Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée au greffe du tribunal administratif de Versailles le 15 juin 2026, M. A... C... B..., représenté par Me Enam, avocat, demande au tribunal :
1°) d’annuler les arrêtés du 7 juin 2026 par lesquels le préfet des Yvelines lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai en fixant le pays de renvoi, l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans et l’a assigné à résidence à l’échelle du département des Yvelines pour une durée de 45 jours, a ordonné son pointage une fois par jour sauf le week-end et les jours fériés et lui a interdit de sortir du département sans autorisation, ou à tout le moins de modifier les heures d’assignation ;
2°) d’enjoindre au préfet des Yvelines de procéder au réexamen de sa situation administrative dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai d’un mois l’autorisant à travailler ;
3°) à titre subsidiaire, d’annuler la décision portant refus d’un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de destination, la décision portant interdiction de retour sur le territoire français et la décision portant assignation à résidence ;
4°) de mettre à la charge de l’État la somme de 2000 euros en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
Sur l’obligation de quitter le territoire :
elle est insuffisamment motivée ;
- sa présence ne constitue pas une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour l’ordre public ;
-
elle porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale et est contraire à l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
- la décision est entachée d’une erreur manifeste d’appréciation au regard de sa situation personnelle ;
Sur l’interdiction de retour sur le territoire :
- elle porte une atteinte excessive à son droit à mener une vie privée et familiale et est contraire à l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme ;
Sur la décision portant assignation à résidence :
elle n’a pas été précédée d’un examen sérieux de sa situation dans la mesure où l’heure de pointage ne prend pas en compte son activité professionnelle ;
La requête a été transmisse au préfet des Yvelines qui n’a pas produit de mémoire en défense, ni versé des pièces au dossier.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l’enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
- le code de procédure pénale ;
- le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente du tribunal administratif de Versailles a désigné M. Brumeaux pour statuer sur les requêtes relevant des procédures prévues aux article L. 921-1 et L. 921-2 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile en application de l’article L. 922-2 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique du 25 juin 2026 :
- le rapport de M. Brumeaux ;
- les parties n’ont été ni présentes, ni représentées.
La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.
Considérant ce qui suit :
M. A..., ressortissant mauricien, né le 22 janvier 2007, entré en France dans le cadre du regroupement familial en 2000 selon ses déclarations, a fait l’objet d’un arrêté en date du 7 juin 2026 du préfet des Yvelines portant obligation de quitter le territoire sans délai en fixant le pays de renvoi et l’a interdit de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. Il avait été interpellé et placé en garde à vue le 7 juin 2026 pour violences sur sa compagne. Par un second arrêté du même jour, le préfet des Yvelines l’a assigné à résidence pour une durée de 45 jours à son domicile, a ordonné son pointage une fois par jour, à l’exception du week-end et des jours fériés, et lui a interdit de sortir du département.
Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français ;
Aux termes de l’article L. 611-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L’autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu’il se trouve dans les cas suivants : 2° L'étranger, entré sur le territoire français sous couvert d'un visa désormais expiré ou, n'étant pas soumis à l'obligation du visa, entré en France plus de trois mois auparavant, s'est maintenu sur le territoire français sans être titulaire d'un titre de séjour ou, le cas échéant, sans demander le renouvellement du titre de séjour temporaire ou pluriannuel qui lui a été délivré (…) 5° Le comportement de l'étranger qui ne réside pas régulièrement en France depuis plus de trois mois constitue une menace pour l'ordre public (…) ».
L’arrêté en litige vise les textes dont il est fait application, expose les circonstances de fait propres à la situation personnelle de M. A..., ainsi que les éléments sur lesquels le préfet s’est fondé pour l’obliger à quitter le territoire français sans délai, l’interdire de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans, et pour fixer le pays de destination. Dès lors, cet arrêté, qui n’avait pas à reprendre l’ensemble de sa situation familiale, comporte l’énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions attaquées et permet ainsi au requérant d’en contester utilement le bien-fondé. Par suite, le moyen tiré de l’insuffisante motivation de l’arrêté attaqué doit être écarté.
Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré en France en 2019 dans le cadre du regroupement familial pour retrouver sa mère et qu’il n’a pas régularisé sa situation administrative à l’expiration de son document de voyage pour étranger mineur qui a expiré le 21 mars 2024. Par ailleurs il est défavorablement connu des services de police, comme le confirment les quatre signalements inscrits au Fichier automatisé des empreintes digitales pour « remise ou sortie irrégulière de correspondance, argent ou objet de détenu », usage de stupéfiants, port sans motif légitime d’une arme blanche et escroquerie. Enfin, comme il est dit au point 1, il a été interpellé et placé en garde à vue le 7 juin 2026 pour violences sur sa compagne. Par suite le préfet des Yvelines a pu légalement fonder sa décision portant obligation de quitter le territoire français sur le 2° et le 5° de l’article L. 611-1 précité.
Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales : « 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance - 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sécurité publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ».
Pour l’application de ces stipulations, l’atteinte portée à la vie privée et familiale doit être examinée au regard des objectifs poursuivis par la mesure contestée. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision portant obligation de quitter le territoire français porterait au droit de M. A..., âgé de 20 ans, au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. La circonstance qu’il réside en France depuis 2019, attestée par le document de circulation pour étranger mineur versé au dossier, qu’il exercerait une activité professionnelle depuis quatre mois, ce qui n’est pas établi, et que sa sœur et sa mère résideraient en France ne suffisent pas à remettre en cause de ce qui précède. Le préfet n’a, par suite, pas méconnu les stipulations de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Il résulte des points 4 et 6 que le préfet des Yvelines n’a pas commis une erreur d’appréciation en prenant la décision attaquée.
Sur la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :
Le moyen tiré de la violation de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales doit être écarté par les motifs exposés au point 6.
Sur la décision portant assignation à résidence :
Aux termes de l’article L. 731-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé (…)».
Si le requérant soutient que le préfet n’a pas procédé à un examen de sa situation personnelle, il ressort toutefois des pièces du dossier et notamment de la motivation de l’arrêté attaqué que celle-ci a été étudiée par l’administration le 7 juin 2026 lors de son audition. Enfin le moyen tiré de la méconnaissance de sa situation personnelle n’est pas assorti des moyens qui permettraient d’en apprécier la portée.
Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation de l’arrêté litigieux doivent être rejetées, ainsi que celles à fin d’injonction et celles relatives aux frais de justice.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A... C... B... et au préfet des Yvelines.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 1e juillet 2026.
Le magistrat désigné,
M. BrumeauxLe greffier,
E Garot
La République mande et ordonne au préfet des Yvelines en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.