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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2500995

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2500995

mardi 1 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2500995
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantGHAEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 13 et 30 mars 2025, M. C A, représenté par Me Ghaem, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'ordonner, avant dire droit, la production de l'intégralité des auditions ayant précédé la mesure d'éloignement en litige ;

3°) d'annuler, d'une part, l'arrêté du 7 mars 2025 par lequel le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé un délai de départ et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée d'un an et, d'autre part, l'arrêté du même jour par lequel cette autorité l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à une obligation de pointage ;

4°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de procéder au réexamen de sa situation, sous astreinte de 300 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement ;

5°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ou, à défaut, à M. A en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'erreurs de fait démontrant l'absence d'examen particulier de sa situation personnelle et familiale ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance des droits de la défense et notamment du droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- le refus d'accorder un délai de départ volontaire est illégal du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision méconnait les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision d'interdiction de retourner sur le territoire français n'est pas motivée ;

- elle a été prise à l'issue d'une procédure irrégulière en méconnaissance du droit d'être entendu tel que garanti par l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union Européenne ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'il justifie de circonstances humanitaires ;

- elle méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision d'assignation à résidence est illégale du fait de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français ;

- cette décision est insuffisamment motivée.

Le préfet de Vaucluse n'a pas produit d'écritures en défense.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant signée à New-York le

26 janvier 1990 ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. B les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique le rapport de M. B.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Des pièces, enregistrées le 1er avril 2025, ont été produites en délibéré par le préfet de Vaucluse.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, de nationalité guinéenne, déclare être né le 1er janvier 1993 et être entré en France au début de l'année 2024. Il demande au tribunal d'arrêter les arrêtés du 7 mars 2025 par lesquels le préfet de Vaucluse l'a obligé à quitter le territoire sans délai, a prononcé à son encontre une interdiction du territoire français d'un an et l'a assigné à résidence dans le département de Vaucluse pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Aux termes du premier alinéa de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

3. Il y a lieu, en application des dispositions de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. A, de prononcer son admission à l'aide juridictionnelle à titre provisoire.

Sur la demande de communication des auditions ayant précédé la mesure d'éloignement :

4. Selon les termes de l'article L. 5 du code de justice administrative : " L'instruction des affaires est contradictoire. Les exigences de la contradiction sont adaptées à celles de l'urgence () ". Aux termes de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger peut demander () au magistrat désigné () la communication du dossier contenant les pièces sur la base desquelles la décision contestée a été prise ".

5. Le préfet de Vaucluse ayant produit le 28 mars 2025 le procès-verbal d'audition de

M. A du 7 mars 2025 qui lui a été communiqué, l'affaire est en état d'être jugée et le principe du contradictoire a été respecté. Il n'apparaît donc pas nécessaire, dans les circonstances de l'espèce, d'ordonner avant-dire droit la communication du procès-verbal du requérant détenu par l'administration.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit ".

7. L'arrêté attaqué comporte les éléments factuels propres à la situation du requérant s'agissant tant de ses conditions d'entrée sur le territoire français, le rejet de sa demande d'asile par une décision de la cour nationale du droit d'asile du 15 mars 2022, l'absence de titre de séjour en cours de validité, le fait qu'il se soit soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français et sa situation familiale. S'il est loisible à M. A de contester l'appréciation portée par l'autorité administrative, cette divergence d'analyse ne saurait établir en l'espèce le défaut d'examen invoqué alors que la décision attaquée rappelle les éléments déterminants de sa situation. La circonstance que l'arrêté attaqué ne fait pas mention des demandes d'asile de sa compagne et de sa fille actuellement en cours d'examen est sans incidence sur la légalité de la mesure d'éloignement prise à son encontre. Par suite, le moyen tiré d'un défaut d'examen particulier de la situation du requérant ne peut être qu'écarté.

8. En deuxième lieu, s'il résulte de la jurisprudence de la Cour de justice que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union et qu'il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré, ce droit, qui se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts, ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. En outre, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision.

9. En l'espèce, d'une part, il ressort des écritures du requérant qu'il a présenté une demande d'asile laquelle a été définitivement rejetée par une décision de la cour nationale du droit d'asile le 15 mars 2022 après qu'il a pu porter utilement à la connaissance de l'administration les informations pertinentes tenant à sa situation personnelle. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que M. A, qui a été interpellé le 7 mars 2025, a été auditionné préalablement à l'édiction de l'arrêté contesté portant notamment obligation de quitter le territoire français. Le procès-verbal de l'audition de l'intéressé, établi le même jour par un agent de la police nationale et versé aux débats par le préfet de Vaucluse, fait apparaître que M. A a été mis en mesure de présenter des observations relatives à sa situation administrative, personnelle et familiale au cours de cette audition et qu'il a été spécifiquement interrogé sur la perspective d'une mesure d'éloignement. Par ailleurs, il n'apparaît pas que M. A n'aurait pas été mis en mesure de présenter à l'administration, à tout moment de la procédure, des observations et éléments de nature à faire obstacle à l'édiction d'une telle mesure. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de droits de la défense et, notamment, du principe général du droit de l'Union européenne garantissant à toute personne le droit d'être entendue préalablement à l'adoption d'une mesure individuelle l'affectant défavorablement doit être écarté.

