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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2401593

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2401593

jeudi 7 novembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2401593
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème chambre
Avocat requérantLEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 23 avril 2024, Mme C B, représentée par Me Lejeune, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 mars 2024 par laquelle le préfet de Vaucluse a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer le titre sollicité ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse, à titre principal, de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la décision à intervenir, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision est entachée d'un vice d'incompétence et d'un vice de forme en l'absence de mention permettant d'en identifier l'auteur ;

- elle est insuffisamment motivée et elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- elle remplit les conditions permettant de se voir délivrer un titre de séjour de plein droit en application des dispositions de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation et méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée le 25 avril 2024, n'a pas défendu.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de ce que la décision attaquée, qui refuse d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme B, n'a ni pour objet ni pour effet de lui refuser la délivrance du titre sollicité et que, par suite, les conclusions dirigées contre cette décision en tant qu'elle vaudrait refus de titre de séjour sont irrecevables et doivent être rejetées.

Par courrier enregistré le 14 octobre 2024, Mme C B soutient que la décision attaquée constitue bien une décision de refus de délivrance de titre de séjour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu l'ordonnance du juge des référés n° 2401594 du 13 mai 2024.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Béréhouc, rapporteure.

Considérant ce qui suit :

1. Le 7 février 2024, Mme B, ressortissante brésilienne, a sollicité, sur la plateforme numérique pour les étrangers en France (ANEF), la délivrance d'un titre de séjour en sa qualité de conjointe de français. Par décision du 8 mars 2024, le service du ministère de l'intérieur et des outre-mer a refusé d'enregistrer sa demande. L'intéressée demande l'annulation de cette décision portant, selon elle, refus d'enregistrement de sa demande et refus de titre de séjour.

Sur les conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour :

2. Il ressort des termes mêmes de la décision formalisée dans le courriel du 8 mars 2024 adressé à la requérante, qui se borne à faire état de l'impossibilité de procéder à l'instruction de sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en l'absence de production d'un visa de long séjour délivré par les autorités consulaires françaises du pays d'origine de l'intéressée et à l'informer de la faculté dont elle dispose de déposer une demande d'admission exceptionnelle au séjour, qu'elle ne constitue pas une décision lui refusant, au terme de l'instruction de son dossier de demande, la délivrance d'un titre de séjour. Les conclusions de Mme B, tendant à l'annulation d'une telle décision, sont donc irrecevables et ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions dirigées contre le refus d'enregistrement :

3. Aux termes de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, entré régulièrement et marié en France avec un ressortissant français avec lequel il justifie d'une vie commune et effective de six mois en France, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable ". L'article L. 412-1 de ce code subordonne la délivrance d'une carte de séjour à la production, par l'étranger, du visa de long séjour mentionné aux 1° ou 2° de l'article L. 411-1.

4. La décision de refus d'enregistrement en litige est fondée sur un motif unique tiré de ce que Mme B ne disposerait pas du visa de long séjour qui serait indispensable à l'instruction de sa demande présentée sur le fondement de l'article L. 423-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que Mme B est entrée en France régulièrement, le 26 janvier 2022, qu'elle y a épousé M. A, ressortissant français, le 22 juillet 2023, avec lequel elle avait souscrit un pacte civil de solidarité le 9 mai 2022, et justifie d'une vie commune avec son époux, par les diverses pièces qu'elle a produites, depuis au moins le mois d'avril de l'année 2022, soit depuis plus de six mois à la date de dépôt de sa demande de titre de séjour, le 7 février 2024. Dans ces conditions, le préfet de Vaucluse a méconnu les dispositions combinées des articles L. 423-2 et L. 412-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la délivrance du titre sollicité, et donc l'instruction de sa demande, ne sont pas subordonnées à l'obtention d'un visa de long séjour.

5. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du préfet de Vaucluse en date du 8 mars 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. Le présent jugement, qui annule la décision du préfet de Vaucluse, eu égard au motif de cette annulation, n'implique pas nécessairement la délivrance du titre de séjour demandé par l'intéressée, mais seulement le réexamen de sa demande. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, d'enjoindre au préfet de Vaucluse d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de Vaucluse refusant d'enregistrer la demande de titre de séjour de Mme B, opposée le 8 mars 2024, est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de Vaucluse d'enregistrer la demande de titre de séjour présentée par Mme B et de lui délivrer le récépissé correspondant dans un délai de deux mois suivant la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Mme B la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de Mme B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 25 octobre 2024 à laquelle siégeaient :

M. Roux, président,

Mme Vosgien, première conseillère,

Mme Béréhouc, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 novembre 2024.

La rapporteure,

F. BEREHOUC

Le président,

G. ROUX

La greffière,

B. ROUSSELET-ARRIGONI

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2401593

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