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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2403807

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2403807

vendredi 4 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2403807
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFERAY-LAURENT AXELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er octobre 2024 et 2 octobre 2024, M. B A, représenté par Me Feray-Laurent, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 30 septembre 2024 par lequel le préfet du Gard lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard et de procéder à un réexamen de sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision portant obligation de quitter le territoire français ait été prise par une autorité habilitée ;

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- le préfet ne pouvait prescrire une mesure d'éloignement sans lui avoir dans la même décision refusé de manière explicite un titre de séjour lorsque dès lors qu'il avait présenté une demande de titre de séjour le 28 février 2023 ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle dépourvue de base légale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 octobre 2024, le préfet du Gard conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les observations de Me Feray-Laurent, représentant M. A, et celles de ce dernier qui reprend ses écritures et soulève trois nouveaux moyens à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français tirés de l'erreur d'appréciation, de l'atteinte à sa vie privée et familiale et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen, déclare être entré en France en octobre 2017. Il a été pris en charge en février 2018 par les services de l'aide sociale à l'enfance en qualité de mineur isolé. L'intéressé a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement édictée par le préfet du Gard le 28 avril 2021 à laquelle il n'a pas déféré. A la suite de son interpellation, le 28 septembre 2024, par les services de police pour des faits de dégradation de biens d'utilité publique, par un arrêté du 30 septembre 2024, le préfet du Gard lui a de nouveau fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans. M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet du Gard par M. Yann Gérard, secrétaire général de la préfecture, lequel disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral n°30-2024-09-16-00010 du 16 septembre 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial n° 30-2024-146 de la préfecture du Gard du 17 septembre 2024, d'une délégation à l'effet de signer notamment les décisions contestées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les articles L. 611-1 1° et L. 611-1 5° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement desquels a été prise la mesure d'éloignement ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment ses articles 3 et 8. Cette décision qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments caractérisant la situation personnelle de M. A indique que l'intéressé ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français ou être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le préfet relève également que l'intéressé, connu défavorablement des services de police pour usage de faux documents et violence avec usage ou menace d'une arme suivie d'une incapacité n'excédant pas 8 jours, a été interpellé le 28 septembre 2024 pour des faits de dégradations de biens d'utilité publique et que son comportement représente une menace à l'ordre public. Enfin, la décision attaquée précise qu'il n'est pas porté une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

4. En troisième lieu, si le requérant soutient avoir déposé une demande de titre de séjour le 28 février 2023 par courrier recommandé avec accusé de réception, en l'absence de réponse à sa demande, celle-ci doit être regardée comme ayant fait l'objet d'une décision implicite de rejet. Dès lors, le requérant qui n'établit pas que le délai de recours était encore ouvert à l'encontre de la décision implicite de rejet de sa demande, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait entaché sa décision d'une erreur de droit pour avoir prescrit une mesure d'éloignement sans avoir dans la même décision refusé de manière explicite le titre de séjour sollicité en 2023 alors au surplus qu'il ressort des termes de la décision attaquée que le préfet a examiné le droit au séjour de l'intéressé au regard de sa demande de titre de séjour déposée le 9 février 2024. Par suite, le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. A est célibataire et sans charge de famille sur le territoire français et n'y justifie d'aucune attache familiale. La seule circonstance tirée de ce que ses parents seraient décédés ne suffit pas à établir qu'il serait isolé en cas de retour dans son pays d'origine. Il ne justifie pas qu'il ne pourrait pas s'y réinsérer socialement et professionnellement, compte tenu en particulier des qualifications qu'il a acquises à la faveur de sa prise en charge en France. Il n'est pas contesté qu'il n'a pas exécuté une précédente mesure d'éloignement édictée à son encontre. Dans ces conditions, et compte tenu par ailleurs du comportement de M. A, qui doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public pour les motifs exposés aux points 3, la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peut être regardée comme emportant des conséquences disproportionnées pour sa vie privée et familiale alors même qu'il réside sur le territoire depuis sept ans et justifie d'une expérience professionnelle de plusieurs mois. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le préfet du Gard n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

7. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination de M. A vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. En outre, elle relève que l'intéressé, qui est de nationalité guinéenne, n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à cet article et précise qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

8. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 6 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

9. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

10. La décision prononçant à l'encontre de M. A une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses article 3 et 8 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 612-6. Il ressort également des termes de cette décision que le préfet du Gard a, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, considéré que, eu égard à la durée de la présence de M. A en France, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, la durée de l'interdiction de retour d'une durée trois ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale. Dans ces conditions, la décision comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

11. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 6 que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

12. En troisième lieu, aux termes de l'article L.612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

13. Eu égard à la situation de M. A tel qu'exposé au point 6, celle-ci ne peut être regardée ainsi que l'a retenu le préfet du Gard, comme se caractérisant par des circonstances humanitaires s'opposant à une interdiction de retour sur le territoire français. Par suite, le préfet du Gard a pu, sans commettre d'erreur d'appréciation, fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français à trois ans.

14. En dernier lieu, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6.

15. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 30 septembre 2024 du préfet Gard doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

16. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

17. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, à Me Fery-Laurent et au préfet du Gard .

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 octobre 2024.

La magistrate désignée

B. SARAC-DELEIGNELa greffière

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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