10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Pour l'application de ces stipulations, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

11. Il ressort des termes de la requête qu'à la suite de la notification de l'arrêté du 22 mars 2022 par lequel la préfète des Alpes-de-Haute-Provence l'a obligé à quitter le territoire français, M. A a rejoint l'Italie en juillet 2023. Il ne justifie pas avoir entrepris depuis son retour irrégulier sur le territoire français, qu'il situe au début de l'année 2024, de démarche pour régulariser sa situation pas plus que d'un emploi, du suivi d'une formation ou de tout élément de nature à établir de son intégration dans la société française. S'il ressort des pièces du dossier qu'il est le père d'une enfant née le 25 juillet 2024, il ne justifie pas entretenir une vie de famille, participer à l'éducation de sa fille, ni contribuer à ses besoins. Le requérant ne démontre pas disposer de liens personnels stables sur le territoire national. Enfin, le requérant n'établit pas être dépourvu d'attaches privées et familiales dans son pays d'origine. Dans ces circonstances,

M. A n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée par rapport aux buts en vue desquels elle a été prise et aurait ainsi méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

12. En quatrième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ". Il résulte de ces stipulations, qui peuvent être utilement invoquées à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir, que dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

13. En l'espèce, il ne ressort pas des pièces du dossier que la cellule familiale qui serait composée de M. A, de sa compagne, de même nationalité, de leur fille et de leur enfant à naître ne pourrait pas se reconstituer en Guinée. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.

En ce qui concerne la légalité du refus d'accorder d'un délai de départ volontaire :

14. En premier lieu, en l'absence d'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant refus d'accorder un délai de départ volontaire, ne peut qu'être écarté.

15. En deuxième lieu, il ressort des termes mêmes de la décision attaquée que, d'une part, elle vise les textes utiles, notamment les article L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et, d'autre part, elle comporte les motifs de fait relatifs à la situation de M. A tenant à son entrée irrégulière sur le territoire français, l'absence de document d'identité ou de voyage en cours de validité et le fait qu'il se soit déjà soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise le 22 mars 2022 par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

16. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision () ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants :3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article

L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () ".

17. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et des écritures de M. A que ce dernier ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français au début de l'année 2024, qu'il n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il s'est soustrait à l'exécution d'une précédente obligation de quitter le territoire français prise le 22 mars 2022 par le préfet des Alpes-de-Haute-Provence. Dans ces conditions, le préfet de Vaucluse n'a pas méconnu les dispositions des articles L. 612-1, L. 612-2 et L. 612-3 précitées ni entaché sa décision d'erreur d'appréciation en considérant qu'il existe un risque, justifiant son refus d'accorder un délai de départ volontaire, qu'il se soustraie à la mesure d'éloignement dont il fait l'objet.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

18. En premier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". En application de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont motivées ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

19. La décision attaquée vise les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour interdire le retour de M. A sur le territoire français pour une durée d'un an, le préfet de Vaucluse s'est fondé sur le fait qu'il ne démontre pas être dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il n'est pas en mesure de justifier avoir quitté le territoire français en dépit de l'arrêté du préfet des Alpes-de-Haute-Provence portant obligation de quitter le territoire français notifié le 1er avril 2022 et, enfin, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits de prise du nom d'un tiers et infraction à la loi des étrangers. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait ainsi insuffisamment motivé sa décision laquelle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en application de l'article L. 621-6 du même code et au regard de l'ensemble des critères énoncés à son article L. 612-10. En l'absence d'éléments particuliers avancés par l'intéressé sur ce point, le préfet de Vaucluse n'avait pas à détailler les raisons pour lesquelles il n'a pas retenu l'existence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour à l'encontre de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision interdisant le retour de M. A sur le territoire français doit être écarté.

20. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le moyen tiré de ce que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français aurait été prise en méconnaissance de son droit d'être entendu, doit être écarté, dès lors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que M. A aurait été empêché de faire état d'éléments pertinents relatifs à sa situation personnelle susceptibles d'influer sur le sens de cette décision à la date de son édiction.

21. En troisième lieu, pour les motifs énoncés aux points 9, 11 et 13, M. A ne justifie pas de circonstances humanitaires non plus que de liens privés et familiaux en France d'une intensité et d'une stabilité particulières qui n'auraient pas été prises en compte dans l'arrêté en litige. Dans ces conditions, eu égard à la situation d'ensemble du requérant et alors que M. A n'a pas exécuté la précédente mesure d'éloignement, le préfet n'a pas entaché sa décision d'illégalité ni d'erreur d'appréciation en fixant à un an la durée de l'interdiction de son retour en France. Par suite, les moyens tirés de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'Homme et des libertés fondamentales, de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant et de la non prise en compte de circonstances humanitaires particulières doivent être écartés.

En ce qui concerne l'assignation à résidence :

22. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré () ; / 2° L'étranger doit être éloigné en exécution d'une interdiction de retour sur le territoire français prise en application des articles () L. 612-7 et L. 612-8 () ". Aux termes de l'article L. 732-1 du même code : " Les décisions d'assignation à résidence, y compris de renouvellement, sont motivées ".

23. En premier lieu, pour les motifs exposés aux points 6 à 13, M. A n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 7 mars 2025 prononçant son assignation à résidence serait illégal du fait de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

24. En second lieu, cet arrêté vise les textes applicables et se réfère en particulier à l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans ses motifs. Il précise enfin que M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français du même jour et que son éloignement demeure une perspective raisonnable. Il comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il suit de là que le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision portant assignation à résidence doit être écarté.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des arrêtés du 7 mars 2025 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées aux fins d'injonction et d'astreinte.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

26. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

27. Les dispositions précitées font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme demandée par Me Ghaem au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er :M. A est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 :Le présent jugement sera notifié à M. C A, au préfet de Vaucluse et à Me Ghaem.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 1er avril 2025.

Le magistrat désigné,

G. B

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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