Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 décembre 2023, M. A... B..., représenté par la SCP Coudurier Chamski, demande au tribunal :
1°) d’annuler pour excès de pouvoir la décision du 13 juillet 2023 par laquelle le maire de la commune de Saint Ambroix a retiré sa décision de non opposition à déclaration préalable portant sur la division foncière d’un terrain en trois lots à bâtir, acquise tacitement le 3 mai 2023, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision de retrait ;
2°) de mettre à la charge de la commune de Saint Ambroix la somme de 3 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l’arrêté est entaché d’un défaut de motivation en ce qu’il se borne à reproduire les motifs stéréotypés de l’avis du préfet ;
- il n’y a aucune rupture d’urbanisation ; la parcelle du projet se situe en partie urbanisée de la commune et les dispositions de l’article L. 111-4 du code de l’urbanisme ne lui sont donc pas opposables ;
- il ne porte pas atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, ses caractéristiques, son importance ou son implantation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 18 juin 2024, la commune de Saint Ambroix, représentée par Me Bézard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B... la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
Le moyen tiré de ce que le projet serait situé en partie urbanisée de la commune est inopérant compte tenu de la situation de compétence liée du maire au regard de l’avis conforme défavorable du préfet sur ce point ;
Les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Le préfet du Gard, à qui la requête a été communiquée le 17 juin 2025, n’a pas produit d’écritures en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Vosgien, conseillère,
- les conclusions de Mme Poullain, rapporteure publique,
- et les observations de Me Di Natale, substituant Me Bézard, représentant la commune de Saint Ambroix.
Considérant ce qui suit :
Le 3 avril 2023 M. B... a déposé une déclaration préalable portant sur la division foncière d’un terrain en trois lots à bâtir sur les parcelles cadastrées section B n° 1571, 2746, 2749, 2752, 2754 et 2855, chemin du Moulin à Saint Ambroix. Par sa requête, l’intéressé demande l’annulation de la décision du 13 juillet 2023 par laquelle le maire de la commune de Saint Ambroix a retiré sa décision de non opposition à déclaration préalable acquise tacitement le 3 mai 2023, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision de retrait.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 424-5 du code de l’urbanisme : « La décision de non-opposition à une déclaration préalable ou le permis de construire ou d'aménager ou de démolir, tacite ou explicite, ne peuvent être retirés que s'ils sont illégaux et dans le délai de trois mois suivant la date de ces décisions. Passé ce délai, la décision de non-opposition et le permis ne peuvent être retirés que sur demande expresse de leur bénéficiaire. ». Aux termes de l’article L. 422-5 de ce code : « Lorsque le maire ou le président de l'établissement public de coopération intercommunale est compétent, il recueille l'avis conforme du préfet si le projet est situé : / a) Sur une partie du territoire communal non couverte par une carte communale, un plan local d'urbanisme ou un document d'urbanisme en tenant lieu ; ».
Lorsque la délivrance d'une autorisation d’urbanisme est subordonnée à l'avis conforme d’une autre autorité, le refus d’un tel accord s’impose à l'autorité compétente pour statuer sur la demande d’autorisation. Par suite, lorsque la demande qui a fait l’objet d’un refus d’accord a donné lieu à une décision de non-opposition à une déclaration préalable ou à un permis de construire, d'aménager ou de démolir tacites, l’autorité compétente pour statuer sur cette demande est tenue, dans le délai de 3 mois prévu à l’article L. 424-5 du code de l’urbanisme, de retirer la décision de non opposition ou d’autorisation tacite intervenue en méconnaissance de ce refus. Dans un tel cas, des moyens tirés de la régularité et du bien-fondé de cet avis conforme peuvent être invoqués devant le juge saisi de la décision de retrait de l’autorisation d’urbanisme.
