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AccueilJurisprudence administrativeN° TA30-2602188

Tribunal Administratif de Nîmes — Décision N° TA30-2602188

lundi 1 juin 2026

JuridictionTribunal Administratif de Nîmes
SectionTribunal Administratif de Nîmes
N° DossierTA30-2602188
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantSELARL COUPE PEYRONNE

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nîmes, statuant en référé, a été saisi par le préfet du Gard d’une demande de suspension de deux permis de construire tacitement accordés par le maire de Logrian-Florian pour un projet agricole incluant des gîtes. Le juge a examiné la recevabilité du déféré, contestée par le pétitionnaire en raison d’un retrait initial des permis, mais a constaté que ces retraits avaient été eux-mêmes retirés, remettant les permis en vigueur. Sur le fond, il a estimé que les moyens tirés de l’incohérence des dossiers, de l’absence de nécessité des constructions pour l’exploitation agricole (méconnaissance des articles A1 et A2 du PLU) et du risque d’inondation (article R.111-2 du code de l’urbanisme) étaient de nature à créer un doute sérieux sur la légalité des décisions. En conséquence, le juge a ordonné la suspension de l’exécution des deux permis de construire.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2026, le préfet du Gard demande au juge des référés, d’ordonner, sur le fondement des dispositions de l’article L.554-1 du code de justice administrative et de l’article L. 2131-6 du code général des collectivités territoriales, la suspension de l’exécution des permis de construire n° 0301502500003 et n° 0301502500004, accordés tacitement à M. C... le 19 octobre 2025 par le maire de Logrian-Florian sur les parcelles cadastrées section A n°176 - 177-178 -180 - 181 - 184 - 274 - 275 et 276.

Le préfet du Gard soutient que :
- son déféré est recevable ;
- les dossiers de demande de permis de construire sont incomplets en l’absence des relevés d’exploitation de la MSA ;
- les fiches de renseignement ne sont pas cohérentes avec le projet présenté ; le PC n° 0301502500004 qui ne projette au départ que la construction du bâtiment agricole (moulin, entrepôt, etc) sur la parcelle A184, reprend l’ensemble du projet incluant les trois gîtes sur les parcelles A 177, A 276 et A 181 ; le PC n° 0301502500003 relatif à la construction de trois gîtes prévoit une construction qui n'est pas incluse dans le bâti actuel c'est-à-dire dans celui de l'exploitation, comme cela est exigé, que les bâtiments d’exploitation et les logements sont éloignés, ce qui ne rend pas crédible le caractère de nécessité à l’exploitation ;
- le projet méconnaît les articles A1 et A2 s’agissant des logements dès lors que la présence permanente et rapprochée de l’homme n’est pas nécessaire à l’exploitation ; il en va de même de la construction de gîtes ;
- le projet méconnaît les dispositions de l’article R.111-2 du code de l’urbanisme au regard du risque inondation, le projet de construction d'une habitation principale et de trois gîtes sont situés sur une unité foncière dont les parcelles se situent en zone A1 (Agricole) du plan local d'urbanisme de la commune, soumises à un aléa inondation moyen et/ou fort ruissellement du PPRI du Haut-Vidourle de 2001 ; le projet n’est pas autorisé en application de l’article A1 renvoyant au règlement du PPRI ; la construction projetée ne peut être regardée comme constituant des travaux au sens de cet article dès lors qu’elle n’est pas nécessaire à l’exploitation ;

Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2026, M. B... C..., représenté par la SELARL Coupé Peyronne, au rejet de la requête et à ce qu’une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du préfet du Gard au titre de l’article L.761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête au fond enregistrée sous le n° 2600804 est elle-même irrecevable puisqu’à la date de l’introduction de la requête les deux actes administratifs querellés avaient déjà été retirés par deux arrêtés édictés les 19 et le 21 janvier 2026 ; le retrait de ces actes ne permet pas de régulariser à postériori la requête irrecevable du fait de l’irrégularité d’une condition substantielle de sa régularité et le référé doit être rejeté ; le préfet disposait de la possibilité d’introduire un nouveau déféré à l’encontre des décisions remises en vigueur ;
-à titre subsidiaire, les moyens ne sont pas fondés ; le projet ne porte pas sur la construction de gîtes ;

