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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403767

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403767

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403767
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème chambre
Avocat requérantPREZIOSO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une ordonnance du 26 septembre 2024, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Nîmes, la requête enregistrée sous le n°2403767, par laquelle M. F A, représenté par Me Roufiat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-21-632 du 20 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale" ou "salarié", dans un délai d'un mois, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa demande de manière définitive dans un délai de 15 jours et de lui délivrer à ce titre une autorisation provisoire avec autorisation de travail, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente, faute pour l'administration d'établir la délégation de signature consentie à l'auteur de l'acte en litige ;

- elle est insuffisamment motivée et dépourvue d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour pris à son encontre a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant atteinte, de façon disproportionnée, au respect dû à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

II. Par une ordonnance du 26 septembre 2024, le président de la 2ème chambre du tribunal administratif de Dijon a transmis au tribunal administratif de Nîmes, la requête enregistrée sous le n°2403756, par laquelle Mme E A, représentée par Me Roufiat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2024-21-633 du 20 juin 2024 par lequel le préfet de la Côte d'Or a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de 30 jours et a fixé son pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Côte d'Or de lui délivrer une carte de séjour "vie privée et familiale" ou "salarié", dans un délai d'un mois, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard et à défaut de réexaminer sa demande de manière définitive dans un délai de 15 jours et de lui délivrer à ce titre une autorisation provisoire avec autorisation de travail, et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été prise par une autorité incompétente, faute pour l'administration d'établir la délégation de signature consentie à l'auteur de l'acte en litige ;

- elle est insuffisamment motivée et dépourvue d'examen réel et sérieux de sa demande ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le refus de séjour pris à son encontre a violé les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales en portant atteinte, de façon disproportionnée, au respect dû à sa vie privée et familiale ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 octobre 2024, le préfet de la Côte d'Or conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Parisien a été entendu, au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme A, de nationalité indienne, sont entrés régulièrement en France le 10 janvier 2020 muni d'un visa C valable du 29 décembre 2019 au 26 mars 2020. Ils se sont depuis cette date irrégulièrement maintenus sur le territoire national, et ont présenté le 12 octobre 2023 une demande d'admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L.435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 20 juin 2024, le préfet de la Côte-d'Or a pris à leur encontre un arrêté portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire. M. et Mme A demandent au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la jonction :

2. Les requêtes susvisées n° 2403767 et 2403756 présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs aux décisions attaquées :

3. Les arrêtés attaqués comportent dans leurs visas et motifs les considérations de droit et de fait sur lesquelles ils se fondent et qui permettent de vérifier que l'administration préfectorale a procédé, nonobstant les erreurs matérielles ou imprécisions relevées par les requérants, à un examen complet de la situation particulière de M. et Mme A au regard des stipulations et des dispositions législatives et réglementaires applicables à chacune des décisions qu'ils contiennent. Les moyens tirés d'un défaut de motivation et d'examen de la situation des requérants ne peuvent, dès lors, être qu'écartés.

4. Par un arrêté du 18 janvier 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs du département le 22 janvier 2024, le préfet de la Côte-d'Or a donné délégation de signature à M. Johann Mougenot, secrétaire général de la préfecture et, en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à Mme B C, sous-préfète, secrétaire générale adjointe de la préfecture, à l'effet de signer tous arrêtés, décisions, circulaires, rapports, correspondances et documents relevant des attributions de l'Etat dans le département, à l'exception d'actes au nombre desquels ne figurent pas les décisions en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur et du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.

5. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. En l'espèce, les requérants soutiennent que leur situation particulière justifie leur admission exceptionnelle au séjour, notamment au regard de l'ancienneté de leur présence en France que de leur particulière intégration professionnelle et du soutien infaillible de leur employeur. Toutefois, cette activité professionnelle ne permet pas de les regarder comme justifiant d'un motif exceptionnel au sens des dispositions de l'article précité. Pour les mêmes motifs, le préfet de la Côte-d'Or n'a pas méconnu son pouvoir de régularisation ni entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation de la situation personnelle et professionnelle de M. et Mme A.

7. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. ".

8. Les requérant soutiennent qu'ils résident sur le territoire national depuis plus de trois ans, et qu'ils y ont fixé le centre de leurs intérêts privés. Ils font valoir leur intégration professionnelle et la scolarisation de leur fils. Toutefois, compte tenu des conditions de leur séjour en France et de leur durée de présence sur le territoire national, et alors que les requérants ne soutiennent pas ne plus avoir d'attaches en Inde, où ils ont vécu la majeure partie de leur existence, en l'absence d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de leur vie privée et familiale, le moyen tiré de la violation des dispositions précitées, au regard de l'objet des mesures de refus de séjour et d'éloignement, ne peut être qu'écarté.

9. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant du 26 janvier 1990 : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

10. M. et Mme A font valoir qu'ils vivent avec leur enfant D, né en Inde le 21 octobre 2016, aujourd'hui âgé de 7 ans et scolarisé. Toutefois, ils ne font état d'aucun élément de nature à faire obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue en Inde. Ils ne sont, par suite, pas fondés à soutenir que la mesure d'éloignement litigieuse méconnaîtrait l'intérêt supérieur de leur enfant dont l'ancrage en France est d'ailleurs limité compte tenu de son âge.

11. Il résulte de tout ce qui précède, que M. et Mme A ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 20 juin 2024.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

12. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

13. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1 er : Les requêtes de M. et Mme A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. F A, à Mme E A et au préfet de la Côte-d'Or.

Délibéré après l'audience du 22 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Peretti, président,

M. Parisien, premier conseiller,

M. Mouret, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

Le rapporteur,

P. PARISIEN Le président,

P. PERETTI

Le greffier,

D. BERTHOD

La République mande et ordonne au préfet de la Côte-d'Or en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

2, 2403756

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