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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401382

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401382

mercredi 22 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401382
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantHAMZA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 9 avril 2024, Mme A C, représentée par Me Hamza, demande au tribunal :

- son admission à l'aide juridictionnelle provisoire ;

- l'annulation de l'arrêté n° 2024-30-019-BCE du 12 janvier 2024, par lequel le préfet du Gard l'oblige à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois, et ce sous astreinte de 50 euros par jour de retard, en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

- de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que ;

Sur l'obligation de quitter le territoire :

- il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de l'acte ;

- la décision est entachée d'une erreur de droit et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ; elle a été prise sur le fondement du 4° de l'article L. 611-1 du CESEDA alors qu'une demande de titre de séjour présentée par son époux est en cours d'examen, avec un délai jusqu'au 23 janvier 2024 pour fournir des pièces ;

- la décision est contraire à l'article 8 de la CEDH ; elle réside en France depuis cinq ans avec son époux et leurs quatre enfants ;

- la décision est contraire à l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

- elle est fondée à exciper de l'illégalité de l'OQTF ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et de méconnaissance des articles 3 de la CESDH et L. 721-4 du CESEDA.

Par un mémoire reçu le 6 mai 2024 le préfet du Gard conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que la requête est tardive et par suite irrecevable et que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 23 avril 2024 du bureau d'aide juridictionnelle, Mme A C a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné M. Abauzit, président honoraire, pour statuer sur les requêtes instruites selon les dispositions des L. 614-5, L. 614-6 et L. 614-9, L. 352-4, L. 754-4 et L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 22 mai 2024 :

- le rapport de M. Abauzit,

- les observations de Me Hamza, pour Mme C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Sans qu'il soit besoin de statuer sur la recevabilité de la requête :

1. Par une décision en date du 28 juillet 2021, à la suite du rejet le 12 novembre 2019 de sa demande d'asile par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), puis de la décision de rejet de son recours par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 16 juin 2021, la préfète du Gard avait fait obligation à Mme A C, ressortissante de la Fédération de Russie, née le 17 août 1986 à Grozny, de quitter le territoire français en fixant le délai de départ volontaire à trente jours. L'intéressée a ensuite présenté une nouvelle demande d'asile, laquelle a été déclarée irrecevable par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides le 23 novembre 2021, décision confirmée par la Cour nationale du droit d'asile le 15 février 2022. Le 23 mars 2023 l'OFPRA a rejeté une seconde demande de réexamen. Par un arrêté du 12 janvier 2024 qui est l'acte attaqué, le préfet du Gard a obligé Mme C à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

2. L'arrêté en litige a été signé pour le préfet du Gard par M. Frédéric Loiseau, secrétaire général de la préfecture du Gard. Ce dernier disposait, aux termes de l'arrêté du préfet du Gard du 6 novembre 2023, publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture, d'une délégation à l'effet de signer notamment tous arrêtés relevant des attributions de l'État dans le département du Gard, en toutes matières, à l'exception des réquisitions prises en application du code de la défense, de la réquisition des comptables publics régie par le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique, et des arrêtés de conflit. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

Sur l'obligation de quitter le territoire :

3. L'arrêté du 12 janvier 2024 est fondé, au visa de la décision de l'OFPRA du 23 mars 2023, sur les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, aux termes duquel " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 4° La reconnaissance de la qualité de réfugié ou le bénéfice de la protection subsidiaire a été définitivement refusé à l'étranger ou il ne bénéficie plus du droit de se maintenir sur le territoire français en application des articles L. 542-1 et L. 542-2, à moins qu'il ne soit titulaire de l'un des documents mentionnés au 3° ". Ces dispositions restent applicables, en l'absence de disposition contraire, lorsqu'une demande de titre de séjour a été présentée sur un autre fondement que l'asile antérieurement au prononcé de l'obligation de quitter le territoire. La requérante n'est dès lors pas fondée à soutenir que l'arrêté du 12 janvier 2024 est entaché d'une erreur de droit ou d'un défaut d'examen attentif et complet de sa situation, du fait d'une demande de titre de séjour dont le dossier complété aurait été déposé à la préfecture le 17 janvier 2024.