Par des mémoires en défense 25 et 26 mai 2026 la commune de Longrian Florian conclut à l’absence d’opposition à la suspension demandée.
Elle fait valoir que :
*le projet présente des incohérences dès lors que l’attestation de renseignements à tout projet en zone agricole fait référence à la construction de gîtes et le permis de construire n° 4 prévoit la construction d’une maison d’habitation en sus du logement projeté, ces incohérences n’ont pas permis à l’autorité compétente d’apprécier la conformité du projet aux articles 1 et 2 de la zone A1 ;
*le dossier est incomplet au regard du d) de l’article R.431-16 en l’absence d’avis du SPANC ;
*les projets méconnaissent les dispositions de l’article A1 du PLU en l’absence de nécessité des travaux à l’exploitation ;
*le projet du permis n° 3 méconnaît l’article A10 du PLU relatif à la hauteur des constructions ;
*il méconnaît l’article A11 du PLU en raison de la présence d’un toit terrasse ;
*les projets méconnaissent les dispositions de l’article R.111-2 en raison du risque feu de forêt et un niveau de défendabilité insuffisant ;

Vu :
- la requête n° 2600804, enregistrée le 19 février 2026, par laquelle le préfet du Gard demande l’annulation des décisions contestées.
- la décision par laquelle le président du tribunal a désigné Mme A... comme juge des référés ;
- les autres pièces du dossier.

Vu :
-le code de l’urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Au cours de l’audience publique du 26 mai 2026 à 9h00 tenue en présence de Mme Paquier, greffière d’audience, Mme A... a lu son rapport et entendu les observations de :
-Mme Prat pour la préfecture du Gard qui maintient ses conclusions et moyens et expose que l’affaire vient à l’audience après de nouveaux éléments, elle rappelle le contentieux précédent, qu’en exécution de l’ordonnance les retraits des permis de construire litigieux ont été retirés par arrêtés du 19 avril 2026 remettant ainsi les permis de construire en vigueur ; elle s’en remet aux écritures pour le développement des moyens ;
-Me Dupont pour la commune de Longrian Florian qui maintient la teneur de ses écritures et précise que les permis n’auraient pas dû être délivrés mais qu’une difficulté est survenue après le retrait irrégulier des permis tacites ; que s’agissant de la recevabilité : les arrêtés de retrait retirés par la suite ont permis le maintien des permis de construire contestés et il n’ y a pas d’obstacle à la recevabilité de la requête ; que s’agissant du bien-fondé, les articles A1 et A2 du PLU sont méconnus en l’absence de nécessité des constructions à l’exploitation agricole des logements prévus ; il reprend les moyens d’illégalité développés dans ses écritures.

-Me Peyronne pour M. C..., qui maintient la fin de non-recevoir opposée à la requête au fond entraînant le rejet de la requête en déféré suspension et s’agissant de la légalité revoie à ses écritures et reprend ses arguments en les développant ; il insiste sur la nécessité à l’exploitation des travaux envisagés et l’absence de risque incendie R111-2 :du fait du caractère insatisfaisant de la carte du porté à connaissance réalisée à l’échelle du département et des mesures de défendabilité prévues dans le projet.

La clôture de l’instruction a été prononcée à l’issue de l’audience.

Considérant ce qui suit :

1. Par la présente requête le préfet du Gard demande au juge du référé sur le fondement des dispositions de l’article L.554-1 du code de justice administrative et de l’article L.2131-6 du code général des collectivités territoriales la suspension de l’exécution des permis de construire n° 0301502500003 et n° 0301502500004, accordés tacitement le 19 octobre 2025 à M. C... par le maire de Logrian-Florian, sur les parcelles cadastrées A 176 - 177-178 -180 - 181 - 184 - 274 - 275 - 276, en zone A du plan local d'urbanisme (PLU) de la commune révélés par les certificats de permis tacites du 25 novembre 2025 concernant sous le n° PC 0301502500003 la construction d’un hangar agricole avec logement de fonction et bureau et la maison individuelle pour l’exploitant agricole et sous le n° 0301502500004, la construction d’un hangar agricole avec logement de fonction et bureau.

2. Aux termes de l’article L.2131-6 du code général des collectivités territoriales : « Le représentant de l'Etat dans le département défère au tribunal administratif les actes mentionnés à l'article L. 2131-2 qu'il estime contraires à la légalité dans les deux mois suivant leur transmission. (…) - Le représentant de l'Etat peut assortir son recours d'une demande de suspension. Il est fait droit à cette demande si l'un des moyens invoqués paraît, en l'état de l'instruction, propre à créer un doute sérieux quant à la légalité de l'acte attaqué. Il est statué dans le délai d’un mois ».

