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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304424

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304424

lundi 11 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304424
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 novembre 2023, M. B A, représenté par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2) d'annuler les décisions en date du 25 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a prononcé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours renouvelable une fois ;

3) d'enjoindre à l'administration de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

4) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;

- l'agent notifiant n'est pas identifiable ;

- ces décisions sont insuffisamment motivées ;

- ces décisions méconnaissent le principe du contradictoire dès lors qu'elles sont exclusivement fondées sur l'existence d'une première décision préfectorale de janvier 2022 dont il n'a pas eu connaissance et qui n'a pas été soumise au contradictoire ;

- elles sont entachées d'erreurs de fait, d'une erreur de droit, d'un détournement de procédure, d'une erreur manifeste d'appréciation ; elles méconnaissent les article L. 435-3, L. 731-1 et R. 731-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 1er décembre 2023, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que la requête est non fondée dans les moyens qu'elle soulève.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Bala pour statuer en qualité de juge du contentieux de l'éloignement sur les requêtes instruites selon les dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Bala ;

-et les observations de Me Laurent-Neyrat, représentant M. A, qui maintient ses conclusions et moyens qu'il précise ; il soutient en outre que le mémoire en défense de la préfecture est minimaliste, qu'il demande l'annulation de l'intégralité de l'arrêté litigieux, qu'il a passé plusieurs mois sur le territoire français sans document, que son identité n'a pas été remise en cause, que la préfecture est passée " à côté de son dossier " et que le principe du contradictoire a été méconnu ;

-le préfet du Gard n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen se déclarant né le 20 juillet 2005, conteste les décisions par lesquelles le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné, lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et a prononcé son assignation à résidence pour une durée de 45 jours.

Sur l'admission au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. En raison de l'urgence résultant de l'application des dispositions de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur la compétence du magistrat désigné :

3. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant. / Les dispositions du présent chapitre sont applicables au jugement de la décision fixant le pays de renvoi contestée en application de l'article L. 721-5 et de la décision d'assignation à résidence contestée en application de l'article L. 732-8. ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2 du code, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français.

4. Il résulte de ces dispositions que le législateur a entendu organiser une procédure spéciale afin que le juge administratif statue rapidement sur la légalité des mesures relatives à l'éloignement des étrangers, hors la décision refusant le séjour, lorsque ces derniers sont assignés à résidence. Dès lors, il n'appartient pas au magistrat désigné par le président du tribunal administratif de se prononcer sur les conclusions tendant à l'annulation d'une décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour dont il pourrait être saisi, ainsi que sur les conclusions à fin d'injonction dont elles sont assorties.

5. Par suite, il n'y a pas lieu, en l'espèce, de statuer sur les conclusions de la requête dirigées contre la décision portant refus de titre de séjour opposée à M. A, lesquelles relèvent de la compétence de la formation collégiale du tribunal. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que de celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, pour ce qui concerne la partie du litige relevant de la compétence d'une formation collégiale.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

6. Le préfet du Gard a obligé M. A à quitter le territoire français au motif que le référent fraude départemental du Gard a effectué une saisine au titre de l'article 40 auprès de M. C en date du 1er août 2023, que contrairement à ce que soutient le requérant, il a été évalué majeur par le conseil départemental de la Haute-Saône en octobre 2021, qu'il a indiqué sur le formulaire de demande de titre de séjour n'avoir fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement alors pourtant qu'il a fait l'objet, sans l'exécuter, d'une obligation de quitter le territoire français édicté le 26 janvier 2022 par la préfecture de Haute-Saône pour fraude à la minorité et défaut de document d'identité, qu'il a été évalué majeur par le conseil départemental de la Charente-Maritime en mai 2022 et par le conseil départemental du Gard à son arrivée en janvier 2022, que sa minorité est fortement remise en question au vu de l'évaluation l'ayant reconnu majeur rendue successivement par trois départements, qu'il semble donc avoir déposé sa demande de titre de séjour sous une fausse identité dans le but de se voir délivrer un titre de séjour en tant qu'ex-mineur accompagné, qu'il ne démontre pas sa minorité lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance et que sa demande de titre de séjour est entachée de fausses déclarations.

7. Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil () des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité. ".

8. L'article 47 précité du code civil pose une présomption de validité des actes d'état civil établis par une autorité étrangère dans les formes usitées dans ce pays. Cependant, cette circonstance n'interdit pas aux autorités françaises de s'assurer de l'identité de la personne qui se prévaut de cet acte. Il incombe à l'administration de renverser cette présomption en apportant la preuve du caractère irrégulier, falsifié ou non conforme à la réalité des actes en question. Cette preuve peut être apportée par tous moyens. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence former sa conviction au vu de tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis.

9. Pour obliger M. A à quitter le territoire français, le préfet du Gard indique que le Référent Fraude Départemental de la préfecture du Gard a effectué, le 1er août 2023, une saisine au titre de l'article 40 auprès de Monsieur C pour " tentative d'obtention d'un titre de séjour sous une fausse identité, usage de faux documents, fraude à l'isolement, escroquerie ". Le préfet soutient que la minorité du requérant est fortement remise en question au vu de l'évaluation l'ayant reconnu majeur successivement par trois départements et que M. A ne démontre pas sa minorité lors de sa prise en charge par l'aide sociale à l'enfance. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier que les services de la préfecture auraient saisi les autorités consulaires guinéennes. Ils ne produisent par ailleurs aucun rapport de la fraude documentaire établissant que les documents d'état civil produits par M. A sont des faux et qu'il n'était pas mineur lors de son entrée en France. Ils ne produisent enfin aucune des évaluations effectuées par les conseils départementaux de Charente-Maritime, de Haute-Saône et du Gard qui sont pourtant visées dans l'arrêté attaqué. Les mêmes services versent en revanche au débat un jugement en assistance éducative de la Cour d'appel de Nîmes du 22 mars 2022 constatant la minorité de M. A et le confiant à l'Aide Sociale à l'enfance du Gard jusqu'à sa majorité. Enfin, s'il est reproché à M. A d'avoir dissimulé la précédente mesure d'éloignement dont il a fait l'objet, il n'est pas établi que ladite décision du préfet de la Haute-Saône à M. A lui aurait effectivement et personnellement été notifiée. Dans ces conditions, l'administration n'a pas renversé la présomption d'authenticité du passeport produit par M. A, aux fins de justifier de sa minorité lors de son entrée en France. Dans ces conditions et en l'état de l'instruction, la demande de titre de séjour de M. A n'apparait pas manifestement frauduleuse.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de statuer sur les autres moyens de la requête, que M. A est fondé à demander l'annulation des décisions du 25 octobre 2023 par lesquelles le préfet du Gard l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination, et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et a ordonné son assignation à résidence.

Sur les autres conclusions :

11. Les conclusions aux fins d'annulation relevant de la compétence du magistrat désigné étant rejetées, celles présentées à fin d'injonction et d'astreinte comme celles tendant à l'application des dispositions des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative, pour ce qui concerne cette partie du litige seulement, doivent également être rejetées par voie de conséquence.

D E C I D E :

Article 1er : M. B A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Les conclusions de la requête n° 2304424 tendant à l'annulation de la décision du 25 octobre 2023 par laquelle le préfet du Gard a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B A, ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 y afférentes, sont renvoyées à une formation collégiale du tribunal administratif de Nîmes.

Article 3 : Les décisions du préfet du Gard du 25 octobre 2023 obligeant M. A à quitter le territoire français sans délai de départ volontaire, fixant le pays de destination, et prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, et ordonnant son assignation à résidence, sont annulées.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Gard de mettre fin aux mesures de surveillance et de délivrer à M. A une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce qu'il soit statué sur son cas dans un délai de 7 jours à compter de la notification du présent jugement.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet du Gard et à Me Barbara Laurent-Neyrat.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 décembre 2023.

La magistrate désignée,La greffière,

K. BALAA.NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2304424

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