Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A... visant à annuler la décision ministérielle du 5 décembre 2024 constatant la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul, ainsi que les décisions antérieures de retrait de points. La juridiction a jugé qu'il n'y avait plus lieu de statuer sur l'annulation de la décision principale, celle-ci ayant été retirée de facto suite à la restitution de points après un stage de sensibilisation. Concernant les griefs sur le défaut d'information préalable aux retraits de points, le tribunal a examiné les obligations prévues aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, mais a considéré que l'administration avait, pour les infractions concernées, satisfait à cette formalité substantielle par l'envoi des avis de contravention réglementaires.
Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 29 janvier 2025, M. B... A..., représenté par Me Jonquet, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d’annuler la décision référencée « 48 SI » du 5 décembre 2024 par laquelle le ministre de l’intérieur a constaté la perte de validité de son permis de conduire pour solde de points nul ;
2°) d’annuler l’ensemble des décisions portant retrait de points ayant conduit à l’édiction de la décision « 48 SI » précitée ;
3°) de mettre à la charge de l’Etat une somme de 2 400 euros en application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision 48 SI qui lui a été notifiée le 23 décembre 2024 est illégale dès lors qu’il aurait dû bénéficier d’une majoration de 4 points sur son permis de conduire suite à la réalisation d’un stage de récupération de points les 18 et 19 décembre 2024 ;
- il n’a pas bénéficié, à l’occasion de l’ensemble des décisions de retrait de points récapitulées dans la décision 48 SI, des informations prévues par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.
Par un mémoire en défense enregistré le 20 mars 2026, le ministre de l’intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les conclusions de la requête de M. A... dirigées contre la décision portant retrait de points, consécutives à l’infraction commise le 24 juin 2020 sont irrecevables dès lors que le point retiré lui a été restitué antérieurement à l’introduction de sa requête ;
- il n’y a plus lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision ministérielle du 5 décembre 2024 portant invalidation de son permis de conduire ;
- les autres moyens soulevés par M. A... ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de procédure pénale ;
- le code de la route ;
- le code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Les parties n’étant ni présentes ni représentées, a été entendu au cours de l’audience publique, le rapport de M. Peretti, magistrat désigné.
Considérant ce qui suit :
1. M. A... a commis une série d’infractions au code de la route, répertoriées dans le relevé d’information intégral. Il a ensuite reçu, par courrier recommandé avec accusé de réception, une décision référencée « 48 SI », datée du 5 décembre 2024, portant notification d’un retrait de quatre points sur son titre de conduite ainsi que de l’ensemble des retraits de points antérieurs, et l’informant de la perte de validité de son permis de conduire pour défaut de point. Par la présente requête, M. A... demande au tribunal l’annulation de la décision référencée « 48 SI » et des décisions de retrait de points antérieures.
Sur l’étendue du litige :
2. Il ressort des pièces du dossier qu’antérieurement à l’enregistrement de la requête de M. A..., le point retiré consécutivement à son infraction commise le 24 juin 2020 lui a été restitué. Par suite, ses conclusions dirigées contre cette décision de retrait de points sont irrecevables et il y a lieu d’accueillir la fin de non-recevoir opposée par le ministre de l’intérieur en défense.
3. Il résulte de l’instruction, et notamment des mentions du relevé d’information intégral relatif au permis de conduire de M. A..., édité le 20 mars 2026 et versé au dossier par le ministre de l’intérieur, qu’il s’est vu restituer quatre points à la suite d’un stage volontaire de sensibilisation à la sécurité routière qu’il a effectué les 18 et 19 décembre 2024. À la date d’édition du relevé d’information, le permis de conduire de l’intéressé était valide et doté d’un solde de trois points. La décision du 5 décembre 2024 portant invalidation du permis de conduire du requérant doit par suite être regardée comme ayant été retirée. Dans ces conditions, il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête en ce qu’elles tendent à l’annulation de la décision référencée « 48 SI » du 5 décembre 2024.
