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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2501016

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2501016

jeudi 3 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2501016
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantDEBUREAU

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. C, ressortissant marocain, contestant le refus de titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et l'assignation à résidence pris par le préfet du Gard le 12 mars 2025. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, en raison de l'absence de liens personnels et familiaux suffisamment stables et intenses en France. La solution retenue confirme la légalité des décisions attaquées, fondées sur le CESEDA et la convention européenne.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 14 et 28 mars 2025, M. B C, représenté par Me Debureau, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du Gard a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'annuler l'arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du Gard l'a assigné à résidence dans le département du Gard pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à une obligation de pointage ;

3°) d'enjoindre au préfet du Gard délivrer un titre de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

S'agissant de la décision de refus de titre de séjour :

- la compétence du signataire de l'acte n'est pas établie ;

- elle n'a pas été précédée d'un examen particulier de sa situation à défaut d'avoir examiné la demande de titre de séjour " parent d'enfant français " présenté le 10 mars 2025 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

S'agissant de l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision est privée de base légale par suite de l'illégalité de la décision portant refus de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme.

S'agissant de l'assignation à résidence :

- la décision est privée de base légale par suite de l'illégalité de la décision portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 20 et 31 mars 2025, le préfet du Gard, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a délégué à M. A les pouvoirs qui lui sont attribués par l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A ;

- les observations Me Debureau, représentant M. C et de ce dernier ;

- et les observations de M. D, représentant le préfet du Gard, qui conclut au rejet de la requête par les mêmes moyens et sollicite, à titre subsidiaire, une substitution de motifs tirée de la menace à l'ordre public que représente M. C.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, de nationalité marocaine, né le 27 février 1977, est entré régulièrement en France le 11 février 2005. Par deux arrêtés du 12 mars 2025 dont M. C demande l'annulation, le préfet du Gard a rejeté sa demande de titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ". Pour l'application de ces dispositions, l'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

3. Il ressort des pièces du dossier que M. C est entré régulièrement en France en 2005. En tant qu'imam, il s'est vu remettre un premier titre visiteur valable du 8 juillet 2005 au 7 juillet 2006 puis sa carte de séjour temporaire a été renouvelée jusqu'au 26 janvier 2021. Au cours de ses vingt années de présence sur le territoire, M. C a obtenu un diplôme universitaire à la faculté de Montpellier en 2014. Il justifie avoir été employé de décembre 2004 à janvier 2013 en tant qu'éducateur religieux par l'association union imano paix située à Nîmes puis, d'avril 2014 à mai 2020, par l'association amicale des sages de Milhaud en tant qu'imam et, de juin 2020 à décembre 2024, de nouveau pour l'association union imano paix en tant qu'aide éducateur selon le certificat de travail produit. Il vit avec son épouse et leurs cinq enfants, tous nés en France et dont l'aînée, âgée de treize ans, a acquis la nationalité française ainsi qu'il ressort des mentions figurant sur l'acte de naissance délivré le 10 mars 2025 par les services de l'état civil de la ville de Nîmes. Il justifie, enfin, d'un engagement associatif auprès de l'association Cré'Atout développement citoyen durable et dans le cadre de l'association comité inter religieux nimois par la production de deux attestations qui, bien que postérieures à la décision attaquée, font état des actions menées par l'intéressée au cours, notamment, de colloques auxquels il est intervenu en novembre 2019 et novembre 2021. Ainsi, eu égard à la durée de présence en France du requérant, à ses conditions d'existence et à sa situation familiale, M. C établit avoir déplacé sur le territoire français le centre de ses intérêts privés et familiaux.

