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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403111

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403111

mardi 17 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403111
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLEJEUNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 31 juillet 2024, M. B C, représenté par Me Lejeune, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un titre de séjour " étudiant ", dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ; à titre subsidiaire, d'enjoindre au préfet du Gard de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la décision à intervenir, et de lui délivrer dans l'attente une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 à verser à son conseil, sous réserve que ce dernier renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la décision a été prise par une autorité incompétente ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen de sa situation particulière ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 422-1 du code d'entrée et du séjour des étrangers et droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est illégale, dès lors qu'elle repose sur une décision de refus de séjour elle-même illégale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 août 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 4 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991, modifiée, relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, a été entendu, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Hoenen.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant marocain né le 18 mai 2000, est entré en France le 28 août 2018 sous couvert d'un visa étudiant valable du 10 août 2018 au 10 août 2019. Le 13 novembre 2023, il a sollicité le renouvellement de son titre de séjour étudiant auprès des services de la préfecture du Gard. M. C demande l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué a été signé pour le préfet du Gard par M. A D, chef du bureau du séjour et des étrangers de la préfecture du Gard. Par un arrêté du 14 mars 2024, publié au recueil des actes administratifs spécial n° 30.2024-051 de la préfecture du Gard, M. D a reçu délégation de signature à l'effet de signer au nom du préfet du Gard toutes décisions ayant trait au séjour et à l'éloignement des étrangers. Le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit, dès lors, être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les textes dont il fait application et expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. C, et en particulier son parcours administratif depuis son arrivée en France ainsi que son parcours universitaire. Dès lors, le préfet du Gard, qui n'avait pas à faire état de l'ensemble des éléments caractérisant la situation du requérant, a suffisamment motivé son arrêté. La seule circonstance qu'il n'a pas fait état de la validation de sa première année de licence en droit suite à son redoublement en 2024, ne permet pas de considérer que le préfet du Gard ne se serait pas livré à un examen réel et complet de sa situation. Par suite, les moyens tirés de l'insuffisante motivation, et du défaut d'examen particulier, doivent être écartés.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. () ".

5. Le renouvellement de la carte de séjour portant la mention " étudiant " est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Il appartient ainsi au préfet, sous le contrôle du juge de l'excès de pouvoir, de rechercher à partir de l'ensemble du dossier et notamment au regard de la progression de l'étudiant dans le cursus universitaire, de son assiduité aux cours et de la cohérence de ses choix d'orientation, si le demandeur peut être regardé comme poursuivant avec sérieux les études entreprises.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C, après un échec en première année de licence " chimie, physique, sciences et technologie " au titre de l'année 2018-2019, a connu un nouvel échec en deuxième année de licence " sciences pour l'ingénieur " à l'issue de l'année scolaire 2020-2021. Malgré un redoublement de cette deuxième année, il a à nouveau échoué à valider son deuxième semestre " sciences pour l'ingénieur " à l'issue de l'année scolaire 2021-2022. M. C s'est réorienté vers des études de droit mais n'a pas validé sa première année de licence pour l'année scolaire 2022-2023, il s'y est réinscrit pour l'année 2023-2024. Pour refuser le renouvellement de son titre de séjour, le préfet du Gard s'est fondé sur l'absence de progression dans les études suivies, en précisant qu'il a changé de cursus, qu'il a redoublé à plusieurs reprises et que sur ces quatre années d'études, il a échoué trois années consécutives. La circonstance que l'intéressé ait validé à l'issue de l'année scolaire 2023-2024, sa première année de licence par compensation et se soit inscrit en deuxième année de licence en droit mention " administration économique et sociale " est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée, dès lors que ces éléments lui sont postérieurs. C'est, par suite, sans erreur d'appréciation que le préfet du Gard a considéré que l'intéressé ne justifiait pas du caractère réel et sérieux de ses études et a refusé de renouveler le titre de séjour portant la mention " étudiant " que M. C sollicitait.

7. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. Ainsi qu'exposé au point 1, M. C est entré en France le 28 août 2018, afin d'y poursuivre ses études, il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de 18 ans. La seule circonstance qu'il a exercé une activité salariée par le biais d'un emploi étudiant de juin 2022 à mai 2024 est insuffisante à démontrer son insertion sociale et professionnelle en France, alors qu'il dispose nécessairement d'attaches au Maroc où il a vécu la majorité de son existence. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de la présence de sa grand-mère sur le territoire français, il n'établit ni même n'allègue que sa présence serait indispensable à cette dernière. Il résulte de ces éléments qu'en refusant le renouvellement du titre de séjour du requérant, le préfet du Gard n'a pas méconnu le droit au respect de la vie privée et familiale de M. C. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision portant refus du titre de séjour pour demander l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

10. En deuxième lieu, l'obligation de quitter le territoire français est une mesure de police qui doit, comme telle, être motivée en application des règles de forme édictées, pour l'ensemble des décisions administratives, par le code des relations entre le public et l'administration. Toutefois, la motivation de cette mesure se confond avec celle du refus ou du retrait de titre de séjour dont elle découle nécessairement et n'implique pas, par conséquent, dès lors que ce refus ou ce retrait est lui-même motivé et que les dispositions législatives qui permettent d'assortir le refus de séjour d'une obligation de quitter le territoire français ont été rappelées, de mention spécifique pour respecter les exigences de ce code. Par suite, dès lors, ainsi qu'il a été dit au point 3, que la décision portant refus de titre de séjour est suffisamment motivée, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de la décision portant obligation de quitter le territoire français ne peut qu'être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 8, la mesure d'éloignement en litige ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, cette décision n'est pas davantage entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Par suite, sa requête doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et le préfet du Gard.

Délibéré après l'audience du 3 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

- Mme Boyer, présidente,

- Mme Lahmar, conseillère,

- Mme Hoenen, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 décembre 2024.

La rapporteure,

A-S. HOENEN

La présidente,

C. BOYERLa greffière,

N. LASNIER

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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