Il ressort des pièces du dossier qu’à la date de la décision de non opposition à déclaration préalable acquise tacitement par M. B..., le 3 mai 2023, la commune de Saint Ambroix n’était dotée d’aucune carte communale, de plan local d’urbanisme ou document d’urbanisme en tenant lieu. La commune était, par suite, soumise au règlement national d’urbanisme et le maire de la commune devait soumettre le projet en litige à l’avis conforme du préfet du Gard en application de l’article L. 422-5 du même code. Il ressort également des termes de l’arrêté attaqué que, pour retirer la décision tacite de non opposition à déclaration préalable acquise par M. B..., le maire de la commune de Saint Ambroix s’est fondé sur l’avis conforme défavorable rendu par le préfet du Gard le 4 mai 2023. Par cet avis, l’autorité préfectorale a considéré que le projet, qui ne se situe pas dans une partie urbanisée de la commune, ne respectait pas les dispositions de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme et ne répondait à aucune des exceptions listées à l’article L. 111-4 de ce code, d’une part, et qu’étant situé dans un secteur de risque de feu de forêt d’aléa faible au contact d’aléa fort, en partie sud, du fait de la présence à proximité d’un massif boisé, en l’absence d’équipements de défense contre l’incendie adéquats, ce projet prévoyant la création de logements nouveaux ayant pour effet d’étirer l’urbanisation et d’augmenter le linéaire d’interface habitat-forêt à défendre, présentait compte tenu également des vents dominants, de la topographie et du type de végétation présente, un risque pour la sécurité publique au sens de l’article R. 111-2 du même code. Dans ce contexte, les moyens soulevés par M. B... doivent être regardés comme étant dirigés contre l’avis conforme défavorable du préfet.
En premier lieu, aux termes de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme : « En l'absence de plan local d'urbanisme, de tout document d'urbanisme en tenant lieu ou de carte communale, les constructions ne peuvent être autorisées que dans les parties urbanisées de la commune. ». Aux termes de l’article L. 111-4 de ce code : « Peuvent toutefois être autorisés en dehors des parties urbanisées de la commune : / 1° L'adaptation, le changement de destination, la réfection, l'extension des constructions existantes ou la construction de bâtiments nouveaux à usage d'habitation à l'intérieur du périmètre regroupant les bâtiments d'une ancienne exploitation agricole, dans le respect des traditions architecturales locales ; / 2° Les constructions et installations nécessaires à l'exploitation agricole, à des équipements collectifs dès lors qu'elles ne sont pas incompatibles avec l'exercice d'une activité agricole, pastorale ou forestière sur le terrain sur lequel elles sont implantées, à la réalisation d'aires d'accueil ou de terrains de passage des gens du voyage, à la mise en valeur des ressources naturelles et à la réalisation d'opérations d'intérêt national ; (…) ».
Les dispositions citées au point 5 interdisent en principe, en l'absence de plan local d'urbanisme ou de carte communale opposable aux tiers ou de tout document d'urbanisme en tenant lieu, les constructions implantées en dehors des parties actuellement urbanisées de la commune, c'est-à-dire des parties du territoire communal qui comportent déjà un nombre et une densité significatifs de constructions. Il en résulte qu'en dehors des cas où elles relèvent des exceptions expressément et limitativement prévues, les constructions ne peuvent être autorisées dès lors que leur réalisation a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune. Pour apprécier si un projet a pour effet d'étendre la partie actuellement urbanisée de la commune, il est tenu compte de sa proximité avec les constructions existantes situées dans les parties urbanisées de la commune ainsi que du nombre et de la densité des constructions projetées.
Si les parcelles du projet visant la création de trois lots à bâtir, d’une superficie totale de 6 569 mètres carrés, sont situées à plus de deux kilomètres du centre-ville de Saint Ambroix, il ressort des pièces du dossier, notamment de l’extrait du plan cadastral produit à l’appui de la requête, centré sur ces parcelles, que celles-ci se trouvent insérées entre des constructions existantes, relativement nombreuses et denses au nord et à l’ouest, dont les plus proches jouxtent le projet au nord et sont séparées par un simple chemin à l’ouest, et beaucoup moins nombreuses mais tout de même présentes sur quelques parcelles à l’est et au sud. Il n’est pas davantage contesté que le projet se situe dans un secteur disposant de raccordements existants aux réseaux publics divers avec la présence de plusieurs piscines démontrant son caractère résidentiel, sans que les infrastructures routières qui le desservent, notamment au nord, ne constituent des coupures d’urbanisation. Le projet s’insère ainsi dans ce compartiment d’urbanisation déjà existant sans l’étendre. Dans ces conditions, M. B... est fondé à soutenir qu’en considérant que son projet ne pouvait être autorisé en application de l’article L. 111-3 du code de l’urbanisme dans la mesure où il ne se situe pas dans les parties urbanisées de la commune et en lui opposant, par conséquent, la circonstance qu’il ne relevait pas des exceptions prévues à l’article L. 111-4 de ce code, le préfet du Gard a commis une erreur d’appréciation.
