Texte intégral
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 18 août 2025, Mme B... A..., représentée par Me Soulier, demande au tribunal :
1°) d’annuler l’arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d’enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer un titre de séjour, ou à défaut de réexaminer sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l’État la somme de 1 500 euros à verser à son conseil, Me Soulier, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
l’arrêté est insuffisamment motivé ;
il est entaché d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application des stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que des articles 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfants et 24.2 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne.
Le préfet de Vaucluse, à qui la requête a été communiquée le 19 août 2025, n’a pas produit de mémoire en défense.
Mme A... a été admise au bénéfice de l’aide juridictionnelle partielle à hauteur de 55 % par une décision du 30 septembre 2025.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales ;
la convention internationale relative aux droits de l’enfant ;
le code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ;
le code des relations entre le public et l’administration ;
la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l’audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.
Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Vosgien,
- et les observations de Me Soulier, représentant Mme A....
Une note en délibéré présentée pour Mme A... a été enregistrée le 11 février 2026.
Considérant ce qui suit :
Mme A..., ressortissante ivoirienne née le 4 décembre 1990, a sollicité son admission au séjour en qualité de réfugié. Sa demande d’asile a été rejetée par l’Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) le 25 novembre 2024 et par la Cour nationale du droit d’asile le 11 juin 2025. Par sa requête, l’intéressée demande l’annulation de l’arrêté du 15 juillet 2025 par lequel le préfet de Vaucluse a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l’a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d’annulation :
Aux termes de l’article L. 211-2 du code des relations entre le public et l’administration : « Les personnes physiques ou morales ont le droit d’être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l’exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police (…) » et aux termes de l'article
L. 211-5 du même code : « La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ». Aux termes de l’article L. 613-1 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit. ».
L’arrêté attaqué, après avoir visé notamment la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales et les dispositions applicables du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile, en particulier l’article L. 611-1-4°, indique que Mme A... a déposé une demande d’admission au séjour en qualité de réfugié le 13 février 2024, que sa demande d’asile a été rejetée par l’OFPRA puis par la CNDA, au motif pour cette dernière que les seules déclarations et pièces produites ne permettaient pas de tenir pour établies les craintes de la requérante en cas de retour dans son pays d’origine, qu’elle n’a sollicité aucun titre de séjour sur un autre fondement et n’a pas communiqué d’éléments justifiant qu’elle pourrait être admise au séjour à titre exceptionnel ou pour des raisons humanitaires, que les circonstances particulières de fait et de droit attachées à la situation personnelle de la requérante attestent qu’il n’est pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels la décision est prise et que celle-ci ne contrevient pas à l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Cet arrêté comporte l’énoncé des éléments de droit et de fait qui constituent le fondement des décisions en cause. Il satisfait ainsi aux exigences de motivation résultant des dispositions de l’article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l’article L. 211-5 du code des relations entre le public et l’administration alors même qu’il a été rédigé partiellement à l’aide de formules stéréotypées et ne reprend pas tous les éléments relatifs à la situation personnelle et familiale supposés figurer au dossier de l’intéressée.
Aux termes de l’article 8 de la convention de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : « Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ». Pour l’application de ces stipulations, l’étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale doit apporter toute justification permettant d’apprécier la réalité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu’il a conservés dans son pays d’origine.
Il ressort des pièces du dossier que Mme A... justifie de sa présence en France, au plus tôt en juillet 2023, date d’établissement d’un certificat médical attestant de son examen dans un centre médico-psychologique à Toulouse pour des troubles anxiodépressifs. Si elle se prévaut de la présence en France de son époux, compatriote, de l’expérience professionnelle acquise par celui-ci depuis 2021 dans la restauration et de sa demande de titre de séjour en cours d’instruction, ainsi que de la naissance de leur fille en France le 5 juillet 2024, elle ne produit aucune pièce à l’appui de ses allégations. L’intéressée n’est, par ailleurs, pas dépourvue d’attaches familiales dans son pays d’origine où elle a vécu la majeure partie de sa vie et où résident encore ses trois enfants, dont son autre fille encore mineure, née en 2015, pour laquelle elle produit un certificat médical du 6 février 2025 dont il ressort qu’elle était accompagnée par sa tante. Dans ces conditions, eu égard au caractère encore relativement récent de son séjour en France et de l’absence de toute intégration sociale ou professionnelle de la requérante, et nonobstant les violences qu’elle soutient avoir subies durant son enfance et au cours de son parcours d’exil, le préfet de Vaucluse n’a pas porté à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris l’arrêté attaqué et n’a, dès lors, pas commis d’erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Aux termes de l’article 3-1 de la convention relative aux droits de l’enfant : « Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu’elles soient le fait d’institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l’intérêt supérieur de l’enfant doit être une considération primordiale ». Aux termes de l’article 24 de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne : « (…) / 2. Dans tous les actes relatifs aux enfants, qu'ils soient accomplis par des autorités publiques ou des institutions privées, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. (…)».
