros à verser à M. A au titre des mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du maire de Courthézon du 22 juin 2023 et la décision du 20 septembre 2023 portant rejet du recours gracieux formé par M. A sont annulés dans la mesure précisée au point 42 du présent jugement.
Article 2 : La commune de Courthézon versera à M. A une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions présentées par la commune de Courthézon et de la société B Promotion sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, à la SARL B Promotion et à la commune de Courthézon.
Copie en sera transmise au procureur de la République près le tribunal judiciaire de Carpentras en application de l'article R. 751-10 du code de justice administrative.
Délibéré après l'audience du 1er octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Lahmar, conseillère,
Mme Hoenen, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 15 octobre 2024.
La rapporteure,
A-S. HOENEN
La présidente,
C. BOYERLa greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026