En deuxième lieu, aux termes de l’article R. 111-2 du code de l’urbanisme : « Le projet peut être refusé ou n’être accepté que sous réserve de l’observation de prescriptions spéciales s’il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d’autres installations ». Il appartient à l’autorité d’urbanisme compétente et au juge de l’excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d’atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s’ils se réalisent.
Il ressort des termes mêmes de l’avis du préfet du Gard que le projet en litige se situe dans une zone d’aléa faible au risque de feu de forêt identifié par la carte d’aléas du porter à connaissance de la commune du 11 octobre 2021. Si le massif boisé situé au sud des terrains est classé quant à lui en zone d’aléa fort, il ressort des extraits cartographiques disponibles sur le site Géoportail que celui-ci n’est pas, contrairement à ce qu’indique le préfet du Gard, en contact direct avec les parcelles du projet dont la plus proche, cadastrée section B n° 2749, se situe à plus de cent mètres du massif boisé, séparé de celle-ci par un cours d’eau dénommé Valat de Vébron. En outre, si le préfet du Gard retient également l’absence d’équipements de défense contre l’incendie adéquat dans ce secteur, le requérant soutient, sans être contesté en défense, que le chemin du Moulin desservant le projet est d’une largeur suffisante pour permettre l’accès des véhicules de lutte contre l’incendie et qu’une borne incendie se trouve à l’angle de la route de Potelières, soit à 150 mètres du terrain. Dans ces conditions, et alors que les permis de construire qui devront être délivrés ultérieurement pour la construction des logements pourront, le cas échéant, être assortis de prescriptions complémentaires sur ce point, M. B... est fondé à soutenir qu’au stade de la présente division foncière, en considérant que son projet de création de trois logements, était de nature à porter atteinte à la sécurité publique au sens de l’article R. 111-2 du code l’urbanisme, le préfet du Gard a également commis une erreur d’appréciation.
Compte tenu de l’illégalité des deux motifs de l’avis rendu par le préfet du Gard, le maire de la commune de Saint Ambroix, qui n’était pas, ainsi, en situation de compétence liée, a lui-même commis des erreurs d’appréciation dans l’application des articles L. 111-3 et 4 et R. 111-2 du code de l’urbanisme en procédant pour ces mêmes motifs au retrait de la décision de non opposition tacite acquise par M. B....
Pour l’application de l’article L. 600-4-1 du code de l’urbanisme, aucun autre moyen n’est de nature à entraîner l’annulation des décisions contestées.
Il résulte de tout ce qui précède que M. B... est fondé à demander l’annulation de la décision du 13 juillet 2023 par laquelle le maire de la commune de Saint Ambroix a retiré sa décision de non opposition à déclaration préalable acquise tacitement le 3 mai 2023, ensemble la décision de rejet de son recours gracieux formé contre cette décision de retrait.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de M. B..., qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement de la somme que la commune de Saint Ambroix demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche de mettre à la charge de la commune de Saint Ambroix une somme de 1 500 euros à verser à M. B... sur le fondement des mêmes dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision du 13 juillet 2023 par laquelle le maire de la commune de Saint Ambroix a retiré sa décision de non opposition à déclaration préalable acquise tacitement par M. B... le 3 mai 2023 et la décision de rejet de son recours gracieux sont annulées.
Article 2 : La commune de Saint Ambroix versera à M. B... une somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Les conclusions de la commune de Saint Ambroix présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A... B..., à la commune de Saint Ambroix et à la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation.
Copie pour information transmise au préfet du Gard.
Délibéré après l’audience du 17 mars 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Vosgien, première conseillère,
M. Pumo, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
La rapporteure,
S. VOSGIEN
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
L. GALAUP
La République mande et ordonne à la ministre de l’Aménagement du territoire et de la Décentralisation en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l’exécution de la présente décision.