mercredi 16 avril 2025
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nîmes |
| Section | Tribunal Administratif de Nîmes |
| N° Dossier | TA30-2501184 |
| Type | Décision |
| Formation | Reconduites à la frontière |
| Avocat requérant | MABILON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 25 mars 2025, M. C A B, représenté par Me Mabilon, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 19 mars 2025 par lequel le préfet de Vaucluse l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à une obligation de pointage ;
2°) d'enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ; en tout état de cause, de lui restituer son passeport.
Il soutient que :
- la décision portant assignation à résidence a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- elle méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'arrêté du 21 juin 2024 sur le fondement duquel l'assignation à résidence a été prise est illégal compte tenu de ce qu'il a été signé par une autorité incompétente, de ce qu'il est insuffisamment motivé, de ce qu'il méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale et de ce qu'il est entaché d'erreur manifeste d'appréciation ;
- la décision d'assignation à résidence est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été adoptée en méconnaissance de son droit d'être entendu ;
- la décision du 21 juin 2024 portant refus de titre de séjour méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
La requête a été régulièrement communiquée au préfet de Vaucluse, qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Lahmar, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 921-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ayant été régulièrement averties du jour de l'audience ;
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 14 avril 2025 :
- le rapport de Mme Lahmar,
- les observations de Me Marques, représentant M. A B, qui conclut aux mêmes fins que la requête, par les mêmes moyens ;
- le préfet de Vaucluse n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant tunisien, a fait l'objet d'un refus de titre de séjour assorti d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours prononcés par arrêté du préfet de Vaucluse du 21 juin 2024. Par arrêté du 19 mars 2025 dont M. A B demande l'annulation, le préfet de Vaucluse l'a assigné à résidence dans le département de Vaucluse pour une durée de quarante-cinq jours et l'a astreint à une obligation de pointage.
Sur la légalité externe de l'arrêté attaqué :
2. En premier lieu, par arrêté du 13 janvier 2025, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Vaucluse du même jour, le préfet de Vaucluse a accordé à Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de cette préfecture et signataire de l'arrêté en litige, une délégation à l'effet notamment de signer les décisions portant assignation à résidence. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la décision d'assignation à résidence litigieuse aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté.
3. En deuxième lieu, l'arrêté litigieux mentionne les considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision portant assignation à résidence. Le requérant n'est, par conséquent, pas fondé à soutenir que cette décision serait insuffisamment motivée.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions, organes et organismes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / a) le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () "
5. Selon la jurisprudence de la Cour de justice de 1'Union européenne, une atteinte au droit d'être entendu n'est susceptible d'affecter la régularité de la procédure à l'issue de laquelle une décision faisant grief est prise que si la personne concernée a été privée de la possibilité de présenter des éléments pertinents qui auraient pu influer sur le contenu de la décision. Le requérant, qui se borne à soutenir que son droit d'être entendu a été méconnu, ne précise pas en quoi il disposait d'informations pertinentes tenant à sa situation personnelle qu'il a été empêché de porter à la connaissance de l'administration avant que ne soit prise la mesure en cause et qui, si elles avaient pu être communiquées à temps, auraient été de nature à faire obstacle à l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de ce que la décision contestée méconnaîtrait les stipulations de l'article 41 de la charte susvisée et le principe général des droits de la défense, qui est au nombre des principes fondamentaux du droit de l'Union européenne, ne peut qu'être écarté.
Sur la légalité interne de l'arrêté attaqué :
Sur les moyens tirés de l'exception d'illégalité de l'arrêté du 21 juin 2024 :
6. L'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour prononcer l'assignation à résidence de M. A B, le préfet de Vaucluse s'est fondé, ainsi que le prévoit le 1° de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur la circonstance qu'il faisait l'objet d'une mesure d'éloignement, fixée par arrêté du 21 juin 2024, pour laquelle le délai de départ volontaire a expiré. Il ressort également de ces pièces que, par courrier du 2 juillet 2024, M. A B a formé un recours gracieux à l'encontre de l'arrêté du 21 juin 2024. Il n'est pas établi que ce recours gracieux aurait fait l'objet d'un accusé de réception susceptible de faire courir le délai de recours contentieux à l'encontre de la décision implicite par laquelle il a été rejeté. Dès lors, M. A B est recevable à exciper de l'illégalité de l'arrêté du 21 juin 2024, qui constitue le fondement de la décision d'assignation à résidence en litige.
8. A cet égard, en premier lieu, l'arrêté du 21 juin 2024 a été signé pour le préfet de Vaucluse par Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, qui disposait, en vertu d'un arrêté préfectoral du 4 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture du même jour, d'une délégation à l'effet de signer notamment les mesures d'éloignement. Il s'ensuit que M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français du 21 juin 2024 aurait été signée par une autorité incompétente.
9. En deuxième lieu, l'arrêté du 21 juin 2024 mentionne les considérations utiles de droit et de fait qui constituent le fondement. Le moyen tiré de ce que la mesure d'éloignement qu'il prononce serait insuffisamment motivée doit, dès lors, être écarté.
10. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ".
