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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304491

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304491

mardi 31 mars 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304491
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET ABEILLE & ASSOCIES

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête en excès de pouvoir visant à annuler l'arrêté municipal n'opposant pas d'opposition à une déclaration préalable pour un pylône télécom. Les juges ont estimé que les moyens soulevés (vice de motivation, méconnaissance du règlement du PLU et des articles R. 111-2 et R. 111-27 du code de l'urbanisme) n'étaient pas fondés, considérant notamment que l'installation était liée et nécessaire à la gestion du réseau dans une zone UEf du PLU. La demande de condamnation de la commune aux dépens a également été rejetée.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 1er décembre 2023, 7 août 2024, 31 mars 2025 et 2 avril 2025, la société civile d’exploitation agricole (SCEA) « château de Beauchêne », la société civile immobilière (SCI) « château de Beauchêne » et M. A... B..., représentés par Me Tardivel, demandent au tribunal :

1°) d’annuler l’arrêté du 3 août 2023 par lequel le maire de la commune de Piolenc ne s’est pas opposé à la déclaration préalable déposée pour la société « RTE CDI Marseille » portant sur la réalisation d’un pylône « telecom » sur un terrain situé chemin du cade, ensemble le rejet de leur recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Piolenc une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :
- l’arrêté est entaché d’un vice de motivation ;
- il méconnait les dispositions des articles UE1 et UE2 du règlement du plan local d’urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme ;
- il méconnait les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.


Par des mémoires en défense enregistrés les 26 juillet 2024 et 13 mars 2025, la société « réseau de transport d’électricité », représentée par Me Pontier, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge des requérants une somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête est irrecevable à défaut pour les requérants de justifier de leur intérêt à agir ;
- les moyens de la requête sont infondés.



Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Pumo,
- les conclusions de Mme Poullain, rapporteure publique,
- les observations de Me Ortial, avocat des requérants,
- et les observations de Me Rigaud, avocat de la société RTE.


Considérant ce qui suit :

1. Le 10 juillet 2023, la société « RTE-CDI-Marseille » a déposé une déclaration préalable de travaux portant sur la réalisation d’un pylône « telecom » de 32 mètres de hauteur sur un terrain situé chemin du cade à Piolenc, qui est classé en zone UEf du plan local d’urbanisme. Par un arrêté du 3 août 2023, le maire de la commune de Piolenc ne s’est pas opposé à la déclaration préalable de travaux de la société « RTE CDI Marseille ». Par courrier du 28 septembre 2023, réceptionné le 2 octobre 2023, la SCEA « château de Beauchêne » a demandé au maire de la commune de Piolenc de procéder au retrait de cet arrêté. Le maire de la commune de Piolenc a implicitement rejeté ce recours gracieux. Par la présente requête, la SCEA « château de Beauchêne », la SCI « château de Beauchêne » et M. B... demandent l’annulation de l’arrêté du 3 août 2023 et de la décision implicite de rejet du recours gracieux.


Sur les conclusions aux fins d’annulations :
2. En premier lieu, aux termes de l’article L. 424-3 du code de l’urbanisme, « Lorsque la décision rejette la demande ou s'oppose à la déclaration préalable, elle doit être motivée. Cette motivation doit indiquer l'intégralité des motifs justifiant la décision de rejet ou d'opposition, notamment l'ensemble des absences de conformité des travaux aux dispositions législatives et réglementaires mentionnées à l'article L. 421-6. Il en est de même lorsqu'elle est assortie de prescriptions, oppose un sursis à statuer ou comporte une dérogation ou une adaptation mineure aux règles d'urbanisme applicables ».
3. En l’espèce, la motivation des prescriptions énoncées à l’article 2 de l’arrêté contesté, qui précisent qu’en vertu du PPRif, la distance de débroussaillement et de maintien en état débroussaillé aux abords des constructions, chantiers, travaux et installations de toute nature est de 50 mètres, résulte du contenu même de ces prescriptions. Par suite, le moyen tiré de leur insuffisante motivation doit être écarté.
4. En deuxième lieu, selon les dispositions du règlement du plan local d’urbanisme applicables en zone UE, cette zone correspond à une « zone urbaine à vocation d’activités économiques industrielles, artisanales, commerciales ou de services. Elle comprend : (…) - un secteur UEf, secteur d’activités liées à EDF et RTE ». Il y est également exposé que : « Dans le secteur UEf sont autorisées : - Les installations, y compris classées, et constructions liées et nécessaires à la gestion de l’installation EDF ».
5. La société RTE fait valoir que l’installation projetée lui permettra de piloter son réseau de télécommunication, une modification des fréquences utilisées lui étant imposée. Dans ces circonstances, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette installation ne serait pas liée et nécessaire à la gestion de son réseau de télécommunication. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations. ».