4. Pour refuser la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées, le préfet du Gard s'est fondé sur la circonstance qu'une note blanche des services de renseignement rédigée le 15 juin 2021 établie un défaut d'insertion de M. C dans la société française et de respect des valeurs de la République. Cette note précise que l'intéressé n'exerce non pas la fonction d'éducateur au sein de la mosquée la Lumière et piété gérée par l'association union imano paix qui l'employait mais celle d'imam, que ce lieu de culte est proche des Frères musulmans et que le requérant, dont les relations sociales se limitent aux seuls fidèles du lieu de culte et aux membres du conseil d'administration, affiche une tendance religieuse rigoriste. Toutefois, si M. C ne conteste pas la proximité de la mosquée la Lumière et piété des Frères musulmans, il soutient avoir toujours pratiqué un islam modéré. A cet égard, la note blanche du 15 juin 2021 reprend pour l'essentiel le contenu d'une précédente note également produite du 24 février 2011 rédigée par la direction départementale de la sécurité publique du Gard sans apporter d'informations significatives nouvelles. Elle ne permet pas de considérer à défaut de toutes indications précises et circonstanciées que le requérant ait tenu un discours rigoriste ou qu'il ait manifesté des signes objectifs de son ancrage personnel dans le cadre de ses activités, notamment d'enseignement ou lors de prêches. La seule circonstance que ses relations sociales se limiteraient à un cercle limité de personnes ne permet pas davantage d'établir un comportement contraire aux valeurs républicaines et est, à cet égard, contredite par l'attestation délivrée par le comité inter religieux nîmois mentionnée au point précédent et par l'attestation établie par une enseignante du collège Le Castellas de Bessèges qui, bien que postérieure à la décision attaquée, fait état de plusieurs sorties pédagogiques organisées avec M. C à la mosquée de Valdegour à Nîmes entre 2022 et 2024. La note des services de renseignement du 15 juin 2021 ne fait mention d'aucun antécédent judiciaire et conclut sur le fait que depuis son arrivée sur le territoire national, le comportement de M. C tant sur le plan de la conduite que de la moralité ne fait l'objet d'aucune remarque particulière et qu'il est inconnu des services et fichiers locaux ou centraux de police et de gendarmerie. Le fait qu'il ressorte d'une note blanche rédigée le 3 février 2024 que M. C ait également enseigné pour l'école " IQRAE " implantée au sein de la mosquée Lumière et piété de Nîmes dont l'activité a été interrompue par arrêté du préfet du Gard du 5 février 2024 est, en l'espèce, sans incidence sur l'appréciation du motif retenu par le préfet dès lors que l'interruption des activités d'enseignement est uniquement fondée sur des infractions à la réglementation afférente à l'accueil collectif de mineurs à caractère éducatif mais non en raison du contenu des enseignements dispensés. Dans ces conditions, en l'absence de tout autre grief établi à son encontre, le préfet du Gard ne rapporte pas la preuve d'un défaut d'insertion du requérant dans la société française et du non-respect par ce dernier des valeurs de la République. Par suite, M. C est fondé à soutenir qu'en refusant de lui délivrer un titre de séjour, le préfet du Gard a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet du Gard n'établit pas que la présence de M. C constitue une menace à l'ordre public.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens invoqués par M. C, que la décision litigieuse portant refus de titre de séjour doit être annulée. Par voie de conséquence, les autres décisions contenues dans l'arrêté contesté du 12 mars 2025 doivent également être annulées ainsi que l'arrêté du même jour par lequel le préfet du Gard l'a assigné à résidence.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

7. Eu égard aux motifs d'annulation retenu aux points 3 et 4, l'exécution du présent jugement implique nécessairement d'enjoindre au préfet du Gard de délivrer à M. C une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

8. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ". Aux termes du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens, ou qui perd son procès, et non bénéficiaire de l'aide juridictionnelle, à payer à l'avocat pouvant être rétribué, totalement ou partiellement, au titre de l'aide juridictionnelle, une somme qu'il détermine et qui ne saurait être inférieure à la part contributive de l'État majorée de 50 %, au titre des honoraires et frais non compris dans les dépens que le bénéficiaire de l'aide aurait exposés s'il n'avait pas eu cette aide () ".

9. M. C n'a pas sollicité le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il aurait déposé une demande d'aide juridictionnelle. Dès lors, son conseil ne peut se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Par suite, les conclusions présentées sur ce seul fondement tendant au remboursement des frais non compris dans les dépens ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er :L'arrêté du 12 mars 2025 par lequel le préfet du Gard a obligé M. C a quitté le territoire dans un délai de trente jours à destination du pays dont il a la nationalité est annulé.

Article 2 :L'arrêté du 12 mars 2025 par lequel par lequel le préfet du Gard a assigné M. C à résidence est annulé.

Article 3 :Il est enjoint au préfet du Gard de délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Article 4 :Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 :Le présent jugement sera notifié à M. B C, à Me Debureau et au préfet du Gard.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 avril 2025.

Le magistrat désigné,

G. A

La greffière,

A. NOGUERO

La République mande et ordonne au préfet du Gard, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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