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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403358

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403358

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403358
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantRIGO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 et 30 août 2024, M. A B, représenté par Me Rigo, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 9 août 2024 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat de Cavaillon et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de procéder au réexamen de sa situation et de lui accorder " le statut de réfugié et les documents afférents " ou, subsidiairement, de lui délivrer une carte de séjour temporaire ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté contesté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est insuffisamment motivé ;

- le préfet a commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il a méconnu l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- il serait exposé à des risques de persécutions directes et personnelles en cas de retour dans son pays d'origine.

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n'a pas produit de mémoire en défense.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 15 octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Mouret, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant turc né en 1987, a sollicité l'asile au cours du mois de mars 2023. Par une décision du 14 août 2023, le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a rejeté sa demande d'asile. Le recours de l'intéressé dirigé contre cette décision a été rejeté par la Cour nationale du droit d'asile le 29 juillet 2024. Par un arrêté du 9 août 2024, le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français, lui a accordé un délai de départ volontaire de trente jours, l'a astreint à se présenter une fois par semaine au commissariat de Cavaillon et a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné. M. B demande l'annulation pour excès de pouvoir de cet arrêté.

2. En premier lieu, par un arrêté du 4 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse, le préfet de Vaucluse a consenti à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de cette préfecture et signataire de l'arrêté contesté, une délégation à l'effet de signer notamment tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l'Etat dans le département de Vaucluse, à l'exception de certains actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions litigieuses. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté doit être écarté.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui précise notamment que la demande d'asile de M. B a été rejetée et que l'intéressé n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur un autre fondement, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement et est ainsi suffisamment motivé.

4. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. B aurait présenté une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les motifs de l'arrêté contesté font apparaître que le préfet de Vaucluse n'a pas examiné d'office si l'intéressé pouvait bénéficier d'une telle admission exceptionnelle au séjour. Il suit de là que M. B ne peut utilement invoquer les moyens tirés de ce que cette autorité aurait commis une erreur de droit et une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

6. M. B, qui n'établit ni même n'allègue disposer d'attaches intenses et stables sur le territoire français où il précise être entré un mois avant le dépôt - le 22 mars 2023 - de sa demande d'asile, se prévaut de la circonstance que plusieurs membres de sa famille résident en Suisse et en Suède. Il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé, qui est sans charge de famille en France où il ne justifie pas d'une intégration particulière, serait dépourvu de toute attache dans son pays d'origine. Dans ces conditions, compte tenu du caractère récent du séjour de M. B sur le territoire français et alors au demeurant que sa demande d'asile a été rejetée dans les conditions rappelées au point 1, l'arrêté contesté ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Il suit de là que le préfet de Vaucluse n'a pas fait une inexacte application des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

7. En cinquième et dernier lieu, M. B dont la demande d'asile a au demeurant été rejetée ainsi qu'il a été dit précédemment, n'établit pas, par les seuls éléments d'ordre général qu'il produit, la réalité des risques encourus en cas de retour dans son pays d'origine en raison de ses convictions politiques. Par suite, et à supposer que le requérant - qui invoque inutilement l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile - ait entendu se prévaloir de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ou des dispositions du dernier alinéa de l'article L. 721-4 du même code, le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de destination serait illégale en raison des menaces pesant sur M. B en cas de retour dans son pays d'origine ne peut qu'être écarté.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de Vaucluse.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

R. MOURETLe président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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