7. Il appartient à l’autorité d’urbanisme compétente et au juge de l’excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d’atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s’ils se réalisent. Les considérations relatives à la commodité du voisinage ne relèvent pas de la salubrité publique au sens de ces dispositions.

8. Si les requérants soutiennent que la chute du pylône projeté aurait pour conséquence de provoquer un incendie et que son implantation est envisagée à moins de vingt mètres d’une pinède, ils ne produisent aucun document de nature à établir l’existence d’un risque de chute de ce pylône. La circonstance que des incendies se soient récemment déclarés sur le territoire de la commune de Piolenc ainsi qu’au sein de la station RTE située sur le territoire d’une autre commune n’est pas de nature à établir l’existence d’un risque particulier d’incendie alors que, de surcroît, l’arrêté attaqué prescrit, en son article 2, le débroussaillement et le maintien en état débroussaillé, dans un rayon de 50 mètres autour des constructions, chantiers, travaux et installations de toute nature. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l’arrêté attaqué méconnait les dispositions de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme.
9. En dernier lieu, aux termes de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l’aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte aux caractère ou à l’intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu’à la conservation des perspectives monumentales ».
10. Pour rechercher l’existence d’une atteinte à un paysage naturel ou urbain au sens de ces dispositions, il appartient à l’autorité administrative d’apprécier, dans un premier temps, la qualité du site sur lequel la construction est projetée et d’évaluer, dans un second temps, l’impact que cette construction, compte tenu de sa nature et de ses effets, pourrait avoir sur le site.
11. Il ressort des pièces du dossier, et en particulier des photographies versées aux débats par les requérants, que le château de Beauchêne, qui est situé à environ 160 mètres du terrain d’assiette du projet, est un bâtiment à l’architecture remarquable qui présente un intérêt paysager particulier. Toutefois, ce château jouxte une zone qui correspond, tel qu’énoncé dans le rapport de présentation du plan local d‘urbanisme, à un important poste de transformation d’électricité. Les photographies versées aux débats illustrent qu’autour de cette zone, qui sépare le domaine de la voie ferrée, sont déjà implantés plusieurs pylônes, dont l’un au moins est visible depuis le château. Si la déclaration préalable litigieuse prévoit, dans cette même zone, l’édification d’un nouveau pylône de 32 mètres de hauteur, qui culminera ainsi à une hauteur supérieure à celle des pylônes existants, il ressort des pièces du dossier que l’impact du projet sur l’aspect des lieux environnants demeurera limité en considération des pylônes préexistants et de la voie ferrée avoisinante. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l’arrêté en litige méconnait les dispositions de l’article R. 111-27 du code de l’urbanisme.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par les requérants doivent être rejetées.


Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Piolenc, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance, une quelconque somme à ce titre. Il y a en revanche lieu, dans les circonstances de l’espèce, de mettre à la charge des requérants le versement de la somme de 1 500 euros à la société RTE sur le fondement de ces dispositions.

D E C I D E :


Article 1er : La requête de la SCEA « château de Beauchêne », la SCI « château de Beauchêne » et M. B... est rejetée.

Article 2 : la SCEA « château de Beauchêne », la SCI « château de Beauchêne » et M. B... verseront à la société RTE la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société civile d’exploitation agricole « château de Beauchêne », à la commune de Piolenc et à la société « réseau de transport d’électricité ».




Délibéré après l’audience du 17 mars 2026 où siégeaient :
- Mme Boyer, présidente,
- Mme Vosgien, première conseillère,
- M. Pumo, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.



Le rapporteur,





J. PUMO





La présidente,





C. BOYERLa greffière,





L. GALAUP


La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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