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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2404799

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2404799

lundi 30 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2404799
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantCAGNON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 11 décembre 2024, M. C B, représenté par Me Cagnon, demande au juge des référés, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) de suspendre l'exécution des décisions par lesquelles le préfet du Gard a refusé d'enregistrer sa demande de titre de séjour le 16 avril 2024, de clôturer sa demande et de lui délivrer un titre de séjour, ainsi que celle de la décision rejetant son recours gracieux formé le 31 juillet 2024 ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gard de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour dans un délai de 24 heures à compter de la notification de l'ordonnance à intervenir, une carte de séjour portant la mention " réfugié " ou " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dans un délai de quinze jours à compter de cette même notification, ou à défaut de réexaminer sa demande dans un délai de huit jours à compter de ladite notification, sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros à verser à Me Cagnon sur le fondement des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991 ou, en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle, à M. B sur le fondement de l'article L. 761- du code de justice administrative.

Il soutient que :

- entré en France en 2010 avec toute sa famille, il est bénéficiaire de la protection internationale de réfugié depuis 2011, comme ses parents, titulaires de cartes de résident valables jusqu'en 2031, ses sœurs ont acquis la nationalité française, à sa majorité, il a déposé par courrier une demande de titre de séjour en qualité de réfugié le 14 février 2024, qui lui a été retournée par courrier refusant l'enregistrement de sa demande le 16 avril suivant au motif que cette demande devait être déposée sur le site de l'Anef, ce qu'il a fait après de nombreuses difficultés techniques, comme en atteste la confirmation de dépôt du 25 avril 2024, qui a finalement été clôturée le 22 juillet suivant au motif qu'il n'est pas membre de famille bénéficiaire de la protection internationale avec un message l'invitant à formuler une nouvelle demande en sélectionnant la rubrique " réfugié ", ce qu'il a tenté de faire le 25 juillet 2024 sans succès l'application lui notifiant que sa demande était invalide dans la mesure où il n'est pas reconnu bénéficiaire de la protection internationale ; il a formé un recours gracieux le 31 juillet 2024, resté sans réponse ; ces décisions de refus d'enregistrement, de clôture de sa demande et de refus de lui délivrer un titre de séjour lui portent préjudice et une atteinte grave et immédiate à sa situation personnelle dans la mesure où son contrat d'apprentissage a été suspendu faisant obstacle à la poursuite de l'instruction de la demande d'autorisation de travail faite par son employeur ainsi qu'au versement de sa bourse d'étudiant ce qui ne lui permet pas de poursuivre ses études et le place dans une position sociale et financière particulièrement précaire justifiant l'urgence à statuer sur sa demande ;

- sont propres à créer un doute sérieux quant à la légalité des décisions, les moyens tirés de ce que celles-ci sont insuffisamment motivées, elles méconnaissent les dispositions des articles L. 511-1 et L. 424-1 à 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation.

Le préfet du Gard, à qui la requête a été communiquée le 12 décembre 2024, n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- La convention de Genève du 28 juillet 1951 et le protocole signé à New York le 31 janvier 1967 relatifs au statut des réfugiés ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal administratif de Nîmes a désigné Mme Vosgien, première conseillère, pour statuer sur les demandes de référés.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Au cours de l'audience publique tenue le 27 décembre 2024 à 10h00 en présence de Mme Kremer, greffière d'audience, ont été entendus :

- le rapport de Mme Vosgien, juge des référés ;

- les observations de Me Cagnon, représentant M. B qui conclut aux mêmes fins que dans ses écritures par les mêmes moyens et précise qu'il remplit les conditions pour bénéficier d'un titre de séjour en qualité de réfugié, comme ses parents, déjà titulaire d'une carte de résident portant cette mention et valable jusqu'en 2031, ou à défaut au titre de sa vie privée et familiale compte tenu de sa présence en France depuis 2010 avec l'ensemble des membres de sa famille, notamment ses sœurs qui ont obtenu la nationalité française et de son intégration par les études qu'il poursuit, il y a urgence à statuer sur sa demande dans la mesure où il s'est vu proposer un emploi et une notification conditionnelle de ses droits boursiers dans le cadre de ses études universitaires à la condition d'une régularisation de sa situation administrative ;

- le préfet du Gard n'étant ni présent ni représenté.

Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que l'ordonnance était susceptible d'être fondée sur un moyen relevé d'office, tiré de ce qu'il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à la suspension de l'exécution des décisions de refus d'enregistrement et de clôture de sa demande de titre de séjour.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant russe né le 30 novembre 2005, a sollicité, par courrier reçu par les services de la préfecture du Gard le 14 février 2024, une carte de résident en qualité de " réfugié " qui a fait l'objet d'un refus d'enregistrement le 16 avril suivant au motif que cette demande devait être déposée sur la plateforme dématérialisée de l'administration numérique des étrangers en France (ANEF), ce qu'il a réussi à faire, après plusieurs tentatives, comme en atteste la confirmation de dépôt de sa demande le 25 avril 2024, qui a finalement été clôturée le 22 juillet suivant au motif qu'il n'est pas membre de famille bénéficiaire de la protection internationale avec un message l'invitant à formuler une nouvelle demande en sélectionnant la rubrique " réfugié ", ce qu'il a tenté de faire le 25 juillet 2024, sans succès, l'application lui notifiant que sa demande était invalide dans la mesure où il n'est pas reconnu bénéficiaire de la protection internationale. Compte tenu des diverses tentatives de l'intéressé pour solliciter un titre de séjour en qualité de réfugié auxquelles il n'a pas été données suite, le préfet du Gard doit être regardé comme lui ayant refusé le titre demandé à la date du 25 juillet 2024. L'intéressé a alors formé un recours gracieux par courrier du 31 juillet 2024, également resté sans réponse. Par sa requête M. B demande la suspension de l'exécution des décisions de refus d'enregistrement et de clôture de ses demandes de titre de séjour, ainsi que de celles lui refusant la délivrance du titre de séjour sollicité et rejetant son recours gracieux en application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative.