En l’absence de tout justificatif concernant la naissance de la fille de Mme A... comme de la présence du père de l’enfant en France et de sa vocation à demeurer sur le territoire, et, en tout état de cause, compte tenu de son supposé jeune âge, l’arrêté, qui n’a pas pour effet de séparer l’enfant de sa mère, ne porte pas davantage atteinte à son intérêt supérieur alors que la requérante n’établit pas que sa fille serait particulièrement exposée à un risque d’excision en cas de retour dans son pays d’origine, au sein de la communauté Malinké dont elle ne justifie pas appartenir ni même être contrainte de retourner s’installer au sein de celle-ci. Par suite, le préfet de Vaucluse n’a pas entaché son arrêté d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l’enfant.
D’une part, les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français n’ayant ni pour objet ni pour effet de déterminer un pays de destination, le moyen tiré de l’erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales est inopérant à l’égard de ces décisions. D’autre part, ces dispositions font obstacle à ce que puisse être légalement désigné comme pays de destination d’un étranger faisant l’objet d’une mesure d’éloignement un Etat pour lequel il existe des motifs sérieux et avérés de croire que l’intéressé s’y trouverait exposé à un risque réel pour sa personne soit du fait des autorités de cet Etat, soit même du fait de personnes ou de groupes de personnes ne relevant pas des autorités publiques, dès lors que, dans ce dernier cas, les autorités de l’Etat de destination ne sont pas en mesure de parer à un tel risque par une protection appropriée. Or, il ressort des pièces du dossier que la demande d’asile de Mme A... a été rejetée par l’OFPRA le 25 novembre 2024 et par la CNDA le 11 juin 2025, cette dernière ayant considéré que les seules déclarations et pièces produites ne permettaient pas de tenir pour établies les craintes de la requérante en cas de retour dans son pays d’origine. Si l’intéressée soutient avoir subi de nombreuses violences durant son enfance par son oncle qui l’a élevée, puis par sa belle-famille, après le départ de son époux en 2019 allant jusqu’à une tentative d’assassinat, puis de nouveau durant son parcours d’exil, elle ne produit au soutien de sa requête aucun élément de nature à circonstancier ses craintes ni aucun document nouveau qui tendrait à apporter la preuve d’autres faits que ceux qui étaient allégués devant l’OFPRA et la CNDA, le seul certificat supposé établi par un médecin de l’association Médecins sans frontières, non signé, se borne à reprendre ses propres déclarations, et à conclure que l’absence de toute trace physique de violences peut s’expliquer par le délai qui s’est écoulé entre celles-ci et l’examen médical qui se serait tenu le 18 juillet 2023. Ainsi, elle ne démontre pas qu’elle serait personnellement et actuellement exposée à des risques réels et sérieux pour sa liberté ou son intégrité physique dans le cas d’un retour dans son pays d’origine. Par suite, la décision fixant le pays de renvoi n’est pas davantage entachée d’une erreur manifeste d’appréciation dans l’application de l’article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales.
Sur les conclusions à fin d’injonction :
Le présent jugement qui rejette les conclusions à fin d’annulation présentées à titre principal par Mme A... n’implique aucune mesure d’exécution. Par suite ses conclusions à fin d’injonction doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :
Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991 font obstacle à ce que soit mis à la charge de l’Etat, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la requérante demande de verser à son conseil sur le fondement de ces dispositions.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de Mme A... est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B... A..., à Me Soulier et au préfet de Vaucluse.
Délibéré après l’audience du 10 février 2026, à laquelle siégeaient :
Mme Boyer, présidente,
Mme Vosgien, première conseillère,
M. Pumo, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 mars 2026.
La rapporteure,
S. VOSGIEN
La présidente,
C. BOYER
La greffière,
N. LASNIER
La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution du présent jugement.