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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2601333

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2601333

mardi 7 avril 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2601333
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationReconduites à la frontière
Avocat requérantNAJJARI

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes a annulé l'arrêté préfectoral du 11 décembre 2025 qui prononçait une interdiction de retour d'un an contre un ressortissant marocain. La juridiction a jugé que la décision était insuffisamment motivée, car elle ne démontrait pas que le préfet avait procédé à l'examen individualisé et à la prise en compte de l'ensemble des critères légaux exigés par les articles L. 612-7 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a rejeté le moyen tiré de l'incompétence du signataire mais a fait droit au recours pour vice de motivation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 mars 2026, M. C... B..., représenté par Me Najjari, demande au tribunal :

1°) d'annuler l’arrêté du 11 décembre 2025 par lequel le préfet de Vaucluse a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an ;

2°) d’enjoindre au préfet de Vaucluse de lui délivrer sans délai une autorisation provisoire de séjour, sous astreinte de 150 euros par jour de retard, et de réexaminer sa situation, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l’Etat la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, en application des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :
- la décision portant interdiction de retour est insuffisamment motivée ;
- il n’est pas justifié de la délégation consentie à l’auteur de l’acte ;
- les dispositions de l’article L. 612-6 et suivants du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile ont été méconnues ;
- le préfet n’a pas procédé à un examen individualisé de sa situation ;
- il s’est abstenu de prendre en compte des circonstances humanitaires ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;
- la directive 2008/115/CE a été méconnue et le préfet n’a pas pris en compte les conséquences de sa décision sur le requérant dans l’espace Schengen (SIS).

La requête a été communiquée au préfet de Vaucluse qui n’a pas produit de mémoire en défense.

M. B... a été admis au bénéfice de l’aide juridictionnelle totale par une décision du 19 février 2026.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la directive n° 2008/115/CE du Parlement européen et du Conseil du 16 décembre 2008 relative aux normes et procédures communes applicables dans les États membres au retour des ressortissants de pays tiers en séjour irrégulier ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.


Le président du tribunal a désigné M. Baccati, premier conseiller, dans les fonctions de magistrat chargé du contentieux des mesures d’éloignement.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Baccati a été entendu au cours de l'audience publique à laquelle les parties n’étaient ni présentes ni représentées.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.


Considérant ce qui suit :


M. B..., ressortissant marocain né le 23 décembre 1987, demande au tribunal d’annuler pour excès de pouvoir l’arrêté du 11 décembre 2025 par lequel le préfet de Vaucluse lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an.
L’arrêté contesté a été signé, pour le préfet de Vaucluse, par M. E... A..., sous-préfet chargé de mission, secrétaire général adjoint de la préfecture du Vaucluse, lequel disposait, en vertu d’un arrêté préfectoral du 30 juin 2025 publié le même jour au recueil des actes administratifs de cette préfecture et accessible tant au juge qu’aux parties, d’une délégation à l’effet de signer, en cas d’absence ou d’empêchement de Mme Sabine Roussely, secrétaire générale de la préfecture, tous les arrêtés et décisions relevant des attributions de l’Etat dans le département de Vaucluse, à l’exception de certains actes au nombre desquels les décisions contenues dans l’arrêté en litige ne figurent pas. Par suite, et alors qu’il n’est pas contesté que Mme D... était absente ou empêchée à la date à laquelle l’arrêté attaqué a été signé, le moyen tiré de l’incompétence du signataire de l’arrêté contesté doit être écarté.
Aux termes de l’article L. 612-7 du code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile : « Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. » Selon l’article L. 612-10 du même code : « Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. ».
Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l’autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l’encontre de l’étranger soumis à l’obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu’elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l’un ou plusieurs d’entre eux. La décision d’interdiction de retour doit comporter l’énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l’autorité compétente, au vu de la situation de l’intéressé, de l’ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n’impose que le principe et la durée de l’interdiction de retour fassent l’objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l’importance accordée à chaque critère.
Il incombe ainsi à l’autorité compétente qui prend une décision d’interdiction de retour d’indiquer dans quel cas susceptible de justifier une telle mesure se trouve l’étranger. Elle doit par ailleurs faire état des éléments de la situation de l’intéressé au vu desquels elle a arrêté, dans son principe et dans sa durée, sa décision, eu égard notamment à la durée de la présence de l’étranger sur le territoire français, à la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et, le cas échéant, aux précédentes mesures d’éloignement dont il a fait l’objet. Elle doit aussi, si elle estime que figure au nombre des motifs qui justifie sa décision une menace pour l’ordre public, indiquer les raisons pour lesquelles la présence de l’intéressé sur le territoire français doit, selon elle, être regardée comme une telle menace. En revanche, si, après prise en compte de ce critère, elle ne retient pas cette circonstance au nombre des motifs de sa décision, elle n’est pas tenue, à peine d’irrégularité, de le préciser expressément.
L’arrêté contesté comporte l’énoncé des considérations de fait et de droit qui constituent le fondement de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d’un an. Il mentionne, notamment, que l’intéressé n’a pas exécuté la décision d’éloignement prononcée à son encontre le 20 novembre 2023, et qu’il est célibataire et sans charge de famille en France, où ne réside aucun membre de sa famille nucléaire. Cette motivation, qui ne révèle pas un défaut d’examen de la situation de l’intéressé, présente un caractère suffisant. Les moyens correspondants doivent donc être écartés.
M. B... ne justifie pas de la durée et de la continuité de son séjour en France, où comme il vient d’être dit il est célibataire et sans charge de famille, et où ne réside aucun membre de sa famille nucléaire. Il ne justifie pas plus de ses liens avec la France en produisant divers documents établis par des administrations espagnoles. Au regard de l’ensemble de ces éléments, et en l’absence de circonstances humanitaires, en prenant à l’encontre de l’intéressé une interdiction de retour sur le territoire français, et en fixant sa durée à un an, le préfet n’a commis pas commis d’erreur d’appréciation.
Pour les mêmes raisons que celles qui sont exposées au point précédent, le préfet n’a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de M. B... au respect de sa vie privée et familiale, au sens de l’article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales. Au demeurant, comme il l’indique lui-même, M. B... a quitté le territoire français pour s’établir en Espagne où il entend régulariser son séjour.
En adoptant les dispositions rappelées au point 3 le législateur a imposé à l’administration un examen de la situation particulière de chaque ressortissant étranger de nature à assurer le respect du principe de proportionnalité entre les moyens et les objectifs poursuivis lorsqu’il est recouru à des mesures coercitives, conformément aux dispositions de la directive 2008/115/CE susvisées. Compte tenu des circonstances déjà relevées au point 7, M. B... n’est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu, en tout état de cause, les dispositions de la directive 2008/115/CE.
La circonstance que la décision portant interdiction de retour emporte des effets dans les autres pays de l’espace Schengen est sans incidence sur sa légalité.
Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d’annulation présentées par M. B..., ainsi que ses conclusions à fin d’injonction et celles présentées au titre de l’article L. 761-1 du code de justice administrative et de l’article 37 de la loi du 10 juillet 1991, doivent être rejetées.


DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. B... est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C... B..., au préfet de Vaucluse et à Me Najjari.


Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 avril 2026.


Le magistrat désigné,

J. BACCATI
La greffière,

E. PAQUIER



La République mande et ordonne au préfet de Vaucluse en ce qui le concerne ou à tous les commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.

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