Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A... visant à annuler un arrêté du ministre de l'intérieur le rendant redevable d'une somme forfaitaire après sa démission de la formation de gardien de la paix. Le tribunal a jugé que les difficultés familiales invoquées par le requérant, liées à l'état de son fils, ne constituaient pas une "difficulté personnelle grave" au sens des textes applicables. La décision s'appuie sur l'article 9 du décret n°95-654 du 9 mai 1995 et l'arrêté du 5 février 1997, qui imposent le remboursement en cas de rupture d'engagement avant le terme prévu.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 27 mars et 13 novembre 2024, M. B... A..., représenté par la SCP Veliot Fenet-Garde-Ambault, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 26 octobre 2023 du ministre de l’intérieur et des outre-mer en tant qu’il le rend redevable de la somme forfaitaire liée à l’application de l’article 1 de l’arrêté du 5 février 1997 ;
2°) d’enjoindre à cette autorité de le dispenser de l’obligation de remboursement de la somme mentionnée aux articles 3 et 4 de l’arrêté du 5 février 1997 ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que la décision attaquée est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dès lors que des nécessités d’ordre familial l’ont contraint à démissionner.
Par un mémoire en défense enregistré le 4 juillet 2024, le ministre de l’intérieur et des outre-mer conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête de M. A... sont infondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le décret n°95-654 du 9 mai 1995 ;
- l’arrêté du 5 février 1997 portant application de l’article 9 du décret n°95-654 du 9 mai 1995 relatif à l'engagement de servir l'Etat et au remboursement d'une somme forfaitaire par certains élèves ou anciens élèves issus des corps actifs des services de la police nationale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Mazars,
- les conclusions de Mme Bala, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
M. A... a été nommé en qualité d’élève gardien de la paix de la police nationale à compter du 7 novembre 2022 au sein de la 268ème promotion par un arrêté du 21 décembre 2022. Le 19 septembre 2023, il a sollicité l’acceptation de sa démission pour raisons personnelles et a demandé à bénéficier de l’exonération du remboursement de la somme forfaitaire normalement due au titre des articles 3 et 4 de l’arrêté du 5 février 1997. Par un arrêté du 13 octobre 2023, sa démission a été acceptée à compter du 6 octobre 2023. Par un arrêté du 26 octobre 2023, l’arrêté du 13 octobre 2023 a été modifié s’agissant de la date d’acceptation de la démission, à compter du 12 octobre 2023 et non du 6 octobre 2023. M. A... demande l’annulation de cet arrêté en tant qu’il prévoit qu’il est redevable de la somme forfaitaire liée à l’application de l’article 1 de l’arrêté du 5 février 1997. Par un courrier reçu le 6 novembre 2023, M. A... a formé un recours gracieux à l’encontre de cet arrêté. Le silence gardé par l’administration sur cette demande a fait naître une décision implicite de rejet.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article 9 du décret du 9 mai 1995 fixant les dispositions communes applicables aux fonctionnaires actifs des services de la police nationale : « La nomination en qualité d'élève dans un corps des services actifs de la police nationale est subordonnée à la souscription de l'engagement préalable de rester au service de l'Etat pendant une période de quatre ans à compter de la titularisation si la durée de la formation initiale est inférieure ou égale à un an, de cinq ans si cette durée est supérieure à un an et inférieure à deux ans, de sept ans si la durée de la formation initiale est égale ou supérieure à deux ans. / L'élève ou l'ancien élève qui, pour toute autre cause que l'inaptitude physique, met fin à sa scolarité plus de trois mois après son admission ou qui rompt son engagement doit reverser au Trésor, dans des conditions fixées par arrêté du ministre de l'intérieur, tout ou partie de la rémunération perçue pendant la durée de la formation ainsi que des frais engagés à l'occasion de sa scolarité, compte tenu des services restant à accomplir. / En cas de difficultés personnelles graves, il peut être dispensé en tout ou partie de cette obligation. ». Aux termes de l’article 7 de l’arrêté du 5 février 1997 portant application de l’article 9 du décret n°95-654 du 9 mai 1995 relatif à l'engagement de servir l'Etat et au remboursement d'une somme forfaitaire par certains élèves ou anciens élèves issus des corps actifs des services de la police nationale : « En cas de difficulté personnelle grave, l'élève ou l'ancien élève peut être dispensé de tout ou partie de l'obligation de remboursement de la somme forfaitaire mentionnée aux articles 2, 3 ou 4 ci-dessus, par arrêté du ministre de l'intérieur. ».
Il ressort des pièces du dossier que M. A... a interrompu sa scolarité à l’école nationale de police plus de trois mois après son intégration, pour une cause autre que l’inaptitude physique, après son admission au concours de gardien de la paix de la police nationale alors qu’il n’était pas encore titularisé. Il suit de là, en application des dispositions précitées, que M. A... est redevable d’une somme forfaitaire fixée par arrêté du ministre de l’intérieur correspondant au montant des dix derniers mois de traitement brut, hors indemnités.
M. A... fait état de difficultés personnelles graves au sens des dispositions précitées liées à l’état de son fils, caractérisé par des troubles du comportement qu’il impute à son absence prolongée du domicile familial, et à sa situation d’éloignement géographique en général. Toutefois, et alors qu’il n’établit ni même n’allègue ne pas avoir été informé de l’obligation dans laquelle il se trouvait de rester au service l’Etat pendant une période de quatre ans à compter de sa titularisation, les circonstances invoquées par M. A... ne suffisent pas à caractériser une difficulté personnelle grave au sens des dispositions précitées. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le ministre de l’intérieur aurait entaché sa décision d’une erreur manifeste d’appréciation en ne le dispensant pas de tout ou partie de son obligation de remboursement de la somme forfaitaire mentionnée à l’article 4 de l’arrêté du 5 février 1997.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
L’exécution du présent jugement n’implique aucune mesure d’exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d’injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu’une somme soit mise à ce titre à la charge de l’Etat, qui n’est pas la partie perdante dans la présente instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l’intérieur.
Délibéré après l'audience du 18 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Chamot, présidente,
Mme Mazars, conseillère,
M. Cambrezy, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 mars 2026.
La rapporteure,
M. MAZARS
La présidente,
C. CHAMOT
La greffière,
B. MAS-JAY
La République mande et ordonne au ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.