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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404655

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404655

vendredi 6 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404655
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantFORTUNET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 décembre 2024, M. A C, représenté par Me Fortunet, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 2 décembre 2024 par lequel le préfet du Var a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l'exécution effective de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet

2°) d'enjoindre au préfet du Var de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard à compter de l'expiration du délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, en application des articles L. 911-2 et L. 911-3 du code de justice ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée ait signée par une autorité régulièrement habilitée ;

- cette décision est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il réside en France de manière régulière avec sa famille depuis 2019, qu'il n'a jamais fait l'objet d'une précédente obligation de quitter le territoire français et qu'un recours en appel est en cours contre le jugement du tribunal administratif de Toulon ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il est arrivé mineur en France et que sa mère réside régulièrement en France.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 décembre 2024 le préfet du Var conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président du tribunal a désigné Mme Sarac-Deleigne, pour statuer sur les litiges visés à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Sarac-Deleigne,

- les observations de Me Fortunet, représentant M. C qui persiste dans ses écritures, par les mêmes moyens.

- Le préfet du Var n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 22 décembre 2005 est entré régulièrement en France le 15 août 2019 à l'âge de 14 ans au titre du regroupement familial et a obtenu un document de circulation pour étranger mineur valable jusqu'au 22 août 2024. Par un arrêté du 2 mai 2024, le préfet du Var lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de cinq ans. Par un jugement n° 2401684 du 8 novembre 2024, frappé d'appel, le tribunal administratif de Toulon a annulé la décision du 2 mai 2024 portant interdiction de retour sur le territoire français en tant qu'elle a fixé une durée de cinq ans et rejeté le surplus des conclusions à fin d'annulation. Par un arrêté du 2 décembre 2024, le préfet du Var a prononcé à l'encontre de M. C une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans à compter de l'exécution effective de la mesure d'éloignement dont il a fait l'objet. M. C, placé en rétention, demande au tribunal d'annuler cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée pour le préfet du Var par M. D B, directeur des titres d'identité et de l'immigration, lequel disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral n° 2024/34/MCI du 4 septembre 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du Var n° 83-2024-237 du même jour, d'une délégation à l'effet de signer la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'acte attaqué doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public. Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11. ".

4. Il est constant que M. C est entré en France le 15 août 2019 au bénéfice d'un regroupement familial, alors qu'il était mineur, pour retrouver sa mère, son beau-père ainsi que sa fratrie qui résident régulièrement sur le territoire français. Il ressort des pièces du dossier qu'il a été titulaire en France d'un document de circulation valable jusqu'au 22 août 2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. C a fait l'objet de huit signalements au sein du fichier automatisé des empreintes dactyloscopiques (FAED) à raison de faits commis chaque année entre 2021 et décembre 2024, incluant des actes de rébellion, des outrages et menaces de mort réitérés à des personnes dépositaires de l'autorité publique, d'offre ou cession non autorisée de stupéfiants, de violence sur un ascendant suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, de refus par le conducteur d'un véhicule d'obtempérer à une sommation de s'arrêter dans des circonstances exposant directement autrui à un risque de mort ou d'infirmité, de conduite d'un véhicule terrestre à moteur compromettant la sécurité des usagers ou la tranquillité publique, de violence suivie d'incapacité supérieure à huit jours, de circulation avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance et en dernier lieu pour port sans motif légitime d'arme blanche de catégorie D et usage d'illicite de résine de cannabis ayant donné lieu à un procès-verbal de convocation devant le délégué du procureur le 22 avril 2025. Eu égard à leur nombre, à leur caractère récurrent et à la gravité de certains agissements parmi les plus récents, la présence de l'intéressé sur le territoire français doit être regardée comme constituant une menace pour l'ordre public alors même que ces faits n'ont donné lieu à aucune condamnation pénale. En se bornant à invoquer sa minorité à son arrivée et la présence des membres de sa famille en France, le requérant ne justifie pas de circonstances humanitaires susceptibles de faire obstacle à l'édiction de la décision en litige. Par ailleurs, il ressort des motifs de la décision et il n'est pas contesté que M. C n'a entrepris aucune démarche pour exécuter la mesure d'éloignement prononcée à son encontre le 2 mai 2024 et dont la légalité a été confirmée par le jugement du tribunal administratif de Toulon du 8 novembre 2024. Dans ces conditions, en prononçant à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de deux ans, le préfet du Var n'a entaché sa décision d'aucune erreur d'appréciation et n'a pas méconnu les dispositions précitées.

5. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

6. Il ressort des pièces du dossier que M. C est célibataire et sans enfant à charge. S'il se prévaut de la présence en France de sa mère et de sa fratrie, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il entretiendrait avec sa famille de réels liens affectifs alors qu'il a été signalé le 31 mai 2022 pour des faits de violence sur ascendant. Il ne justifie pas d'une intégration sociale et économique particulière dans la société française, sa seule scolarisation, le suivi d'une formation en alternance dans le cadre du certificat d'aptitude professionnelle " étancheur du bâtiment et des travaux publics " et la signature d'un contrat d'apprentissage en janvier 2024 étant insuffisants à cet égard. Le décès de son père ne saurait à lui seul suffire pour établir qu'il serait isolé dans son pays d'origine. Par suite, compte tenu de ces éléments et de ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de la requête tendant à l'annulation de l'arrêté du 2 décembre 2024 du préfet du Var doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

8. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet du Var.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 décembre 2024.

La magistrate désignée

B. SARAC-DELEIGNE

La greffière

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet du Var en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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