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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2400803

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2400803

vendredi 20 février 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2400803
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantBOTREAU MARINE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de la SAS AAA Ambulance, qui contestait une sanction de suspension conventionnelle de huit mois infligée par la CPAM de Vaucluse pour des manquements dans sa facturation. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, notamment le vice de procédure lié au délai d’un mois, l’insuffisance de motivation, et l’illégalité de la composition de la commission départementale de concertation. Il a jugé que la sanction était fondée sur les articles 24 et 26 de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés, et qu’elle n’était ni disproportionnée ni entachée d’erreur manifeste d’appréciation. La décision s’appuie sur le code de la sécurité sociale et la convention nationale applicable.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés respectivement les 29 février et 11 mars 2024, la société par actions simplifiée (SAS) AAA Ambulance, représentée par Me de Chivré, demande au tribunal :

1°) d’annuler la décision du 23 janvier 2024 par laquelle la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse lui a infligé la sanction de suspension de la possibilité d’exercer dans le cadre conventionnel pour une durée de huit mois, dont « deux mois sans sursis », à compter du 1er février 2024 ;

2°) de mettre à la charge de la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse la somme de 2 000 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la décision litigieuse est entachée d’un vice de procédure dès lors que le délai d’un mois prévu par l’article 17 de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés n’a pas été respecté ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- elle est illégale au regard des articles 15 et suivants de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés en l’absence de preuve que le quorum était atteint lors de la séance de la commission départementale de concertation de Vaucluse ;
- la composition de cette commission est contraire au paragraphe 1 de l’article 6 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- faute pour la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse de démontrer que les manquements ont été définis à l’avance, conformément au principe de légalité des délits et des peines, les sanctions prévues par la convention nationale des transporteurs sanitaires privés ne sauraient lui être infligées ;
- la sanction litigieuse ne pouvait être prise sur le fondement des articles 24 et 26 de cette convention qui ne définissent aucun manquement concernant le mode de facturation litigieux ;
- la sanction litigieuse est entachée d’une « erreur manifeste d’appréciation » et d’une disproportion manifeste.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 4 janvier 2025 et 5 février 2026, la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse, représentée par Me Botreau, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la société requérante au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par la société requérante ne sont pas fondés.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l’article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d’être fondé sur un moyen relevé d’office.

Les observations présentées par la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse en réponse à cette information ont été enregistrées le 30 janvier 2026 et communiquées.


Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- le code de la sécurité sociale ;
- la loi n° 2017-1836 du 30 décembre 2017, notamment son article 15 ;
- le code de justice administrative.


Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de M. Mouret,
- les conclusions de M. Baccati, rapporteur public,
- les observations de Me de Chivré, représentant la société AAA Ambulance, et celles de Me Botreau, représentant la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse.


Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 23 janvier 2024, la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse a, en application de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés prévue à l’article L. 322-5-2 du code de la sécurité sociale et au vu de l’avis émis par la commission départementale de concertation de Vaucluse, prononcé à l’encontre de la société AAA Ambulance, qui exerce une activité de transport sanitaire, une sanction de mise hors convention pour une durée de huit mois, dont « deux mois sans sursis », à compter du 1er février 2024. La société AAA Ambulance demande au tribunal d’annuler cette décision.


Sur la légalité de la décision litigieuse :

2. Aux termes de l’article 17 de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés prévue à l’article L. 322-5-2 du code de la sécurité sociale : « Après avis de la commission départementale de concertation, les caisses adressent à l'ambulancier, par lettre recommandée avec avis de réception, la notification de leur décision (…) ». L’article 18 de la même convention stipule que : « En fonction de la gravité des faits reprochés et après avis de la commission de concertation, les sanctions peuvent être les suivantes : / - un avertissement ; / - un avertissement avec publication ; / - un déconventionnement avec ou sans sursis. (…) / La décision de mise hors convention (…) est notifiée par les caisses locales au transporteur sanitaire (…) ». Cette convention nationale, conclue le 26 décembre 2002 et destinée à organiser les rapports entre les entreprises privées de transports sanitaires et les caisses d’assurance maladie, précise que : « (…) / On entend sous le terme de « caisses » : / - les caisses primaires du régime général ; / - les caisses de la mutualité sociale agricole ; / - les caisses régionales des travailleurs indépendants (…) ». Par ailleurs, le législateur a, par l’article 15 de la loi du 30 décembre 2017 de financement de la sécurité sociale pour 2018, supprimé le régime social des indépendants à compter du 1er janvier 2018 pour rattacher ces travailleurs au régime général d’assurance maladie. La Caisse nationale et les caisses de base du régime social des indépendants, devenues, respectivement, la Caisse nationale déléguée et les caisses locales déléguées pour la sécurité sociale des travailleurs indépendants ont continué d’exercer pour le compte des caisses du régime général, jusqu’à leur dissolution le 1er janvier 2020, certaines missions.

3. Il résulte des stipulations citées ci-dessus de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés qu’en cas d’inobservation par un transporteur sanitaire de ses engagements conventionnels, les caisses peuvent, après avis de la commission départementale de concertation, qui entend l’intéressé, prononcer à son encontre une sanction pouvant aller jusqu’à la mise hors convention. Une telle sanction doit être édictée conjointement par les autorités compétentes des caisses.

4. La décision de sanction en litige a été signée uniquement par la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse. Or, eu égard à ce qui a été dit au point précédent, cette autorité n’était pas compétente pour prendre seule cette décision. Si la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse se prévaut d’un mandat daté du 8 janvier 2024 et émanant de la directrice de la caisse de la mutualité sociale agricole Alpes-Vaucluse, il ressort des mentions qui y figurent que ce mandat, établi quinze jours avant l’édiction de la décision litigieuse, ne concerne, en tout état de cause, que la notification de la sanction, et non la prise de décision de sanction qui doit présenter un caractère collégial en vertu des stipulations de la convention nationale des transporteurs sanitaires privés citées au point 2. Par suite, ainsi qu’en ont été informées les parties, la décision contestée est entachée d’un vice d’incompétence.

5. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu’il soit besoin d’examiner les moyens invoqués par la société AAA Ambulance, que la décision de la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse du 23 janvier 2024 doit être annulée.

Sur les frais liés au litige :

6. Il n’y a pas lieu, dans les circonstances de l’espèce, de faire droit aux conclusions présentées par les parties sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.


D É C I D E :


Article 1er : La décision de la directrice de la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse du 23 janvier 2024 est annulée.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée AAA Ambulance et à la caisse primaire d’assurance maladie de Vaucluse.

Copie en sera adressée pour information à la caisse de la mutualité sociale agricole Alpes-Vaucluse.


Délibéré après l’audience du 6 février 2026, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,
M. Mouret, premier conseiller,
Mme Hoenen, conseillère.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2026.

Le rapporteur,





R. MOURETLe président,





P. PERETTI
Le greffier,





D. BERTHOD
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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