11. Il ressort des pièces du dossier que M. A B est entré sur le territoire français pour la dernière fois le 6 mars 2024, alors qu'il bénéficiait d'un titre de séjour en qualité de saisonnier valable du 4 mai 2021 au 3 mai 2024. La demande de renouvellement de ce titre, formée par M. A B le 9 mars 2024, a été rejetée par le préfet de Vaucluse dans l'arrêté du 21 juin 2024 au motif qu'il n'avait pas respecté les conditions de son titre de séjour " saisonnier ". Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que M. A B a épousé, le 6 janvier 2024, une ressortissante française avec laquelle il établit résider depuis le mois d'avril 2024. Cependant, cette union, célébrée moins de six mois avant l'édiction de l'obligation de quitter le territoire français du 21 juin 2024, ne permet pas à elle seule de démontrer que M. A B avait, à cette date, déplacé le centre de ses intérêts privés et familiaux sur le territoire français. De la même manière, les bulletins de paie produits par le requérant révèlent qu'il a exercé une activité professionnelle en France pour une période de deux à quatre mois pour chacune des années 2011 à 2021, puis pour l'année 2024, ce qui ne permet pas de caractériser une insertion professionnelle stable et durable sur le territoire français. Au regard de ces éléments, M. A B n'est pas fondé à soutenir que l'arrêté du 21 juin 2024 méconnaîtrait son droit au respect de sa vie privée et familiale.
12. Pour finir, le refus de titre de séjour prononcé par le préfet de Vaucluse dans son arrêté du 21 juin 2024 est fondé sur la méconnaissance par le requérant des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui limitent à six mois par an la durée de séjour en France de l'étranger bénéficiant d'un titre sur leur fondement. Si le requérant soutient que ce refus de titre de séjour est illégal dans la mesure où il remplissait l'ensemble des conditions pour bénéficier d'un titre de séjour " saisonnier ", les éléments qu'il produit ne permettent pas de l'établir, et notamment en ce qui concerne le respect de l'article L. 421-34. Le moyen tiré de ce que le refus de titre de séjour du 21 juin 2024 serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation doit donc être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de l'arrêté du préfet de Vaucluse du 21 juin 2024 à l'encontre de l'arrêté du 19 mars 2025 portant assignation à résidence.
Sur les moyens directement dirigés contre l'arrêté du 19 mars 2025 :
14. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins de trois ans auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé () "
15. D'une part, en se bornant à faire valoir que le préfet de Vaucluse n'a pas démontré, dans l'arrêté contesté, pour quelles raisons son éloignement demeurerait une perspective raisonnable, le requérant ne critique pas utilement la légalité de la décision d'assignation à résidence prise à son encontre. En outre, M. A B n'ayant pas démontré l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français prise à son encontre, il n'est pas fondé à soutenir que cette illégalité ferait obstacle à son éloignement dans une perspective raisonnable. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile soulevé sur ce point doit, par conséquent, être écarté.
16. D'autre part, les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui fixent les conditions requises pour l'obtention d'un titre de séjour en qualité de conjoint de français, ne peuvent être utilement invoquées à l'encontre de la décision litigieuse, dont l'unique objet est de prononcer l'assignation à résidence du requérant. Le moyen tiré de ce que l'arrêté du 19 mars 2025 méconnaîtrait ces dispositions et serait entaché d'erreur manifeste d'appréciation sur ce point ne peut donc qu'être écarté.
17. Il résulte de ce qui précède que la requête doit être rejetée en toutes ses conclusions, y compris celles relatives aux frais liés au litige.
D E C I D E
Article 1 : La requête de M. A B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A B, au préfet de Vaucluse et à Me Mabilon.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 16 avril 2025.
La magistrate désignée,
L. LAHMAR
La greffière,
E. PAQUIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601396
Le Tribunal Administratif de Nîmes a rejeté la requête de M. A..., un ressortissant arménien, visant à annuler son arrêté d'obligation de quitter le territoire français (OQTF) et l'interdiction de retour d'un an prononcée par le préfet du Gard. La juridiction a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le requérant, célibataire sans enfant, n'apportait pas d'éléments suffisants pour établir des liens familiaux ou privés stables en France au sens de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a toutefois accordé à titre provisoire le bénéfice de l'aide juridictionnelle en raison de l'urgence.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601647
Le Tribunal Administratif de Nîmes rejette la requête de M. D... visant à annuler son arrêté d'éloignement. Le tribunal estime que la décision préfectorale, fondée sur le code de l'entrée et du séjour des étrangers, est légale, notamment car le signataire était compétent et que le requérant n'apporte pas d'éléments suffisants pour établir une vie privée et familiale en France protégée par l'article 8 de la CEDH. Les autres moyens, concernant le pays de destination et l'interdiction de retour, sont également écartés.
08/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601266
Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre des arrêtés préfectoraux de reconduite à la frontière et d'assignation à résidence pris à l'encontre d'un ressortissant algérien. Le tribunal a admis le requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire. Sur le fond, il a examiné la légalité des mesures au regard notamment du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 et de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026
Tribunal Administratif de Nîmes — N° TA30-2601220
Le Tribunal Administratif de Nîmes a été saisi d'un recours pour excès de pouvoir contre plusieurs arrêtés préfectoraux ordonnant la reconduite à la frontière de M. B... Le tribunal a rejeté la requête, considérant que les moyens soulevés, notamment concernant la légalité de la signature, la motivation des décisions et le respect des droits de l'intéressé, n'étaient pas fondés. La décision s'appuie sur les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA) et de la Convention européenne des droits de l'homme.
07/04/2026