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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404607

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404607

lundi 2 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404607
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantBIFECK

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 novembre 2024, M. A D, représenté par Me Bifeck, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 novembre 2024 par lequel le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans ;

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard conformément aux dispositions de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de procéder à un nouvel examen de sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est signée par une autorité ne justifiant pas d'une délégation de signature régulière ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle ;

- la décision fixant le pays de destination est insuffisamment motivée ;

- cette décision est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est insuffisamment motivée ;

- elle est dépourvue de base légale en raison de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2024, le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les observations de Me Bifeck, représentant M. D et de ce dernier assisté de M. B, interprète en langue arabe, qui concluent aux mêmes fins que la requête et par les mêmes moyens.

- Le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant tunisien, né le 10 juillet 1994, est entré irrégulièrement en France en janvier 2024 selon ses déclarations. Par un arrêté du 27 novembre 2024, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de cinq ans. M. D demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet du Var par M. E C, directeur des titres d'identité et de l'immigration, lequel disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral n° 2024/34/MCI du 4 novembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n° 83-2024-237 du même jour, d'une délégation à l'effet de signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale (). / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

4. Il ressort des pièces du dossier que M. D qui déclare être entré en France en janvier 2024 s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire national sans avoir effectué aucune démarche pour régulariser sa situation. Il n'apporte aucune précision sur les liens personnels et familiaux dont il disposerait en France alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il n'est pas dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine où réside son épouse et son enfant. Si le requérant fait valoir à l'audience que son épouse se trouve désormais en Italie, il n'apporte aucune pièce à l'appui de ses allégations. Le requérant ne justifie d'aucune insertion sociale ou professionnelle particulière alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'il a été condamné à une peine de cinq mois d'emprisonnement ferme par un jugement du tribunal correctionnel de Draguignan du 15 juillet 2024 pour des faits de violence commise en réunion suivie d'une incapacité supérieure à huit jours et de vol avec violences ayant entraîné une incapacité totale de travail n'excédant pas huit jours, aggravé par une autre circonstance. Dans ces conditions, et compte tenu du comportement de M. D, qui doit être regardé comme constituant une menace pour l'ordre public, la mesure d'éloignement prise à son encontre, ne peut être regardée comme emportant des conséquences disproportionnées pour sa vie privée et familiale. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour ces mêmes motifs, le préfet du Var n'a pas commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

5. En premier lieu, la décision fixant le pays de destination de M. D vise les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, notamment son article 3. Elle mentionne que si M. D déclare avoir déposé une demande d'asile en Italie cette année, il ressort inconnu de la base de données Eurodac. En outre, elle relève que l'intéressé, qui est de nationalité tunisienne, n'établit pas être exposé à des peines ou à des traitements contraires à cet article et précise qu'il pourra être éloigné à destination du pays dont il a la nationalité ou de tout autre pays dans lequel il établirait être légalement admissible. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation manque en fait et doit être écarté.

6. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 4 que le moyen tiré de ce que la décision fixant le pays de renvoi est privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6 () sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

8. La décision prononçant à l'encontre de M. D une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans vise la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en particulier ses article 3 et 8 ainsi que le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, notamment son article L. 612-6. Il ressort également des termes de cette décision que le préfet du Var a, pour fixer la durée de l'interdiction de retour sur le territoire français, considéré que, eu égard à la durée de la présence de M. D en France, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et compte tenu de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français, la durée de l'interdiction de retour d'une durée cinq ans ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit de l'intéressé au respect de sa vie privée et familiale alors même qu'il n'a fait l'objet d'aucune mesure d'éloignement. Dans ces conditions, et alors que le requérant ne fait état d'aucune considération ou circonstances exceptionnels que le préfet aurait omis de mentionner, la décision comporte l'énoncé suffisant des considérations de droit et de fait qui en constitue le fondement. Par suite le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.

9. En deuxième lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 1 à 4 que le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale en raison des illégalités entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 27 novembre 2024 du préfet du Var doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

11. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, au préfet du Var et Me Bifeck.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 2 décembre 2024.

La magistrate désignée

B. SARAC-DELEIGNE

La greffière

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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