mardi 12 décembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2304425 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | LAURENT-NEYRAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 28 novembre 2023, M. A B, représenté par Me Laurent Neyrat et actuellement assigné à résidence dans le département de la Lozère, demande au tribunal :
1°) de lui accorder provisoirement le bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023, par lequel le préfet de la Lozère a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
3°) d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 23 novembre 2023, par lequel le préfet de la Lozère l'a assigné à résidence dans ce département pour une durée de six mois renouvelables ;
4°) d'enjoindre au préfet de la Lozère de lui délivrer le titre de séjour sollicité ou, subsidiairement de réexaminer sa situation, et de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour portant autorisation de travail, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- les décisions contestées sont entachées d'incompétence ;
- ces décisions méconnaissent le principe du contradictoire ;
- ces décisions sont insuffisamment motivées ;
- ces décisions méconnaissent le code des relations entre le public et l'administration ;
- ces décisions méconnaissent l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elles sont entachées d'une erreur de droit, d'un détournement de procédure, d'une erreur manifeste d'appréciation ; elles méconnaissent les stipulations de l'accord franco-algérien et les principes protégés par le CEDH notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 novembre 2023, le préfet de la Lozère conclut au rejet de la requête.
Elle expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées le 1er décembre 2023, au cours de l'audience, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation d'un refus de séjour qui aurait été opposé à M. B, en l'absence de décision en ce sens contenue dans l'arrêté du 23 novembre 2023 du préfet de la Lozère.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a délégué à Mme Bala les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 1er décembre 2023, à 14h00 :
- le rapport de Mme Bala,
- et les observations de Me Laurent Neyrat, représentant M. B, en présence de ce dernier, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et prend acte du moyen d'ordre public soulevé à l'audience.
- le préfet de la Lozère n'étant ni présent, ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, né le 11 mai 1990, de nationalité algérienne, demande au tribunal, d'une part, d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet de la Lozère aurait refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans, et, d'autre part, d'annuler l'arrêté du 23 novembre 2023 par lequel le préfet de la Lozère l'a assigné à résidence dans ce département.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président () ".
3. En l'espèce, en raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Sur les conclusions aux fins d'annulation d'un refus de titre de séjour :
4. L'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1°) L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour, du document provisoire délivré à l'occasion d'une demande de titre de séjour ou de l'autorisation provisoire de séjour qui lui avait été délivré ou s'est vu retirer un de ces documents ; () ".
5. Il ressort des visas et des autres termes de l'arrêté attaqué qu'il a été pris sur le seul fondement du 1° et du 3° de l'article L. 611-1 précité. Dans ces conditions, le préfet de la Lozère n'a pris, dans l'arrêté en litige, aucune décision de refus de titre de séjour susceptible de recours en excès de pouvoir. Par suite, les conclusions présentées par M. B à fin d'annulation d'une décision de refus de séjour sont irrecevables en tant qu'elles sont dirigées contre une décision inexistante.
Sur le surplus des conclusions à fin d'annulation :
6. En premier lieu, les décisions contestées ont été signées par Mme Laure Trotin, secrétaire générale de la préfecture, en vertu d'une délégation de signature consentie par arrêté du 28 décembre 2022, régulièrement publié au recueil spécial des actes administratifs de la préfecture du 6 janvier 2023. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées manque dès lors en fait et doit être écarté.
7. En deuxième lieu, les décisions contestées visent les textes dont il est fait application et mentionnent de manière suffisamment précise les faits qui en constituent le fondement. Le moyen tiré, sans plus de précision, de leur insuffisance de motivation, ne peut dès lors qu'être écarté.
8. En troisième lieu, la mesure d'éloignement est notamment fondée sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile aux termes desquelles " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :/ 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité () ". Il ne ressort pas des pièces du dossier que ce fondement légal, justifiant à lui seul la mesure d'éloignement prononcée à l'encontre du requérant, qui ne peut établir de la régularité de son entrée sur le territoire français et qui est dépourvu de titre de séjour, soit erroné.
9. M. B n'établit pas avoir été empêché de présenter à l'administration des éléments qui auraient pu influer sur le sens des décisions attaquées. Le moyen tiré de la violation du droit d'être entendu et de la méconnaissance du principe du contradictoire ne peut être qu'écarté.
10. En quatrième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions combinées de l'article R. 432-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant à l'encontre des décisions portant obligation de quitter le territoire français sans délai, fixant le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office, prononçant à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans et l'assignant à résidence.
11. En cinquième lieu, le moyen tiré du détournement de procédure n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
12. En sixième lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'accord franco-algérien, qui ne précise pas les stipulations concernées, n'est pas assorti des précisions permettant d'en apprécier le bien-fondé.
13. En septième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
14. Il ressort des pièces du dossier que M. B a exercé, en qualité de bénévole, la fonction de cuisinier au sein de l'association La Pompe du 13 octobre 2023 au 15 octobre 2023 et la fonction de manutentionnaire au cours du mois de novembre 2023, qu'il a été employé en qualité d'ouvrier par la SAS Fages du 19 juillet 2023 au 6 octobre 2023, qu'il a exercé l'emploi d'agent de service intérieur au sein de l'ADAPEI 48 le 17 octobre 2023 puis du 23 octobre au 31 octobre 2023. Toutefois, M. B n'établit pas avoir constitué en France des liens privés et sociaux d'une intensité particulière de nature à faire regarder ce pays comme le centre de ses intérêts privés. M. B, qui est célibataire et sans charge de famille, ne justifie en outre pas être dépourvu d'attaches dans son pays d'origine. Ainsi, l'arrêté par lequel le préfet de la Lozère a obligé M. B à quitter le territoire français sans délai n'a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels il a été pris. Ces décisions n'ont donc pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Lozère n'a pas davantage commis d'erreur manifeste d'appréciation des conséquences de ses décisions sur la situation de l'intéressé.
15. Il résulte de ce qui précède que le surplus des conclusions de la requête de M. B, tendant à l'annulation des décisions du préfet de la Lozère du 23 novembre 2023, au prononcé d'une injonction et à l'application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, doit être rejeté.
DÉCIDE :
Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Lozère et à Me Laurent Neyrat.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 décembre 2023.
La magistrate désignée,
K. BALALa greffière
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet de la Lozère en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026