vendredi 16 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2400596 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | BIFECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 14 février 2024, M. D C, actuellement retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 février 2024, par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- il n'est pas justifié de la délégation de signature consentie à son auteur ;
- il dispose d'un plein droit au séjour, sur le fondement de l'article 6-4° de l'accord franco-algérien, en qualité de père d'un enfant français ; ce droit au séjour fait obstacle à son éloignement ;
- en décidant son éloignement alors qu'il dispose de ce plein droit au séjour, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle n'est pas spécifiquement motivée eu égard à la circonstance que le préfet se borne à relever de manière stéréotypée qu'il n'est pas encouru de risques contraires à l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est illégale, dès lors qu'elle est fondée sur une décision d'éloignement elle-même illégale ;
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour :
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle présente un caractère disproportionné ;
- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation ;
- son inscription dans le fichier Schengen constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 février 2024, le préfet des Bouches-du-Rhône conclut au rejet de la requête.
Il expose que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d'éloignement.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Baccati ;
- et les observations de Me Bifeck, avocate de M. C, assisté de M. B, interprète, qui persiste dans ses écritures et précise que : il n'est pas contesté qu'il est parent d'un enfant français ni qu'il exerce l'autorité parentale ; il occupe un emploi de coiffeur, il souhaite régulariser sa situation et cherche avec sa compagne un nouveau logement.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C, né le 5 février 1999, de nationalité algérienne, entré en France au mois de septembre 2019 selon ses déclarations et père d'un enfant français, demande au tribunal d'annuler pour excès de pouvoir l'arrêté du 13 février 2024 par lequel le préfet des Bouches-du-Rhône l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit d'office et a prononcé à son encontre une interdiction de retour d'une durée de deux ans.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, l'arrêté attaqué est signé par M. A E, adjoint du chef du bureau de l'éloignement du contentieux et de l'asile à la préfecture des Bouches-du-Rhône. M. E disposait d'une délégation de signature accordée par un arrêté du préfet des Bouches-du-Rhône n°13-2023-10-06-00006 du 6 octobre 2023, laquelle vise au C) de son article 1er, notamment, les obligations de quitter le territoire, les décisions relatives au délai de départ volontaire, celles fixant le pays de destination, et les interdictions de retour sur le territoire français. Cette délégation a été régulièrement publiée au registre des actes administratifs de la préfecture n° 13-2023-248 du 6 octobre 2023, librement accessible tant au juge qu'aux parties. Le moyen tiré de l'incompétence doit donc être écarté.
3. En deuxième lieu, et d''une part, aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 4) au ressortissant algérien ascendant direct d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il exerce même partiellement l'autorité parentale à l'égard de cet enfant ou qu'il subvienne effectivement à ses besoins. Lorsque la qualité d'ascendant direct d'un enfant français résulte d'une reconnaissance de l'enfant postérieure à la naissance, le certificat de résidence d'un an n'est délivré au ressortissant algérien que s'il subvient à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an ; ". Selon l'article 372 du code civil dans sa rédaction issue de la loi n° 2002-305 du 4 mars 2002 : " Les père et mère exercent en commun l'autorité parentale. () Toutefois, lorsque la filiation est établie à l'égard de l'un d'entre eux plus d'un an après la naissance d'un enfant dont la filiation est déjà établie à l'égard de l'autre, celui-ci reste seul investi de l'autorité parentale. Il en est de même lorsque la filiation est judiciairement déclarée à l'égard du second parent de l'enfant. () ". Il résulte de la combinaison de ces dispositions que lorsqu'un ressortissant algérien reconnaît un enfant français postérieurement à sa naissance, un certificat de résidence ne peut lui être délivré qu'à la condition que ce ressortissant établisse subvenir à ses besoins depuis sa naissance ou depuis au moins un an, et ce, qu'il exerce ou non l'autorité parentale à son égard.
4. D'autre part, en vertu de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction issue de la loi n°2024-42 du 26 janvier 2024, seul l'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français.
5. Il ressort des pièces du dossier que M. C est père d'un enfant de nationalité française né le 14 décembre 2023, qu'il a déclaré 18 décembre 2023, moins d'un an après cette naissance. M. C exerce donc l'autorité parentale sur cet enfant, en application des dispositions précitées de l'article 372 du code civil. Toutefois, cette circonstance n'est pas suffisante à elle seule pour obtenir un certificat de résidence sur le fondement des stipulations de l'article 6-4° de l'accord franco-algérien, dès lors que la reconnaissance de l'enfant a été postérieure à sa naissance. Le certificat d'hébergement établi par la compagne de M. C ne saurait suffire à établir une quelconque contribution de ce dernier aux besoins matériels et affectifs de l'enfant. Dans ces conditions, en l'état des pièces du dossier, M. C ne remplit pas les conditions posées par les stipulations invoquées de l'article 6-4° de l'accord franco-algérien pour se voir délivrer un certificat de résidence. Par suite, et en tout état de cause, son moyen tiré de ce qu'il dispose d'un plein droit au séjour sur ce fondement doit être écarté.
6. En dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par M. C n'est de nature à établir qu'en décidant de lui faire obligation de quitter le territoire français, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation.
Sur la décision fixant le pays de destination :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.
8. En second lieu, la décision fixant le pays de destination vise l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et indique que l'intéressé n'allègue pas être exposé à des traitements contraires à ces stipulations. Ainsi, et alors que M. C n'a pas fait valoir devant l'autorité administrative un quelconque risque auquel il serait exposé, cette décision comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cette décision doit être écarté.
Sur la décision portant interdiction de retour :
9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. (). ". Selon l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
10. Si M. C a déclaré lors de son audition de police du 13 février 2024 qu'il séjourne en France depuis le mois de septembre 2019, il ne l'établit pas. Il a déjà fait l'objet le 7 novembre 2021 et le 24 novembre 2022 de précédentes mesures d'éloignement qu'il n'a pas exécutées. Il est défavorablement connu des services de police, sous cinq identités au fichier automatisé des empreintes digitales. Il ne justifie pas de l'ancienneté de sa relation avec sa compagne de nationalité française, ni de l'exercice allégué d'une activité professionnelle de coiffeur. Il ne justifie pas être dépourvu d'attaches personnelles ou familiales dans son pays d'origine, où résident sa mère et ses deux frères, ainsi que le préfet l'a relevé dans l'arrêté attaqué. Il ne se prévaut d'aucune circonstance humanitaire, et ne soutient pas avoir vainement tenté de le faire préalablement à la mesure d'interdiction de retour. L'ensemble de ces circonstances, propres à sa situation personnelle, est de nature à justifier légalement dans son principe et sa durée la décision d'interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans qui est suffisamment motivée, et qui ne présente pas en l'espèce un caractère disproportionné.
11. En deuxième lieu, aucune des circonstances invoquées par M. C n'est de nature à établir qu'en lui faisant interdiction de retour pour une durée de deux ans, le préfet des Bouches-du-Rhône a commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur sa situation personnelle.
12. En dernier lieu, si M. C fait valoir que l'inscription dans le fichier Schengen l'empêchera d'obtenir un visa ou un titre de séjour et constitue une mesure d'expulsion automatique dans tout l'espace Schengen, une telle circonstance, à la supposer établie, qui est relative à l'exécution de la mesure contestée portant interdiction de retour sur le territoire français, est sans incidence sur la légalité de cette mesure.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C. Doivent être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de la loi du 10 juillet 1991.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet des Bouches-du-Rhône.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 février 2024.
Le magistrat désigné,
J. BACCATILa greffière,
M-E. KREMER
La République mande et ordonne au préfet des Bouches-du-Rhône en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026