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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400402

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400402

jeudi 8 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400402
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMIHIH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 1er février 2024, M. D B, représenté par Me Mihih, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 janvier 2024 par lequel le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre à l'Etat de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

- cette décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés les 7 et 8 février 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

Des pièces complémentaires pour le requérant ont été reçues et communiquées lors de l'audience.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 modifié ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à Mme Vosgien les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Vosgien,

- les observations de Me Mihih, représentant M. B, en présence de ce dernier, assisté de Mme C interprète en langue arabe, qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens à l'exception de celui tiré de l'incompétence de l'auteur de l'acte auquel il déclare expressément renoncer au vu des pièces versées en défense et précise qu'il est en France depuis 2011 comme en attestent les précédentes mesures d'éloignement successives énumérées dans l'arrêté attaqué, il est séparé de sa femme vivant en France depuis 2015 et a quatre enfants nés d'une précédente union, qui vivent en Algérie avec leur mère, il n'a plus de contact avec son père et ses frères vivant en France, il a été victime d'un accident de la route en 2021 lui causant de multiples fractures pour lesquelles une procédure d'indemnisation est en cours avec un assureur, il a fait l'objet d'une première expertise qui conclut à l'absence de consolidation et la nécessité d'être réexaminé pour évaluer son taux d'incapacité, la mesure d'éloignement et l'interdiction de retour portent atteinte à son droit au recours garanti par l'article 13 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales le privant de la possibilité de faire valoir ses droits dans le cadre de la procédure en cours avec l'assureur pour finaliser une transaction ou, à défaut, d'une procédure judiciaire pour obtenir l'indemnisation de ses préjudices, il souffre encore des lésions de cet accident puisqu'il se déplace toujours en béquilles, s'est vu prescrire des traitements à base d'anti-douleur et d'anxiolytiques et une prochaine opération chirurgicale étant également prévue, la mesure d'éloignement emporterait des conséquences d'une exceptionnelle gravité sur sa situation personnelle.

- le préfet du Var n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant tunisien né le 2 octobre 1978, a été interpellé le 30 janvier 2024 par les services de police de Fréjus. Par l'arrêté contesté du 31 janvier 2024, le préfet du Var l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans.

2. La décision fixant comme pays de renvoi le pays dont l'intéressé a la nationalité n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de l'obligation de quitter le territoire qui est dument motivée. En l'espèce l'arrêté mentionne de façon suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions contestées, notamment que M. B a déclaré être entré irrégulièrement en France en 2011 et n'avoir effectué aucune démarche afin de régulariser sa situation depuis, il a déjà fait l'objet de quatre précédentes mesures d'éloignement, les éléments relatifs aux soins consécutifs à son accident ne sont pas de nature à faire obstacle à une mesure d'éloignement, il a expressément déclaré son intention de ne pas se conformer à l'obligation de quitter le territoire français, il existe donc un risque qu'il se soustraie à cette mesure justifiant l'absence de délai de départ volontaire et l'interdiction de retour dont la durée a été fixée au regard de sa vie privée et familiale dès lors qu'il est célibataire sans charge de famille, s'il a son père et son frère en France, il n'établit pas l'intensité des liens qu'il peut avoir avec eux et n'est pas dépourvu d'attache familiale en Tunisie où il a vécu la majeure partie de sa vie. La circonstance que le préfet ait indiqué qu'il ne justifiait pas être exposé à des peines ou traitements contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans la mesure où il n'a pas fait état de risques en cas de retour dans son pays d'origine n'est pas de nature à caractériser un défaut de motivation. Il en est de même de celle tirée de ce que le préfet n'a pas précisé les raisons pour lesquelles il n'a pas considéré que des circonstances humanitaires pouvaient faire obstacle au prononcé de l'interdiction de retour alors que l'intéressé ne fait état d'aucune circonstance particulière qu'il aurait portée à la connaissance de l'administration. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision fixant le pays de renvoi dont est assortie l'obligation de quitter le territoire français sans délai, elle-même dûment motivée, ainsi que de l'interdiction de retour manque en fait et doit être rejeté.

Sur l'obligation de quitter le territoire français sans délai :

3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

4. M. B soutient être entré en France depuis 2011. Toutefois, il est célibataire, séparé de sa dernière compagne depuis 2015, confirme qu'il n'a plus de contact avec les membres de sa famille résidant en France et ne justifie d'aucune forme d'intégration particulière alors qu'il n'est pas dépourvu d'attache familiale dans son pays d'origine où résident notamment ses quatre enfants nés d'une précédente union et où il a vécu la majeure partie de sa vie. Il n'établit ainsi pas l'ancienneté et la stabilité de ses liens privés et familiaux en France et n'est, dès lors, pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait méconnu son droit au respect de sa vie privée et familiale et entaché sa décision l'obligeant à quitter le territoire français sans délai d'une erreur d'appréciation au regard de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

5. Le requérant soutient qu'il fait actuellement l'objet d'une procédure d'expertise avec un assureur suite à un accident de la route survenu en 2021, nécessitant qu'il soit réexaminé lorsque son état de santé sera consolidé. Toutefois, le rapport d'expertise établi le 11 décembre 2023 par le Dr A ne conclut pas à l'absence de consolidation puisqu'il évalue déjà certains postes de préjudices liés à sa gêne temporaire totale et partielle, l'aide humaine temporaire, l'arrêt temporaire des activités professionnelles, les souffrances endurées et le taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique et psychique et précise que les autres postes de préjudice seront évalués lorsque le dossier médical sera complet. Dans ces conditions, le droit au recours de M. B n'implique pas nécessairement son maintien sur le territoire français, tant pour la finalisation de cette expertise qui ne nécessite que l'envoi des pièces manquantes de son dossier médical que pour former une éventuelle action judiciaire par la suite, à défaut d'accord amiable avec cet assureur, dès lors qu'il peut se faire représenter par un conseil.

6. Si M. B soutient qu'il souffre toujours de ses fractures aux jambes résultant de son accident de la route survenu en 2021, qui nécessitent l'usage de béquilles et pour lesquelles il s'est vu prescrire des anti-douleurs et des anxiolytiques, il n'établit ni même n'allègue être dans l'incapacité de voyager ni de pouvoir disposer d'un traitement approprié dans son pays d'origine, y compris si une nouvelle intervention chirurgicale, dont la nature n'est pas précisée, devait être nécessaire. Il n'est ainsi pas fondé à soutenir que la mesure d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de renvoi serait illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Sur l'interdiction de retour :

8. Il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas davantage fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait illégale par la voie de l'exception de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

9. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au préfet du Var et à Me Mihih.

Fait à Nîmes le 8 février 2024.

La magistrate désignée,

S. VOSGIEN

La greffière,

A. NOGUEROLa République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2400402

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