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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2501312

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2501312

mercredi 9 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2501312
TypeDécision
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantMOUSSAVOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 avril 2025, M. C D demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er avril 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet des Alpes-Maritimes de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour sans délai, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence de son signataire n'est pas établie ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que sa situation ne relève pas du champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais de celles de l'article L. 572-1 de ce code, de sorte qu'il aurait dû faire l'objet d'une décision de transfert aux autorités responsables de l'examen de sa demande d'asile ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée dès lors qu'elle se borne à affirmer par une mention stéréotypée que l'intéressé n'établit pas être exposé à des risques en cas de retour dans son pays d'origine ;

Sur la décision portant interdiction de retour :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- elle est insuffisamment motivée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 avril 2025, le préfet des Alpes-Maritimes, représenté par la SELARL Serfaty Camacho Cordier, conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens invoqués dans la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné Mme Mazars, conseillère, pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 921-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Mazars ;

- les observations de Me Moussavou, représentant M. D, qui reprend oralement ses écritures et ajoute le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et de M. D lui-même, assisté de M. B, interprète en langue arabe ;

- le préfet des Alpes-Maritimes n'étant ni présent ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. C D, qui déclare être né le 10 décembre 2005 et être de nationalité palestinienne, déclare être entré irrégulièrement en France. Par un arrêté du 1er avril 2025 dont il demande l'annulation, le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, par un arrêté n°2025-250 du 28 février 2025, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°53-2025 de la préfecture des Alpes-Maritimes, accessible tant au juge qu'aux parties, Mme A, cheffe du pôle éloignement, a reçu délégation de signature à l'effet de signer notamment, au nom du préfet des Alpes-Maritimes, les décisions de refus de séjour, les mesures d'éloignement et les interdictions de retour sur le territoire français. Par suite le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté litigieux doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : / 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () ". Aux termes de l'article L. 571-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sous réserve du troisième alinéa de l'article L. 571-1, l'étranger dont l'examen de la demande d'asile relève de la responsabilité d'un autre Etat peut faire l'objet d'un transfert vers l'Etat responsable de cet examen. () ".

4. Les stipulations du 2 de l'article 31 de la convention de Genève du 28 juillet 1951 et les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile impliquent que l'étranger qui sollicite la reconnaissance de la qualité de réfugié soit autorisé à demeurer provisoirement sur le territoire jusqu'à ce qu'il ait été statué sur sa demande. Lorsqu'en application des dispositions du règlement du Parlement et du Conseil du 26 juin 2013, l'examen de la demande d'asile d'un étranger ne relève pas de la compétence des autorités françaises mais de celles d'un autre Etat, la situation du demandeur d'asile n'entre pas dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile mais dans celui des dispositions de l'article L. 572-1 du même code prévoyant le transfert de l'intéressé vers cet autre Etat.

5. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré irrégulièrement en France où il s'est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité. Le requérant, qui n'allègue pas avoir sollicité l'asile sur le territoire français, est connu sous différentes identités et nationalités et ne démontre pas avoir personnellement déposé, ainsi qu'il le soutient, une demande d'asile en Allemagne. En tout état de cause, il n'apparaît pas qu'une demande présentée par l'intéressé était encore en cours d'examen dans cet Etat à la date de l'arrêté en litige. A cet égard, il ressort des termes, non contestés, de l'arrêté attaqué que le requérant a fait l'objet d'une mesure d'éloignement édictée par les autorités roumaines. Dans ces conditions, il ne ressort pas des pièces du dossier que la situation de M. D entrait, à la date de l'arrêté contesté, dans le champ d'application des dispositions de l'article L. 572-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet des Alpes-Maritimes n'a pas commis d'erreur de droit en obligeant M. D à quitter le territoire français sur le fondement des dispositions de l'article L. 611-1 du même code.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

6. En premier lieu, en l'absence d'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision fixant le pays de destination, ne peut qu'être écarté.

7. En deuxième lieu, la décision vise les textes applicables, à savoir notamment l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et la circonstance que la décision ne contrevient pas aux dispositions des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, M. D ne conteste pas utilement que le préfet des Alpes-Maritimes n'aurait pas suffisamment motivé sa décision dès lors qu'il ne démontre pas dans quelle mesure il encourt personnellement des risques de traitements inhumains ou dégradants en cas de retour dans son pays d'origine. La décision est dès lors régulièrement motivée.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. " Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. "

9. Si M. D évoque le conflit armé existant en Palestine, il n'apporte aucun élément qui permettrait de penser qu'il est effectivement de nationalité palestinienne alors qu'il ressort de son audition par les services de police qu'il est connu sous différentes et nombreuses identités et nationalités, que le compte-rendu d'enquête après identification indique une identité manifestement fausse et qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité. En tout état de cause, il a déclaré lors de son audition le 1er avril 2025 être en France depuis 8 jours et il ne fait état d'aucune menace circonstanciée à son encontre. Au surplus, la décision attaquée indique que M. D est éloigné soit à destination de son pays d'origine, soit à destination d'un autre pays dans lequel il est légalement admissible. Dans ces conditions, au vu des allégations imprécises du requérant, c'est sans méconnaître les stipulations précitées que le préfet a pu fixer comme pays de destination celui dont M. D est originaire.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

10. En premier lieu, en l'absence d'illégalité entachant la décision portant obligation de quitter le territoire français, le moyen tiré de cette prétendue illégalité et soulevé, par voie d'exception, à l'encontre de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français, ne peut qu'être écarté.

11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". L'article L. 612-10 du même code dispose que : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ". En application de l'article L. 613-2 du même code : " () les décisions d'interdiction de retour () prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7 () sont motivées ". Il résulte de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français assortie d'une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

12. La décision attaquée vise les dispositions précitées du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour interdire le retour de M. D sur le territoire français pour une durée de deux ans, le préfet des Alpes-Maritimes s'est fondé sur le fait qu'il déclare être entré en France il y a 8 jours et ne démontre pas y avoir habituellement résidé depuis cette date, qu'il ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, qu'il est célibataire sans enfant, qu'il est dépourvu d'attaches familiales sur le territoire alors que sa famille réside en Palestine, qu'il est connu sous différentes identités, que sa présence constitue une menace pour l'ordre public dès lors qu'il est défavorablement connu en Allemagne pour des faits de violence avec arme, qu'il a fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement prise par la Roumanie et qu'il a été interpellé le 31 mars 2025 et placé en garde à vue pour détention de stupéfiants. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait ainsi insuffisamment motivé sa décision, laquelle comporte l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement en application des dispositions précitées de l'article L. 621-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et au regard de l'ensemble des critères énoncés à son article L. 612-10. En l'absence d'éléments particuliers avancés par l'intéressé sur ce point, le préfet des Alpes-Maritimes n'avait pas à détailler les raisons pour lesquelles il n'a pas retenu l'existence de circonstances humanitaires de nature à faire obstacle au prononcé d'une interdiction de retour à l'encontre de l'intéressé. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision interdisant le retour de M. D sur le territoire français doit être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er avril 2025 par lequel le préfet des Alpes-Maritimes l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

14. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

15. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à ce titre à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C D et au préfet des Alpes-Maritimes.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 avril 2025.

La magistrate désignée,

M. MAZARS

La greffière,

E. PAQUIER

La République mande et ordonne au préfet des Alpes-Maritimes, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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