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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2304561

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2304561

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2304561
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantEYDOUX & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 7 et 18 décembre 2023, la SCI West, représentée par Me Cagnol, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de l'arrêté du 28 novembre 2023 n° PC 084 129 20 B0087 par lequel le maire de la commune de Sorgues a refusé de lui délivrer un permis de construire modificatif visant à la régularisation de son projet de construction de deux villas ;

2°) d'enjoindre au maire de Sorgues de lui délivrer un permis de construire provisoire, ou, subsidiairement, de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans un délai d'une semaine à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, sous astreinte de 1 000 euros par jour de retard ;

3°) de liquider, à hauteur de 400 euros et à son bénéfice, l'astreinte prononcée à l'encontre de la commune de Sorgues par l'ordonnance de référé rendue le 27 septembre 2023

4°) de mettre à la charge de la commune de Sorgues la somme de 10 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite compte tenu des conséquences financières de la décision de refus en litige qui s'oppose à la poursuite des travaux déjà débutés en exécution du permis initial qui lui a été délivré et qui est définitif ;

- la signataire de l'arrêté n'était pas compétente pour ce faire ;

- le motif qui fonde le refus de permis est illégal en ce qu'il méconnaît le caractère exécutoire de l'ordonnance du juge des référés en date du 27 septembre 2023 ;

- il méconnaît également les droits acquis au titre du permis de construire initial ;

- il est en tout état de cause infondé puisque étranger aux modifications objet de la demande de permis de construire modificatif.

- en tout état de cause, le projet ne porte pas atteinte à la sécurité publique au sens de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme et respecte l'article UE3 du règlement du plan local d'urbanisme.

Par un mémoire en défense enregistré le 16 décembre 2023, la commune de Sorgues, représentée par Me Eydoux, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la SCI West en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que la condition d'urgence n'est pas remplie et qu'aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité de l'arrêté en litige.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné M. Roux, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 18 décembre 2023 à 14 heures en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de M. Roux, juge des référés ;

- les observations de Me Cagnol, représentant la SCI West, qui a repris et développé les moyens invoqués dans ses écritures ;

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI West a obtenu du maire de Sorgues la délivrance d'un permis de construire par arrêté du 11 mars 2021 en vue de l'édification de deux villas sur une parcelle de terrain cadastrée AD n°93p du territoire de cette commune. Après que des non conformités à ce permis furent dûment constatées, le maire a, par arrêté du 16 juin 2022, ordonné l'interruption des travaux puis, afin de les régulariser, la SCI West a déposé une demande de permis de construire modificatif, le 24 novembre 2022, refusée par l'arrêté du 21 février 2023 dont l'exécution a été suspendue par ordonnance du juge des référés du tribunal de céans en date du 27 septembre 2023. Sur injonction à réexamen de la demande de permis dont cette ordonnance était assortie, le maire de Sorgues a pris, le 28 novembre 2023, un nouvel arrêté de refus de délivrance du permis modificatif dont la SCI West demande au juge des référés de suspendre l'exécution.

2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

Sur la condition d'urgence :

3. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de l'arrêté interruptif de travaux, de l'attestation établie par le maître d'œuvre le 27 avril 2023 et des photographies produites, que les travaux autorisés par le permis de construire initialement délivré ont conduit à réaliser le premier niveau des deux villas en R+1 projetées qui ne sont ni hors d'eau ni hors d'air et ainsi exposées à un détérioration des matériaux et au vandalisme. Par ailleurs, la société requérante démontre, par la production de pièces comptables et de l'attestation établie par un expert-comptable, avoir engagé une somme de 191 175 euros pour la réalisation de son projet immobilier incluant l'acquisition du terrain d'assiette et la construction des deux villas en cause parmi les quatre projetées et se trouver, en l'absence de recette locative, en difficulté financière pour rembourser le prêt bancaire qu'elle a souscrit. Toutefois, il ressort également des pièces du dossier que ce permis initial, délivré à la SCI West le 17 janvier 2020, a été retiré pour fraude par arrêté du 5 mai 2023. Si cet arrêté a fait l'objet d'un recours en annulation actuellement pendant devant le tribunal de céans, le permis de construire qui a fait l'objet de ce retrait est, à la date de la présente ordonnance, réputé n'avoir jamais existé ni n'avoir créé aucun droit au profit de sa bénéficiaire. Dans ces conditions, la suspension de l'arrêté de refus de permis de construire modificatif en litige n'aura pour effet de permettre ni la régularisation des constructions, ni l'achèvement du chantier. La condition d'urgence ne saurait donc être regardée comme satisfaite.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de la SCI West tendant à la suspension de l'exécution de l'arrêté du 28 novembre 2023 doivent être rejetées.

Sur les mesures d'exécution :

5. La présente ordonnance qui rejette les conclusions à fin de suspension présentées par la SCI West n'implique aucune mesure d'exécution. Les conclusions qu'elle a présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à la liquidation de l'astreinte :

6. Il résulte des dispositions du livre V du code de justice administrative, combinées avec celles des articles L. 911-1, L. 911-2, L. 911-3 et L. 911-7 du même code, qu'il appartient au juge des référés statuant en application de l'article L. 521-1 de se prononcer sur la liquidation d'une astreinte précédemment prononcée par lui. Il en est de même, le cas échéant, du juge des référés statuant en appel. Si le juge de l'exécution, saisi aux fins de liquidation d'une astreinte précédemment prononcée, peut la modérer ou la supprimer, même en cas d'inexécution constatée, compte tenu notamment des diligences accomplies par l'administration en vue de procéder à l'exécution de la chose jugée, il n'a pas le pouvoir de remettre en cause les mesures décidées par le dispositif de la décision juridictionnelle dont l'exécution est demandée.

7. Par une ordonnance en date du 27 septembre 2023, notifiée le jour même, le juge des référés a enjoint au maire de Sorgues de procéder au réexamen de la demande de la SCI West dans un délai de deux mois à compter de sa notification et sous astreinte de 100 euros par jour retard. La décision en litige étant intervenue à l'issue de ce réexamen le 28 novembre 2023, il n'y a pas lieu, dans les circonstances dans lesquelles cette ordonnance a été exécutée, de faire droit aux conclusions de la SCI West tendant à ce que l'astreinte ainsi fixée soit liquidée.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 s'opposent à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de la commune de Sorgues, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par la commune de Sorgues sur leur fondement au titre des frais qu'elle a exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E

Article 1er : La requête de la SCI West est rejetée.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la commune de Sorgues est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI West et à la commune de Sorgues.

Fait à Nîmes, le 19 décembre 2023.

Le juge des référés,

G. ROUX

La République mande et ordonne à la préfète de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Nîmes, le 19 décembre 2023,

Le greffier,

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