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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400632

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400632

mercredi 6 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400632
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantCHABBERT-MASSON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par requête enregistrée le 16 février 2024, Mme B A, représentée par Me Chabbert Masson, demande au tribunal :

- l'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

- l'annulation de l'arrêté n° 2023-30-166-BCE du 18 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- de définir les mesures d'exécution du jugement en ordonnant au préfet du Gard d'avoir à lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans les quinze jours suivants la notification à la préfecture du jugement à venir sous astreinte de 100 euros par jour de retard, en application de l'article L. 911-1 du Code de justice administrative ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative à verser à son conseil en application des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- l'arrêté viole le droit au respect de sa vie privée et familiale en violation des stipulations de l'article 8 de la CEDH ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation particulière, notamment au regard des articles 3 et 8 de la CEDH, sans prendre en compte que la CNDA avait déclaré le recours irrecevable parce qu'elle bénéficiait d'une protection par les autorités grecques jusqu'au 6 août 2023 ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision est prise en violation de l'article 3 de la CEDH et de l'article L.721-4 du CESEDA.

Par un mémoire enregistré le 29 février 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du 23 janvier 2024 du Bureau d'aide juridictionnelle.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

A été entendu au cours de l'audience publique du 7 février 2024 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Chabbert Masson, pour Mme A.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante camerounaise, née le 1er juin 1989 à Eboloux (Cameroun), s'est vue octroyer une protection internationale par les autorités grecques le 2 août 2017, la protection courant jusqu'au 6 août 2023. Elle a présenté une demande d'asile à l'Office français des réfugiés et apatrides (OFPRA) le 16 mars 2022, qui a été rejetée le 17 juin 2022 comme irrecevable. Le recours contre cette décision a été rejeté par le Cour nationale du droit d'asile le 26 juin 2023, dont la décision été notifiée le 10 juillet suivant. Par un arrêté en date du 18 décembre 2023, qui est l'acte attaqué, le préfet du Gard a obligé Mme A à quitter le territoire français dans le délai de trente jours, et a fixé le pays de destination.

2. L'arrêté en litige a été signé pour le préfet du Gard par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard. Ce dernier disposait, aux termes de l'arrêté du préfet du Gard du 21 août 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'Etat dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire des décisions attaquées doit être écarté.

3. L'arrêté attaqué comporte les considérations utiles de droit et de fait sur lesquelles le préfet du Gard s'est fondé pour prendre les décisions que comporte cet acte, et qui permettent d'établir que le préfet a procédé à un examen particulier de la situation de la requérante.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

4. La mesure d'éloignement concernant la requérante a été prise sur le fondement de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ; ". Aucune disposition ne fait obstacle à l'application du 4° précité lorsque le rejet d'un recours par la Cour nationale du droit d'asile est fondé sur l'irrecevabilité de la demande de protection. A la suite de la décision de la cour rejetant pour irrecevabilité sa demande de protection, Mme A ne bénéficiait plus du droit de se maintenir sur le territoire français, et l'arrêté attaqué a pu dès lors être pris légalement le 18 décembre 2023 sur le fondement du 4°. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que le préfet se serait cru tenu par la décision de la Cour nationale du droit d'asile pour prendre la décision d'éloignement ou n'ait pas tenu compte du motif de la décision de la cour.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance.". Mme A est entrée en France en février 2022 pour demander l'asile, en provenance de Grèce, pays qui lui avait accordé une protection le 2 août 2017. En sa qualité de demandeur d'asile déboutée elle n'avait pas vocation à rester sur le territoire français. Si elle fait valoir ses efforts d'intégration, notamment en participant à des actions associatives, sa fragilité psychologique, et la législation répressive au Cameroun, elle ne justifie en rien ne pas pouvoir poursuivre sa vie privée et familiale hors de France. En l'absence d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées, au regard de l'objet des mesures d'éloignement, ne peut être qu'écarté. Il ne ressort pas par ailleurs des pièces du dossier que la décision d'éloignement serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle de l'intéressée.

6. Le moyen tiré de la violation des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ne peut être utilement soulevé à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français, laquelle ne désigne pas le pays de destination.

Sur le pays de destination :

7. Le moyen tiré de l'exception d'illégalité ou par voie de conséquence de la décision d'éloignement ne peut être qu'écarté, cette décision n'étant pas illégale.

8. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou des traitements inhumains ou dégradants " et aux termes du dernier alinéa de l'article L .721-4 du même code " Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". La requérante, qui se borne à faire valoir, outre le fait que la Grèce lui avait accordé une protection, des éléments généraux concernant la législation répressive du Cameroun et des déclarations hostiles de responsables gouvernementaux et politiques, ne justifie par aucun élément personnel la réalité des risques auxquels elle allègue être exposée en cas de retour dans son pays. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la Convention européenne doit être écarté.

9. Il résulte de ce qui précède que Mme B A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 18 décembre 2023 du préfet du Gard. Par suite ses conclusions à fins d'injonction et de condamnation de l'État sur le fondement de l'article L .761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent également être que rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au préfet du Gard et à Me Chabbert Masson.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mars 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°240063

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