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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401299

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401299

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401299
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème chambre
Avocat requérantLAURENT-NEYRAT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 2 avril 2024, Mme B A, représentée par Me Laurent-Neyrat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation et dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée de plusieurs erreurs manifestes d'appréciation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de son enfant, garanti par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle n'est pas spécialement motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est illégale dès lors qu'elle est fondée sur une décision portant obligation de quitter le territoire français elle-même illégale.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête de Mme A.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés n'est fondé.

Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 27 février 2024.

Des pièces complémentaires présentées pour Mme A ont été enregistrées le 11 juin 2024, postérieurement à la clôture de l'instruction.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus, au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Baccati,

- et les observations de Me Laurent Neyrat, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A ressortissante burundaise née le 29 février 2000, a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office.

Sur la décision portant refus de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué comporte l'ensemble des considérations utiles de fait et de droit qui en constituent le fondement. Notamment, le préfet du Gard vise les textes dont il fait application, fait état de la circonstance que la requérante poursuit des études, et indique les motifs pour lesquels il estime que la demande doit être rejetée. La circonstance que le préfet mentionne des circonstances superfétatoires, caractérisant la situation des membres de la famille de Mme A, est à cet égard dépourvue d'incidence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation doit être écarté.

3. Les circonstances invoquées par Mme A, selon lesquelles, d'une part, elle poursuit des études supérieures avec des perspectives d'emploi, et, d'autre part, n'a pas reçu notification de la précédente mesure d'éloignement, ne sont pas de nature à établir que le préfet du Gard aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressée. Au demeurant, les pièces produites par le préfet du Gard et non contestées par Mme A établissent que la précédente décision d'éloignement lui a été régulièrement notifiée.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

5. Contrairement à ce qui est soutenu par Mme A le préfet du Gard s'est prononcé sur la demande présentée sur le fondement des dispositions citées au point 4 après avoir examiné les liens personnels et familiaux de l'intéressée en France, et notamment la poursuite de ses études, les conditions de son entrée et de son séjour ainsi que celles de son père, de sa mère et de son frère. Dès lors, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", () ".

7. Mme A fait valoir que le préfet s'est abstenu de préciser qu'elle ne peut " bénéficier d'une régularisation ". Toutefois, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que le préfet du Gard cite les dispositions citées au point 6, et examine l'ensemble de la situation personnelle de l'intéressée. Dès lors en refusant de l'admettre au séjour, le préfet s'est nécessairement prononcé sur sa demande qui lui était présentée au titre de ces dispositions. Par suite, et alors d'ailleurs que Mme A ne fait valoir aucune considération humanitaire ou motif exceptionnel au sens de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions doit être écarté.

8. En quatrième lieu, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

9. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est entrée en France en 2017 sous couvert d'un visa " C " de court séjour qui ne lui donnait pas vocation à séjourner durablement sur le territoire français. L'office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté le 21 septembre 2019 sa demande d'asile, et le recours dirigé contre cette décision a été rejeté par la cour nationale du droit d'asile le 15 mars 2019. Sa demande de réexamen a été rejetée pour irrecevabilité le 13 décembre 2019. Ainsi que Mme A l'indique elle-même, lorsque sa demande d'asile a été refusée, elle a, avec les autres membres de sa famille, accepté l'aide au retour. En outre, en dehors de son père, de sa mère et de son frère, qui se trouvent dans la même situation irrégulière au regard du droit au séjour, elle ne justifie d'aucune attache personnelle en France. Elle ne justifie par aucun élément probant qu'elle serait dépourvue de liens personnels et familiaux dans son pays d'origine. Par suite, alors même qu'elle justifie de l'obtention en 2023 d'un master 1 avec une mention " bien ", Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

10. En cinquième et dernier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que Mme A aurait un enfant. Par suite, elle ne peut utilement se prévaloir des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, lorsqu'un refus de séjour est assorti d'une obligation de quitter le territoire français, la motivation de cette dernière se confond avec celle du refus de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus est lui-même motivé, de mention spécifique.

12. En l'espèce, la décision de refus de séjour comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Ainsi, à sa seule lecture, l'arrêté attaqué permet à Mme A de comprendre les motifs de la mesure prise à son encontre. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français doit donc être écarté.

13. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet du Gard se serait abstenu d'examiner la situation personnelle de Mme A. Au demeurant la seule circonstance invoquée par l'intéressée, selon laquelle elle n'a pas été destinataire d'une précédente décision d'éloignement, est démentie par les pièces produites en défense par le préfet du Gard comme il a été dit au point 3.

14. En troisième et dernier lieu, aucune des circonstances invoquées par Mme A n'est de nature à établir qu'en prenant à son encontre une décision portant obligation de quitter le territoire français, le préfet aurait commis une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

15. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré, par la voie de l'exception, de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français, présenté au soutien de la contestation de la décision fixant le pays de renvoi, doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation l'arrêté du 27 décembre 2023 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de 30 jours, et a fixé le pays à destination duquel elle pourra être reconduite d'office. Doivent également être rejetées, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1 er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Laurent-Neyrat et au préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 14 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Baccati, premier conseiller,

M. Parisien, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er juillet 2024.

Le rapporteur,

J. BACCATI

Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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