3. D’une part, M. B... C... a sollicité l’autorisation de construire un hangar agricole avec logement de fonction, une maison individuelle et trois gîtes sur les parcelles cadastrées A 176 - 177 - 178 - 180 - 181 - 184 - 274 - 275 - 276, en zone A du plan local d’urbanisme (PLU) de la commune de Logrian-Florian. Ce projet a fait l’objet d’un premier de permis de construire n° 0301502500002 qui a été accordé par arrêté du maire de la commune de Logrian-Florian du 12 août 2025 et légalement retiré le 4 novembre 2025 à la demande du préfet du Gard pour illégalité. M. C... a alors présenté deux demandes de permis de construire n° 0301502500003 et n° 0301502500004 dont il a été accusé réception le 18 juillet 2025 et qui ont été tacitement accordés le 18 octobre 2025 à l’issue d’un délai d’instruction de trois mois. Le préfet du Gard a demandé au maire de la commune de Logrian-Florian de retirer ces permis de construire par une demande en date du 26 novembre 2025. Après avoir mis en œuvre la procédure contradictoire à l’égard du pétitionnaire le 26 novembre 2025, le maire de la commune de Logrian-Florian a retiré ces permis de construire par deux arrêtés des 19 janvier 2026 et 21 janvier 2026. Par une requête enregistrée le 19 février 2026 sous le n° 2600804, le préfet du Gard a déféré au tribunal les décisions tacites accordant les permis de construire litigieux. Dès lors que les arrêtés des 19 janvier et 21 janvier 2026 n’étaient pas définitifs et ne le sont, au demeurant et en tout état de cause, pas davantage aujourd’hui, M. C... ayant présenté à leur encontre deux requêtes aux fins d’annulation enregistrées les 24 et 25 mars 2026 sous les numéros 2601410 et 2601414, actuellement pendantes devant le tribunal, la requête tendant à l’annulation des décisions portant permis de construire tacite n’avait pas perdu son objet au jour où elle a été présentée. Elle ne peut être regardée contrairement à ce que le soutient le pétitionnaire comme étant dirigée à l’encontre d’actes inexistants.
4. D’autre part, les arrêtés des 19 et 21 janvier 2026 ont eux-mêmes été retirés par deux arrêtés du 15 avril 2026, postérieurement à l’enregistrement de la requête au fond, il y a donc lieu pour le juge des référés de statuer sur la demande du préfet tendant à la suspension des décisions portant permis de construire tacitement accordés à M. C....

5. En l’état de l’instruction les moyens présentés par le préfet du Gard tirés de la méconnaissance des articles A1 et A2 du plan local d’urbanisme et R.111-2 du code de l’urbanisme tels qu’analysés dans les visas sont de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées en tant que les permis autorisés n° 0301502500003 et n° 0301502500004 concernent pour le premier la construction d’un logement de gardien et d’une maison d’habitation pour l’exploitant et pour le second celle d’un logement de fonction.

6. Pour l’application des dispositions de l’article R.600-4-1 aucun autre moyen n’est de nature à faire naître un doute sérieux quant à la légalité des décisions contestées.

7. Il résulte de tout ce qui précède que le préfet du Gard est fondé à demander la suspension des décisions tacites portant permis de construire n° 0301502500003 et n° 0301502500004 en tant seulement qu’ils autorisent pour le premier la construction d’un logement de gardien et d’une maison d’habitation pour l’exploitant et pour le second celle d’un logement de fonction.


O R D O N N E :


Article 1er : L’exécution des décisions tacites portant permis de construire n° 0301502500003 et n° 0301502500004, en tant qu’ils autorisent pour le premier la construction d’un logement de gardien et d’une maison d’habitation pour l’exploitant et pour le second celle d’un logement de fonction, est suspendue jusqu’à ce qu’il soit statué sur la requête au fond.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet du Gard, à la commune de Logrian-Florian et à M. B... C....



Fait à Nîmes, le 1er juin 2026.


La juge des référés,




C. A...


N°2602188
2
La République mande et ordonne au préfet du Gard en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l’exécution de la présente décision.


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