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Pour l'application des stipulations précitées, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " 1 Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

5. Pour établir qu'elle a fixé le centre de ses intérêts privés et familiaux en France, Mme C fait valoir qu'elle réside en France depuis cinq ans avec son époux, M. B, et leurs quatre enfants, en produisant notamment les certificats de scolarité et d'assiduité, elle se prévaut également de sa participation à des cours d'atelier sociolinguistique et à des activités associatives, et la possibilité pour son époux, bardeur de profession, d'être embauché par la société BCM Gardoise.

6. Toutefois les époux sont entrés irrégulièrement en France en 2018 accompagnés de leurs quatre enfants, nés en 2008, 2010, 2013 à Grozny et la dernière en 2016 en Allemagne, pays où la famille a vécu plusieurs années. Mme C n'a résidé régulièrement en France, jusqu'en 2021, que sous couvert de sa demande d'asile -jugée infondée- et elle n'avait pas vocation, après le rejet de ses demandes, à se maintenir sur le territoire français avec son époux, lui-aussi débouté du droit d'asile et ayant lui-aussi fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Sa présence depuis trois ans sur le territoire français, après le rejet de sa demande d'asile, n'a été rendue possible que par l'absence de respect des obligations de quitter le territoire prises à son encontre. Elle ne justifie pas que le couple n'ait pas la possibilité de poursuivre sa vie familiale dans son pays d'origine et y être dépourvu d'attaches. Eu égard à cette situation, et malgré la scolarisation de ses quatre enfants, qui peuvent poursuivre cette scolarité en dehors de la France y compris pour celui souffrant d'un handicap, la décision l'obligeant à quitter le territoire français ne porte pas à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise, ni atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants. Les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne et de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doivent dès lors être écartés. Eu égard aux mêmes éléments le préfet n'a pas entaché la décision obligeant la requérante à quitter le territoire français d'une erreur manifeste d'appréciation.

Sur la décision fixant le pays de renvoi :

7. Il résulte de ce qui précède que Mme C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français à l'égard de la décision fixant le pays de renvoi.

8. L'arrêté a attaqué vise l'article 3 de la convention européenne et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et précise les éléments retenus par le préfet du Gard pour fixer le pays de destination, après avoir rappelé la décision négative de l'OFPRA en l'absence d'éléments sérieux.

9. Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ". Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

10. La requérante soutient qu'en cas de retour dans son pays d'origine son époux sera exposé à un risque de subir des traitements inhumains et dégradants en raison du conflit armé entre la Russie et l'Ukraine, alors que de nombreux citoyens russes sont mobilisés et que le refus de rejoindre l'armée serait sanctionné lourdement. Si la requérante produit un article de la Nouvelle République concernant la mobilisation en Russie par le pouvoir tchétchène, une analyse en date de septembre 2022 de l'Organisation suisse d'aide aux réfugiés (OSAR), la déclaration sur l'honneur d'un voisin concernant les risques encourus par la famille B, des déclarations sur l'honneur de membres de sa famille, et une convocation dans un commissariat militaire de la ville de Grozny, elle ne présente toutefois aucun document permettant de tenir pour établi le caractère direct, personnel et actuel des menaces auxquelles elle serait exposée avec sa famille si elle retournait dans son pays d'origine. Par suite, la décision fixant le pays de destination ne méconnaît pas les stipulations des articles 3 de la convention européenne et l'article L. 721-4 précité. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas non plus entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

11. Il résulte de ce qui précède que la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 12 janvier 2024 ne peut être que rejetée, y compris les conclusions à fins d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative et l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C, au préfet du Gard et à Me Hamza.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 mai 2024.

Le magistrat désigné,

F. ABAUZIT

La greffière,

M-E. KREMER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

N°2401382

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