jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2403981 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | REBOLLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 15 octobre 2024, M. A se disant M. B E, retenu au centre de rétention administrative de Nîmes, représenté par Me Rebollo, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement, à son conseil, de la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- la décision portant obligation de quitter le territoire français a été signée par une autorité incompétente ;
- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement ;
- la décision d'interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la mesure d'éloignement.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 octobre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Mouret en application de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique, après présentation du rapport, ont été entendues :
- les observations de Me Rebollo, représentant M. A se disant M. E, qui persiste dans ses écritures et soutient, en outre, qu'il ne pouvait légalement faire l'objet d'une mesure d'éloignement dès lors qu'il est mineur de dix-huit ans ;
- et les observations de M. A se disant M. E, assisté de M. C, interprète en langue arabe.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A se disant M. E, ressortissant étranger né en 2006 et se disant d'origine palestinienne, demande l'annulation pour excès de pouvoir de l'arrêté du 14 octobre 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé son pays de destination et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que l'arrêté contesté a été signé, pour le préfet du Var, par Mme D G, directrice de cabinet, laquelle disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 12 avril 2024 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var, d'une délégation à l'effet de signer, en cas d'absence ou d'empêchement de M. Lucien Giudicelli, secrétaire général de cette préfecture, notamment toutes les décisions " en matière de police des étrangers ". Par suite, et alors qu'il n'est pas contesté que M. F était absent ou empêché lors de l'édiction de l'arrêté attaqué, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cet arrêté doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger mineur de dix-huit ans ne peut faire l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français ".
4. L'arrêté contesté indique que M. A se disant M. E est né le 17 juin 2006. Il ressort du fichier automatisé des empreintes digitales que l'intéressé est connu sous deux identités différentes, dont l'une correspond à un individu né le 17 juin 2006. Si le requérant, qui a d'ailleurs mentionné cette date de naissance dans ses écritures contentieuses, soutient à l'audience être né le 17 décembre 2006, il ne produit aucun élément de nature à corroborer ses allégations sur ce point. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressé était mineur de dix-huit ans à la date d'édiction de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Il suit de là que le moyen tiré, en substance, de la méconnaissance des dispositions citées au point précédent doit être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
6. M. A se disant M. E, qui est célibataire et sans charge de famille, a déclaré être entré en France il y a dix-huit mois lors de son audition par les services de police le 12 octobre 2024. L'intéressé, qui détenait des produits stupéfiants lors de son interpellation, ne justifie pas d'une intégration particulière sur le territoire français et n'établit ni même n'allègue y disposer d'attaches familiales. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il serait dépourvu de telles attaches en dehors du territoire français. Dans ces circonstances, la mesure d'éloignement en litige ne porte pas au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de ce que cette décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes raisons, le moyen, à le supposer invoqué, tiré de ce que le préfet du Var aurait commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de cette décision sur la situation de M. A se disant M. E ne peut qu'être écarté.
7. En quatrième lieu, l'arrêté contesté, qui vise notamment l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, précise que M. A se disant M. E n'établit pas être exposé à des peines ou traitements contraires à cette convention en cas de retour dans son pays d'origine et indique que l'intéressé, qui ne justifie pas être " effectivement de nationalité palestinienne ", pourra être éloigné " à destination de tout pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis de Schengen, où il est légalement admissible ". Par suite, la décision fixant le pays de destination est suffisamment motivée.
8. En cinquième lieu, compte tenu de ce qui précède, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles
L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Selon l'article L. 613-2 de ce code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6,
L. 612-7 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".
10. L'arrêté contesté, qui vise les textes applicables et se réfère expressément aux articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision interdisant le retour de M. A se disant M. E sur le territoire français pour une durée de deux ans. Le préfet du Var, qui a rappelé que des circonstances humanitaires étaient susceptibles de faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour, n'avait pas à détailler les raisons pour lesquelles il n'a, en l'absence d'éléments particuliers avancés par l'intéressé, pas retenu l'existence de telles circonstances lors de l'examen de sa situation. Par suite, et alors que le préfet du Var a pris en compte l'ensemble des critères énoncés par l'article L. 612-10 cité ci-dessus, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est suffisamment motivée.
11. En septième et dernier lieu, le requérant n'est, eu égard à ce qui a été dit précédemment, pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour serait illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.
12. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A se disant M. E doit être rejetée, y compris ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte ainsi que celles présentées au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. A se disant M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A se disant M. B E et au préfet du Var.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
R. MOURET
La greffière,
A. NOGUERO
La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026