mercredi 11 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2404389 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Avocat requérant | SCP CGCB ET ASSOCIES |
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- la requête enregistrée le 7 novembre 2024 sous le numéro 2404323 par laquelle la SCI I.C.O. demande l'annulation de la décision contestée.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné Mme Boyer, vice-présidente, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le 9 décembre 2024 à 10 heures en présence de Mme Noguero, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme Boyer, juge des référés ;
- les observations de Me Peyronne, représentant la SCI I.C.O. qui reprend et développe les moyens invoqués dans ses écritures en insistant sur le fait que la condition d'urgence est remplie, la caducité éventuelle d'une promesse de vente n'y faisant pas obstacle quelle qu'en soit la cause, l'urgence à exécuter la décision de préemption n'est pas alléguée par la commune et n'est pas caractérisée, or, il y a bien urgence à exécuter le permis de construire obtenu, et achever la vente en cours ;
Sur le défaut d'existence d'un projet antérieur à la décision de préemption : la parcelle en cause est au centre d'une zone d'activité identifiée dans SCoT pour accueillir des activités commerciales, la parcelle 509 objet d'un précédent litige détient seule un accès à la voie publique et la parcelle 499 est enclavée, le projet consistant à accueillir sur les deux parcelles les services techniques de la commune et les services d' eau et d'assainissement ne peut justifier la décision dès lors qu'il n'a pas été fait état de ce projet en juin 2024 lors de la préemption de la parcelle 509 qui participe du même projet, qu'il n'y a pas de trace du projet dans la délibération du 2 septembre 2024 définissant le projet urbain notamment sur les parcelles 499 et 509 pour surseoir à statuer sur les autorisations d'urbanisme motivé par l'accueil d'activités artisanales et tertiaires pour l'installation d'entreprises et le développement de l'emploi et qui est en contradiction manifeste avec le projet avancé pour motiver la décision de préemption, que dans l'avis des domaines, le projet évoqué par la commune consiste à empêcher l'installation de commerces pour ne pas entraver les commerces du centre-ville ; la commune ne démontre pas disposer d'un projet dès lors que le critère de l'antériorité n'est pas rempli, l'étude du conseil d'architecture d'urbanisme et de l'environnement (CAUE) qui ne comporte que la mention " octobre 2024 " ne permet pas d'établir cette antériorité, ce document n'est pas visé par décision litigieuse et la saisine du CAUE n'est pas produite, le courrier produit ce matin, ne vise pas la parcelle AP499 ni secteur de Marascou, au regard des éléments versés, il ne peut être établi l'existence d'un projet réel sérieux antérieur au 7 octobre 2024 ;
Deux moyens sont plus particulièrement repris :
L'incompétence de l'auteur de l'acte dès lors que le caractère exécutoire de l'acte de délégation n'est pas démontré, la preuve de l'affichage ou publication n'étant pas apporté, aucune mention ne figurant sur la délibération, en outre, la délibération de 2020 est antérieure à la manifestation de volonté de maintenir la compétence à la commune en matière d'élaboration du PLU ;
De même le moyen tiré du défaut de base légale du droit de préemption doit prospérer en l'absence de publication de la délibération du 27 juin 2024, il n'est pas exécutoire ; que ces moyens ne sont pas danthonisables.
- les observations de Me Muller pour la commune de Quissac qui précise que le dossier concerne une parcelle jouxtant la parcelle 509 objet d'un précédent litige ; que les parcelles enclavées peuvent faire l'objet d'un désenclavement, et qu'au regard de la nature du projet, une procédure d'utilité publique est possible ; que la décision concernant la parcelle 509 n'était pas motivée mais qu'il n'y a aucune contradiction, le CAUE a été saisi pour un projet de déménagement des services techniques de la commune et l'installation des services d'eau et d'assainissement ; ce déménagement s'inscrit dans la politique suivi pour le centre-ville ; s'agissant de l'antériorité du projet, la décision est bien motivée au regard du projet faisant l'objet de cette étude et l'antériorité de la réception de l'étude peut être prouvée par une note en délibéré ; s'agissant de la compétence : la délibération du 27 juin 2024 prévoit une délégation au maire du droit de préemption, elle a été transmise en préfecture et a fait l'objet d'une publication, la décision n'est pas entachée d'un défaut de base légale dès lors que la publicité a bien été faite.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par déclaration du 5 juillet 2024, réceptionnée en mairie de Quissac le 11 juillet 2024, Mme A et M. B ont informé la maire de Quissac de leur intention d'aliéner une parcelle non bâtie cadastrée n° AP 499 située au lieu-dit Marascou sur le territoire de la commune. Par une décision du 7 octobre 2024 le maire de la commune de Quissac a exercé son droit de préemption. Par la présente requête, la SCI I.C.O. acquéreur évincé du bien, demande au juge des référés, statuant par application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative de suspendre cette décision notifiée à son notaire le 23 octobre 2024.
2. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.
En ce qui concerne la condition tenant à l'urgence :
3. Eu égard à l'objet d'une décision de préemption et à ses effets vis-à-vis de l'acquéreur évincé, la condition d'urgence doit en principe être regardée comme remplie lorsque celui-ci demande la suspension d'une telle décision. Il peut toutefois en aller autrement dans le cas où le titulaire du droit de préemption justifie de circonstances particulières, tenant par exemple à l'intérêt s'attachant à la réalisation rapide du projet qui a donné lieu à l'exercice du droit de préemption. Il appartient au juge des référés de procéder à une appréciation globale de l'ensemble des circonstances de l'espèce qui lui est soumise.
4. La commune de Quissac se borne à soutenir que la condition d'urgence n'est pas remplie dès lors que le compromis de vente qui liait les propriétaires de la parcelle en cause à la SCI I.C.O. était caduc depuis le 30 octobre 2024. Toutefois cette allégation, au demeurant contestée par la société, est par elle-même sans incidence sur l'appréciation de l'urgence à suspendre une décision de préemption. Par suite, et en l'absence de toute évocation par la commune d'un intérêt public qui s'attacherait à la réalisation rapide de son projet, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative doit être regardée comme étant remplie.
En ce qui concerne l'existence d'un moyen propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :
5. En l'état de l'instruction, le moyen tiré de ce que la décision de préemption méconnaît les dispositions des articles L.210-1 et L.300-1 du code de l'urbanisme en l'absence de projet qui lui serait antérieur, tel qu'analysé dans les visas, est de nature à créer un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée.
6. Aux termes de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme : " Lorsqu'elle annule pour excès de pouvoir un acte intervenu en matière d'urbanisme ou en ordonne la suspension, la juridiction administrative se prononce sur l'ensemble des moyens de la requête qu'elle estime susceptibles de fonder l'annulation ou la suspension, en l'état du dossier ". Aucun autre moyen n'est susceptible de fonder, en l'état de l'instruction, la suspension de la décision attaquée.
7. Il résulte de ce qui précède que la SCI I.C.O. est fondée à demander la suspension de l'exécution de la décision de préemption du maire de Quissac notifiée le 23 octobre 2024.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
8. La présente ordonnance implique seulement qu'il soit enjoint à la commune de Quissac de s'abstenir de signer tout acte de vente ou tout compromis de vente concernant la parcelle cadastrée section AP n°499, situé lieudit Marascou à Quissac jusqu'au prononcé du jugement de l'affaire au fond.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de Quissac la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Les dispositions du même article font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société requérante sur le même fondement.
O R D O N N E
Article 1er : L'exécution de la décision de la commune de Quissac notifiée le 25 juin 2024 est suspendue jusqu'au prononcé du jugement de l'affaire au fond.
Article 2 : Il est enjoint à la commune de Quissac de s'abstenir de signer tout acte de vente ou tout compromis de vente concernant la parcelle cadastrée section AP n°499, situé lieudit Marascou à Quissac jusqu'au prononcé du jugement de l'affaire au fond.
Article 3 : La commune de Quissac versera la somme de 1 000 euros à la société civile immobilière I.C.O. au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : La présente ordonnance sera notifiée à la SCI I.C.O., à la commune de Quissac, à Mme A et à M. B.
Fait à Nîmes, le 11 décembre 2024.
La juge des référés,
C. BOYER
La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
N°2404389
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