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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400228

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400228

mardi 2 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400228
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre magistrat statuant seul
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 janvier 2024, M. C A, représenté par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 août 2023 par laquelle la commission de médiation de Vaucluse a rejeté sa demande en vue d'une offre de logement dans les conditions prévues au II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation ;

2°) d'enjoindre à cette même autorité de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil sous réserve de la renonciation de celui-ci à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle méconnait les dispositions des articles L. 300-1, L. 441-2-3, L. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que, d'une part, il a transmis son certificat de résidence algérien valable durant toute l'instruction du recours DALO et, d'autre part, la commission de médiation de Vaucluse n'a pas pris en compte sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense et des pièces enregistrés les 22 février 2024, 15 mai 2024 et 21 mai 2024, le préfet de Vaucluse conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés et qu'il n'a pas transmis les pièces obligatoires dans les délais impartis.

Par une décision du 14 novembre 2023, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Chamot, vice-présidente, pour statuer sur les litiges énumérés par l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

En application de l'article R. 732-1-1 du code de justice administrative, la rapporteure publique a été dispensée, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chamot a été entendu au cours de l'audience publique du 20 juin 2024 en l'absence des parties.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A demande l'annulation de la décision du 22 août 2023 par laquelle la commission départementale de médiation du droit au logement opposable de Vaucluse a rejeté sa demande de logement social enregistrée sur le fondement de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation.

2. En premier lieu, la décision du 22 août 2023 mentionne les dispositions législatives et réglementaires, tels que les articles L. 300-1, L. 441-2-3 et R. 441-13 et suivants du code de la construction et de l'habitation, ainsi que les considérations de fait qui la fondent en ce qu'elle vise les pièces qui n'ont pas été produites par le requérant. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de la motivation doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation : " Le droit à un logement décent et indépendant, mentionné à l'article 1er de la loi n° 90-449 du 31 mai 1990 visant à la mise en œuvre du droit au logement, est garanti par l'Etat à toute personne qui, résidant sur le territoire français de façon régulière et dans des conditions de permanence définies par décret en Conseil d'Etat, n'est pas en mesure d'y accéder par ses propres moyens ou de s'y maintenir. Ce droit s'exerce par un recours amiable puis, le cas échéant, par un recours contentieux dans les conditions et selon les modalités fixées par le présent article et les articles L. 441-2-3 et L. 441-2-3-1 ".

4. Aux termes du II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut être saisie par toute personne qui, satisfaisant aux conditions réglementaires d'accès à un logement locatif social, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande de logement dans le délai fixé en application de l'article L. 441-1-4. Elle peut être saisie sans condition de délai lorsque le demandeur, de bonne foi, est dépourvu de logement, menacé d'expulsion sans relogement, hébergé ou logé temporairement dans un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, logé dans des locaux impropres à l'habitation ou présentant un caractère insalubre ou dangereux. Elle peut également être saisie, sans condition de délai, lorsque le demandeur est logé dans des locaux manifestement suroccupés ou ne présentant pas le caractère d'un logement décent, s'il a au moins un enfant mineur, s'il présente un handicap au sens de l'article L. 114 du code de l'action sociale et des familles ou s'il a au moins une personne à charge présentant un tel handicap (). Dans un délai fixé par décret, la commission de médiation désigne les demandeurs qu'elle reconnait prioritaires et auxquels un logement doit être attribué en urgence. Elle détermine pour chaque demandeur, en tenant compte de ses besoins et de ses capacités, les caractéristiques de ce logement. Elle notifie par écrit au demandeur sa décision qui doit être motivée () ".

5. Les recours contre les décisions des commissions de médiation sur les demandes d'une personne tendant à être déclarée prioritaire et devant être logée d'urgence relèvent du contentieux de l'excès de pouvoir. Il appartient au juge administratif, lorsqu'il est saisi d'un recours formé à l'encontre d'une décision de la commission de médiation refusant à un demandeur de le reconnaître prioritaire pour l'accès à un logement décent et indépendant dans le cadre du droit garanti par l'État selon les dispositions de l'article L. 300-1 du code de la construction et de l'habitation, d'apprécier l'urgence et le caractère prioritaire de la demande de logement à la date de la décision attaquée.

6. M. A a présenté devant la commission départementale de médiation du droit au logement opposable une demande tendant à l'attribution d'un logement social pour lui, son épouse et leurs trois enfants. Par deux courriers des 25 avril 2023 et 25 mai 2023, la commission de médiation a demandé à M. A de leur fournir une copie de sa pièce d'identité, ainsi qu'une copie de la pièce d'identité, les pièces justificatives des ressources mensuelles et le dernier avis d'imposition de son épouse. Il ressort des pièces du dossier que M. A a transmis son certificat de résidence algérien mais s'est contenté d'annoter le courrier de demande de pièces obligatoires des mentions " au foyer " pour justifier des ressources mensuelles de son épouse et " 115, Hôtel Duc B " pour justifier de la surface habitable totale de son logement. Ces légendes manuscrites sont insuffisantes pour satisfaire à l'obligation de transmission des documents obligatoires à l'instruction du recours DALO. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des articles L. 300-1, L. 441-2-3 et L. 441-2-4 du code de la construction et de l'habitation doit être écarté.

7. En troisième lieu, la décision contestée n'a pas pour effet de séparer M. A de son épouse et leurs enfants. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

8. En quatrième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points n° 6 et 7 que le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit être écarté.

9. Il résulte de toute ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 22 août 2023.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires et au préfet de Vaucluse.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 juillet 2024.

La magistrate désignée,

C. CHAMOT

La greffière,

B. MAS-JAYLa République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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