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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2402476

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2402476

lundi 1 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2402476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMEJERI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance du 28 juin 2024, le Tribunal administratif de Toulon a transmis au Tribunal administratif de Nîmes la requête, enregistrée le 25 avril 2024, par laquelle M. C A B, représenté par Me Mejeri, demande :

- l'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024, par lequel le préfet du Var rejette sa demande de titre de séjour, l'oblige à quitter le territoire français, lui interdit d'y retourner pour une durée d'un an et fixe son pays de renvoi ;

- d'enjoindre au préfet du Var de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter du jugement à intervenir ;

- la mise à la charge de l'Etat d'une somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de titre de séjour :

- il est en couple avec une ressortissante française dont il a eu un enfant ; il contribue à son entretien et à son éducation ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire :

- étant père d'un enfant français, il ne peut pas faire l'objet d'une mesure d'éloignement ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Parisien en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Parisien,

- les observations de M. A B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant tunisien né le 3 octobre 1995, a fait l'objet d'un arrêté du 22 mars 2024, par lequel le préfet du Var a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, lui a fait interdiction d'y retourner pour une durée d'un an et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du préfet du Var du 24 juin 2024, M. A B a été placé en rétention au centre de rétention de Nîmes.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. Aux termes de l'article L. 614-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français peut, dans les conditions et délais prévus au présent chapitre, demander au tribunal administratif l'annulation de cette décision, ainsi que l'annulation de la décision relative au séjour, de la décision relative au délai de départ volontaire et de la décision d'interdiction de retour sur le territoire français qui l'accompagnent le cas échéant () ". La procédure applicable en cas d'assignation à résidence ou de placement en rétention résulte des articles L. 614-7 à L. 614-13 de ce code. L'article L. 614-8 du même code prévoit que lorsque la décision portant obligation de quitter le territoire français est notifiée avec une décision d'assignation à résidence prise en application de l'article L. 731-1, le président du tribunal administratif peut être saisi dans le délai de quarante-huit heures suivant la notification de ces mesures. Par ailleurs, en application des dispositions de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, lorsque l'étranger, placé en rétention ou assigné à résidence, a formé des conclusions contre la décision relative au séjour notifiée avec une obligation de quitter le territoire, il est statué sur cette décision dans les conditions prévues à la sous-section 1 ou à la sous-section 2 de la section 2, selon le fondement de l'obligation de quitter le territoire français. Et aux termes de l'article R. 776-10 du code de justice administrative : " Les dispositions de la présente sous-section sont applicables aux recours formés, en application des articles L. 614-4 ou L. 614-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, contre les décisions d'obligation de quitter le territoire français prise sur le fondement de l'article L. 251-1 ou des 3°, 5° ou 6° de l'article L. 611-1 du même code et les autres décisions mentionnées à l'article R. 776-1 du présent code, lorsque l'étranger n'est pas placé en rétention, ni assigné à résidence. ".

3. M. A B a fait l'objet d'un placement en rétention par décision du préfet du Var du 24 juin 2024. Par suite, il appartient au magistrat désigné de statuer sur la légalité des décisions notifiées le même jour obligeant l'intéressé à quitter sans délai le territoire français, fixant le pays de renvoi et lui interdisant le retour sur le territoire pour une durée d'un an. En revanche, il appartient seulement à une formation collégiale du tribunal administratif de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 22 mars 2024 refusant à M. A B la délivrance d'un titre de séjour. Par suite, il y a lieu de renvoyer en formation collégiale les conclusions du requérant relatives à la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour ainsi que les conclusions annexes y afférentes.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

4. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article 371-2 du code civil : " Chacun des parents contribue à l'entretien et à l'éducation des enfants à proportion de ses ressources, de celles de l'autre parent, ainsi que des besoins de l'enfant. () ". Il résulte de ces dispositions que pour obtenir un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français, l'étranger qui se prévaut de cette qualité, doit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de cet enfant depuis sa naissance ou depuis au moins deux ans.

5. M. A B, qui se borne à produire un courrier du centre départemental de l'enfance du Var du 2 mai 2024, attestant qu'il est attendu à l'Espace parent-enfant pour rencontrer son fils en visite médiatisée tous les jeudis, conformément à un jugement en assistance éducative du 15 juin 2023, ne justifie pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant. Par conséquent, il n'est pas fondé à soutenir que la décision portant obligation de quitter le territoire français qui lui a été notifiée serait dépourvue de base légale du fait de son droit au séjour.

6. Aux termes de l'article L.611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Ne peuvent faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français : () 5° L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans ()".

7. Le requérant, qui soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'en qualité de parent d'enfant français et de conjoint de français il ne peut être éloigné, doit être regardé comme se prévalent de la méconnaissance de ces dispositions. Il ressort toutefois de ce qui a été dit au point 5 que M. A B, qui ne démontre pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant, n'est pas fondé à soutenir que le préfet du Var aurait méconnu les dispositions citées au point précédent et aurait entaché la décision en litige d'erreur de droit.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. A B tendant à l'annulation de la décision attaquée portant obligation de quitter le territoire français doivent être rejetées. Par conséquent, sa requête doit être rejetée.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A B à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mars 2024 en tant qu'il porte refus d'admission au séjour, ainsi que les conclusions aux fins d'injonction qui en constituent l'accessoire et celles présentées au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative, sont renvoyées devant une formation collégiale du tribunal administratif de Nîmes.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B et au préfet du Var.

Lu en audience publique le 1er juillet 2024.

Le magistrat désigné,

P. PARISIEN

Le greffier,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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