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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400013

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400013

lundi 8 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400013
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHEVENIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 janvier 2024, M. D C demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté en date du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de procéder à un nouvel examen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente de sa décision, une autorisation provisoire de séjour sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre une somme de 2 000 euros à la charge de l'Etat en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est entachée de l'incompétence de son signataire ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, son épouse et ses six enfants résidant en France ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale ;

Par un mémoire en défense enregistré le 8 janvier 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. A pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 janvier 2024 :

- le rapport de M. A ;

- les observations de Me Chevenier, avocat commise d'office, représentant M. C, qui a repris et développé les moyens invoqués dans les écritures produites et de M. C qui a indiqué être entré en France en 2018, entretenir un relation avec Mme B depuis environ sept ou huit ans, être le père d'une enfant de six ans née de leur union mais ne pas pouvoir actuellement résider avec elles et affirme ne disposer d'aucune famille en France et dans son pays d'origine où ses deux frères auraient disparus.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité Guinéenne, est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée. Il a déposé une demande d'asile rejeté par l'office français de protection des réfugiés et apatrides le 18 mars 2019 et son recours contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 15 mars 2022. Il demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 3 janvier 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement et l'a assortie d'une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

2. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " I. - L'autorité administrative peut obliger à quitter le territoire français un étranger non ressortissant d'un État membre de l'Union européenne, () et qui n'est pas membre de la famille d'un tel ressortissant au sens des 4° et 5° de l'article L. 121-1, lorsqu'il se trouve dans l'un des cas suivants : () 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; () ". La demande d'asile du requérant ayant été définitivement rejetée, le préfet du Var a pu légalement faire application des dispositions précitées pour obliger M. C à quitter le territoire français.

3. L'arrêté attaqué a été signé par M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de préfecture du Var qui disposait, pour ce faire, d'une délégation de signature accordée par arrêté préfectoral en date du 21 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture n° 156 du 21 août 2023. L'incompétence invoquée de son signataire manque donc en fait et doit être écartée.

4. M. C n'établit pas être entré en France antérieurement à l'année 2019 où il a déposé une demande d'asile. Il affirme vivre en concubinage avec Mme B, de nationalité nigériane, et leur enfant. Toutefois, celle-ci réside en France en situation irrégulière suite à la confirmation au rejet de sa demande d'asile par la CNDA, le 24 novembre 2022, et rien ne s'oppose à ce que cette cellule familiale ne se recompose hors de France. Il affirme ne pas résider avec Mme B et leur enfant et n'avoir aucune famille en France. Il n'apporte aucun élément de nature à démontrer qu'il n'aurait pas conservé, dans son pays d'origine où il a vécu vingt-deux ans, l'ensemble de ses attaches privées et familiales, et notamment ses deux frères. Au regard de ces éléments, l'obligation de quitter le territoire français en litige ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de M. C en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. Aux termes de l'article L. 721-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative fixe, par une décision distincte de la décision d'éloignement, le pays à destination duquel l'étranger peut être renvoyé en cas d'exécution d'office d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, d'une interdiction de retour sur le territoire français, d'une décision de mise en œuvre d'une décision prise par un autre État, d'une interdiction de circulation sur le territoire français, d'une décision d'expulsion, d'une peine d'interdiction du territoire français ou d'une interdiction administrative du territoire français ". Aux termes de l'article L. 721-4 du même code : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ".

6. L'arrêté attaqué vise l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et indique que M. C est de nationalité guinéenne et que cette décision d'éloignement sera mise à exécution à destination du pays dont il possède la nationalité ou de tout pays dans lequel elle est légalement admissible. Il énonce ainsi, avec une précision suffisante, par une motivation qui n'est pas stéréotypée, les considérations de droit et de fait, qui constituent le fondement de la décision fixant le pays de destination. Le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit donc être écarté.

7. Par ailleurs, pour les motifs énoncés aux points 3 et 4, M. C n'est pas fondé à soutenir, par voie d'exception, que l'obligation de quitter le territoire français en litige qui lui a été opposée le 3 janvier 2024 serait illégale ni, par suite, que la décision fixant le pays de destination de cette mesure d'éloignement serait dépourvue de base légale.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

8. La décision en litige vise l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et fait état notamment des conditions d'entrée et de séjour en France de M. C, de la circonstance qu'il s'est soustrait une précédente mesure d'éloignement prise à son encontre par le préfet du Var le 13 janvier 2023, de la menace qu'il constitue pour l'ordre public et le fait qu'il a déclaré lors de son audition par les services de police ne pas envisager un retour dans son pays d'origine. Elle énonce ainsi les considérations de droit et de fait qui la fondent et est donc suffisamment motivée.

9. Pour les motifs énoncés aux points 3 et 4, M. C n'est pas fondé à soutenir, par voie d'exception, que l'obligation de quitter le territoire français en litige qui lui a été opposée le 3 janvier 2024 serait illégale ni, par suite, que l'interdiction de retour qui lui a été opposée serait dépourvue de base légale.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté en litige du 3 janvier 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

11. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation de M. C n'appelle aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions présentées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que M. C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, au préfet du Var et Me Chevenier.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 janvier 2024.

Le magistrat désigné,

G. ALa greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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