Sur le surplus des conclusions :
Sur les conclusions à fin d’annulation :
En ce qui concerne le moyen tiré du défaut d’information préalable :
4. La délivrance, au titulaire du permis de conduire à l’encontre duquel est relevée une infraction donnant lieu à retrait de points, de l’information prévue aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une garantie essentielle donnée à l’auteur de l’infraction pour lui permettre, avant d’en reconnaître la réalité par le paiement d’une amende forfaitaire ou l’exécution d’une composition pénale, d’en mesurer les conséquences sur la validité de son permis et éventuellement d’en contester la réalité devant le juge pénal. Elle revêt le caractère d’une formalité substantielle et conditionne la régularité de la procédure au terme de laquelle le retrait de points est décidé. Il appartient à l’administration d’apporter la preuve, par tous moyens, qu’elle a satisfait à cette obligation préalable d’information.
S’agissant des infractions commises les 16 octobre 2019, 18 novembre 2019 et 29 juin 2022 :
5. Il résulte des articles R. 49-1, et A. 37-15 à A. 37-18 du code de procédure pénale que, lorsqu’une infraction est verbalisée au moyen d’un appareil électronique sécurisé, sont adressés par voie postale au contrevenant : un formulaire de requête en exonération, une notice de paiement comprenant au bas de son recto une carte de paiement détachable et un avis de contravention comportant notamment les références relatives à l’infraction dont la connaissance est matériellement indispensable pour procéder au paiement de l’amende, le montant de l’amende encourue et une information suffisante au regard des exigences résultant des dispositions précitées de l’article L. 223-3 du code de la route, reprises à l’article R. 223-3 du même code. Le paiement de l’amende n’intervient qu’après réception de cet avis. En conséquence, lorsqu’il est établi que le titulaire du permis de conduire a payé l’amende forfaitaire, il découle de cette seule constatation qu’il doit être regardé comme établi que l’administration s’est acquittée envers lui de son obligation de lui délivrer, préalablement au paiement de l’amende, les informations requises par les dispositions des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, en particulier le retrait de points à intervenir et les conséquences du paiement de l’amende, à moins que l’intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l’avis qu’il a nécessairement reçu, démontre avoir été destinataire d’un avis inexact ou incomplet
6. Il ressort du relevé d’information intégral de la situation du permis de conduire de M. A..., que les infractions commises les 16 octobre 2019, 18 novembre 2019 et 29 juin 2022 ont été verbalisées après interception du véhicule au moyen d’un procès-verbal dématérialisé, et que les amende forfaitaires correspondantes ont été acquittées les 29 octobre 2020, 3 janvier 2020 et 8 août 2022. Ainsi, ces amendes ayant été acquittées de façon différée, M. A... a nécessairement reçu les cartes de paiement et les avis de contravention lui permettant d’effectuer lesdits paiements. Dans ces conditions, et eu égard aux mentions dont ces avis de contravention sont réputés être revêtus, l’administration doit être regardée comme s’étant acquittée de son obligation d’information préalable, dès lors que le requérant ne produit pas les avis de contravention qu’il a reçu afin de démontrer qu’ils seraient incomplets ou inexacts. Dès lors, M. A... n’est pas fondé à soutenir que les décisions portant retrait de points consécutives à ces infractions seraient intervenues à l’issue d’une procédure irrégulière.
Sur les conclusions tendant à l’application de l’article L. 761-1 du code de justice administrative :
7. Dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de faire droit aux conclusions de M. A... présentées sur le fondement des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 200 euros.
D E C I D E :
Article 1er : Il n’y a pas lieu de statuer sur les conclusions de M. A... tendant à l’annulation de la décision ministérielle du 5 décembre 2024 portant invalidation de son permis de conduire.
Article 2 : L’Etat versera une somme de 1 200 euros à M. A... au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A... est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B... A... et au ministre de l'intérieur.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2026.
Le magistrat désigné,
P. PERETTI
Le greffier,
D. BERTHOD
La République mande et ordonne au ministre d’Etat, ministre de l’intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.