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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304535

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304535

jeudi 7 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304535
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantEKAIZER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 décembre 2023, M. C I, représenté par Me Ekaizer, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de l'Aude de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard à l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application des article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle méconnaît l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation individuelle ;

- elle entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît l'article 3-1 de la convention de New-York ;

S'agissant de l'interdiction de retour :

- cette décision est entachée d'incompétence ;

- elle est privée de base légale par suite de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation quant à la durée de l'interdiction fixée ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention de New-York.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2023, le préfet de l'Aude conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Vu la décision par laquelle le président du tribunal a délégué les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile à Mme Achour, première conseillère.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Achour,

- les observations de Me Ekaizer, représentant M. I, assisté de Mme F, interprète en langue espagnole,

- le préfet de l'Aude n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. I, ressortissant cubain né le 18 juillet 1985, demande l'annulation de l'arrêté du 5 décembre 2023 par lequel le préfet de l'Aude l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé une interdiction de retour de deux ans.

Sur le moyen commun aux décisions attaquées :

2. Par un arrêté du 14 avril 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, le préfet de l'Aude a donné délégation à Mme H G, cheffe du bureau de l'immigration et de la nationalité, aux fins de signer notamment les décisions contenues dans l'arrêté contesté, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme E D, directrice de la légalité et de la citoyenneté. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : / () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ; () ".

4. M. I soutient qu'il est le père d'un enfant français âgé de neuf ans issu de son union avec une ressortissante française dont il est désormais séparé. Toutefois, alors qu'il ne produit aucune pièce ni élément probant pour en justifier et n'apporte aucune précision quant à l'identité de l'enfant, il ressort des propres déclarations du requérant et de l'attestation produite par le préfet, signée par Mme B A, supposée être la mère de l'enfant, qu'il n'a jamais pu contribuer à l'entretien ni à l'éducation de son fils qu'il n'aurait vu que quelques fois. Dans les circonstances de l'espèce, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne peut qu'être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " 1. Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".

6. Compte tenu de ce qui a été dit au point 4 et alors que M. I ne produit aucun élément justifiant de l'identité ni de la reconnaissance alléguée de l'enfant dont il soutient être le père, non plus qu'aucune précision sur les liens qu'il entretiendrait ou aurait entretenus avec ce dernier, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit, en l'espèce, être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

8. Si M. I soutient être entré en France en 2013 et y résider depuis, il n'en justifie pas et n'apporte aucun élément ni aucune indication quant aux conditions de son séjour en France, outre son union passée avec une ressortissante française avec laquelle il aurait eu un fils, alléguée sans autre précision. Il ressort, en revanche, des pièces du dossier que M. I est connu des services de police pour avoir été mis en cause pour violence sans incapacité par personne étant ou ayant été son conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité en 2017 et qu'il a été placé en garde à vue le 4 décembre 2023 au commissariat de Narbonne pour des faits de trafic de stupéfiants. Dans ces conditions, M. I n'est pas fondé à soutenir que la décision l'obligeant à quitter le territoire français porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise ni que cette décision entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

9. En dernier lieu, il ne ressort ni des motifs de la décision attaquée ni des pièces du dossier que la mesure d'éloignement litigieuse n'aurait pas été précédée d'un examen sérieux et personnalisé de la situation du requérant.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

10. En premier lieu, en l'absence de vice entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le requérant n'est pas fondé à invoquer, par la voie de l'exception, l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision lui faisant interdiction de retour pour une durée de deux ans.

11. En deuxième lieu, compte tenu de ce qui a été dit aux points 4 et 8, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été prise en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur d'appréciation tant au regard de ses conséquences sur la situation personnelle de l'intéressé qu'au regard de la durée de l'interdiction prononcée.

12. En dernier lieu, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écartée pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. I n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de l'Aude du 5 décembre 2023. Ses conclusions en excès de pouvoir doivent, par suite, être rejetées, de même que, par voie de conséquence, ses conclusions à fins d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. I est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C I, à Me Ekaizer et au préfet de l'Aude.

Lu en audience publique le 7 décembre 2023.

La magistrate désignée,

P. ACHOUR

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au le préfet de l'Aude en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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