Sur la demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle :

2. Compte tenu de l'urgence à statuer sur sa requête, il y a lieu d'admettre M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sur le fondement de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991.

Sur les conclusions à fin de suspension du refus de titre de séjour et du rejet du recours gracieux formé le 31 juillet 2024 :

3. En application de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à sa légalité.

En ce qui concerne la condition d'urgence :

4. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande de suspension d'une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour, d'apprécier et de motiver l'urgence compte tenu de l'incidence immédiate du refus de titre de séjour sur la situation concrète de l'intéressé. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. Dans les autres cas, il appartient au requérant de justifier de circonstances particulières caractérisant la nécessité pour lui de bénéficier à très bref délai d'une mesure provisoire dans l'attente d'une décision juridictionnelle statuant sur la légalité de la décision litigieuse.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. B est bénéficiaire de la protection internationale prévue par la convention de Genève du 28 juillet 1951 en qualité de réfugié depuis 2010, comme ses parents, titulaires, chacun, d'une carte de résident en cette qualité, valable jusqu'en 2031. L'intéressé s'est vu délivrer un dernier document de circulation pour étranger mineur (A) dont la validité expirait le 29 novembre 2024 et justifie également s'être vu refuser un emploi pour lequel sa candidature avait été initialement retenue compte tenu de sa situation irrégulière et une notification conditionnée à l'obtention d'un titre de séjour pour percevoir ses droits boursiers dans le cadre des études universitaires qu'il envisage de poursuivre pour l'année 2024-2025. Par suite, la condition d'urgence prévue à l'article L. 521-1 du code de justice administrative, doit être regardée comme remplie dans les circonstances de l'espèce.

En ce qui concerne les moyens propres à créer un doute sérieux :

6. En l'état de l'instruction, les moyens invoqués par M. B, tirés de ce que les décisions en litige méconnaîtraient les articles L. 511-1 et L. 424-1 à 3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et seraient entachées d'une erreur manifeste d'appréciation sont propres à créer un doute sérieux quant à leur légalité.

7. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à demander la suspension de l'exécution des décisions du préfet du Gard lui refusant la délivrance d'une carte de résident portant la mention " réfugié " et rejetant son recours gracieux formé le 31 juillet 2024, jusqu'à l'intervention du jugement de la requête tendant à leur annulation.

Sur les conclusions à fin de suspension des décisions de refus d'enregistrement et de clôture des demandes de titre de séjour :

8. Compte tenu de ce que la présente ordonnance prononce la suspension de l'exécution des décisions du préfet du Gard refusant la délivrance d'une carte de résident portant la mention " réfugié " à M. B et rejetant son recours gracieux formé le 31 juillet 2024, il n'y a, en tout état de cause, pas lieu de statuer sur ses conclusions tendant à la suspension des précédentes décisions de refus d'enregistrement et de clôture de ses demandes de titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 511-1 du code de justice administrative : " Le juge des référés statue par des mesures qui présentent un caractère provisoire ".

10. La présente ordonnance qui prononce la suspension de l'exécution des décisions du préfet du Gard refusant la délivrance d'une carte de résident portant la mention " réfugié " à M. B et rejetant son recours gracieux formé le 31 juillet 2024 implique seulement qu'il soit enjoint au préfet du Gard de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, le récépissé de dépôt correspondant l'autorisant à travailler dans un délai de vingt-quatre à compter de cette même notification, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

11. M. B ayant été admis provisoirement à l'aide juridictionnelle, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Cagnon, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cagnon de la somme de 500 euros.

O R D O N N E

Article 1er : M. B est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Article 2 : L'exécution des décisions du préfet du Gard refusant la délivrance d'une carte de résident portant la mention " réfugié " à M. B et rejetant son recours gracieux formé le 31 juillet 2024 est suspendue jusqu'à l'intervention du jugement statuant sur la requête tendant à leur annulation.

Article 3 : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. B tendant à la suspension des décisions de refus d'enregistrement et de clôture de ses demandes de titre de séjour.

Article 4 : Il est enjoint au préfet du Gard de réexaminer la situation de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification de la présente ordonnance et de lui délivrer, dans cette attente, le récépissé de dépôt correspondant l'autorisant à travailler dans un délai de vingt-quatre à compter de cette même notification.

Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. B à l'aide juridictionnelle et que Me Cagnon renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridique, ce dernier versera à Me Cagnon, avocat de M. B, une somme de 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 7 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C B, au préfet du Gard et à Me Cagnon.

Fait à Nîmes, le 30 décembre 2024

La juge des référés,

S. VOSGIEN

La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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