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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1900455

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1900455

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1900455
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantHUGLO LEPAGE AVOCATS SAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 24 janvier 2019, la société Filhol Combustibles et la société Bati Evolution, représentées par Me Lepage, demandent au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 décembre 2018 par laquelle le ministre de la transition écologique et solidaire a rejeté le dossier de demande de certificats d'économie d'énergie (CEE) référencé n° 0697OB/30974 déposé par la société Filhol Combustibles ;

2°) d'enjoindre au ministre de la transition écologique et solidaire, plus précisément au pôle national des certificats d'économie d'énergie, de procéder au réexamen de la demande de la société Filhol Combustibles dans un délai d'une semaine à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 500 euros par jour jusqu'à la date à laquelle le jugement aura reçu exécution ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

La société Filhol Combustibles et la société Bati Evolution soutiennent que :

- elles ont intérêt à agir ;

- la décision attaquée est signée par une autorité incompétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est fondée sur une qualification juridique erronée des faits, dès lors qu'elles pouvaient légitimement penser que les personnes agissant pour le compte d'IDF Habitat et d'Antin Résidences disposaient des pouvoirs leur permettant de représenter ces deux organismes ;

- la décision attaquée est constitutive d'un détournement de procédure.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 mai 2021, le ministre de la transition écologique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la société Bati Evolution est dépourvue d'intérêt à agir ;

- les moyens soulevés par la société Filhol Combustibles et la société Bati Evolution ne sont pas fondés.

Un mémoire produit par le ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires, enregistré le 7 février 2023, n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'énergie ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- l'arrêté du 4 septembre 2014 fixant la liste des éléments d'une demande de certificats d'économies d'énergie et les documents à archiver par le demandeur ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

-le rapport de Mme Héry, présidente-rapporteure,

-et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Filhol Combustibles a sollicité le 7 juin 2018 la délivrance d'un certificat d'économie d'énergie pour un montant de 7 704 172 kilowattheures cumulés actualisés et de 100 711 844 kilowattheures cumulés actualisés au titre de la précarité énergétique, ramené après instruction respectivement à 6 984 446 kilowattheures cumulés actualisés et 93 670 051 kilowattheures cumulés actualisés au titre de la précarité énergétique. Les actions rattachées à cette demande portaient sur des travaux réalisés par la société Bati Evolution, mandataire de la société Filhol Combustibles, pour le compte de la société IDF Habitat et de la société Antin Résidences avec lesquelles la société Bati Evolution avait conclu respectivement le 3 janvier 2018 et le 25 janvier 2018 une convention d'incitation à la réalisation de travaux d'isolation pour l'économie d'énergie et l'amélioration de l'habitat financés par le dispositif des certificats d'économie d'énergie. Par leur requête, les sociétés Filhol Combustibles et Bati Evolution demandent l'annulation de la décision du 27 décembre 2018 par laquelle le ministre de la transition écologique et solidaire a rejeté la demande de la société Filhol Combustibles.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par décision réglementaire du 24 septembre 2018 publiée au journal officiel du 29 septembre 2018, Mme G C, ingénieure des ponts, des eaux et des forêts, cheffe du pôle national des certificats d'économies d'énergie, a reçu délégation à l'effet de signer, au nom du ministre chargé de l'énergie, de l'écologie et des affaires climatiques, pour les affaires relevant de la compétence de ce pôle, tous actes, arrêtés et décisions, à l'exclusion des décrets, des transactions et des actes relatifs à la passation, la conclusion ou la modification d'un marché public. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision attaquée doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent./ A cet effet, doivent être motivées les décisions qui :/ () 6° Refusent un avantage dont l'attribution constitue un droit pour les personnes qui remplissent les conditions légales pour l'obtenir () ". En application des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision. ".

4. La décision attaquée vise les textes sur lesquels elle se fonde, notamment les articles L. 222-1 à L. 222-9 et R. 222-3 à R. 222-12 du code de l'énergie, et mentionne précisément et de manière exhaustive les éléments de fait ayant conduit au rejet de la demande de la société Filhol Combustibles. Ainsi, le ministre de la transition écologique et solidaire, qui n'était pas tenu de joindre à sa décision les courriers qui lui ont été adressés le 21 novembre 2018 par la société Antin Résidences et le 28 novembre 2018 par la société IDF Habitat, a suffisamment motivé sa décision au regard des dispositions précitées de l'article L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision attaquée doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 221-1 du code de l'énergie, dans sa rédaction applicable : " Sont soumises à des obligations d'économie d'énergie :/ () 2° Les personnes qui vendent de l'électricité, du gaz, du fioul domestique, de la chaleur ou du froid aux consommateurs finals et dont les ventes annuelles sont supérieures à un seuil défini par décret en Conseil d'Etat./ () Les personnes mentionnées aux 1° et 2° peuvent se libérer de ces obligations soit en réalisant, directement ou indirectement, des économies d'énergie, soit en acquérant des certificats d'économie d'énergie. ". Aux termes de l'article L. 221-1-1 de ce code : " Les personnes mentionnées à l'article L. 221-1 sont également soumises à des obligations d'économie d'énergie spécifiques à réaliser au bénéfice des ménages en situation de précarité énergétique./ Elles peuvent se libérer de ces obligations soit en réalisant, directement ou indirectement, des économies d'énergie au bénéfice des ménages en situation de précarité énergétique, soit en acquérant des certificats d'économie d'énergie provenant d'opérations réalisées au bénéfice de ces ménages, soit en les déléguant pour tout ou partie à un tiers, soit en contribuant à des programmes de réduction de la consommation énergétique des ménages les plus défavorisés mentionnés à l'article L. 221-7 () ". L'article L. 221-7 du même code dispose : " Le ministre chargé de l'énergie ou, en son nom, un organisme habilité à cet effet peut délivrer des certificats d'économie d'énergie aux personnes éligibles lorsque leur action, additionnelle par rapport à leur activité habituelle, permet la réalisation d'économies d'énergie sur le territoire national d'un volume supérieur à un seuil fixé par arrêté du ministre chargé de l'énergie () ". En vertu de l'article L. 221-8 dudit code : " Les certificats d'économies d'énergie sont des biens meubles négociables, dont l'unité de compte est le kilowattheure d'énergie finale économisé. Ils peuvent être détenus, acquis ou cédés par toute personne mentionnée aux 1° à 6° de l'article L. 221-7 ou par toute autre personne morale () ". Aux termes de l'article R. 221-22 du même code, dans sa rédaction applicable : " () Le demandeur de certificats d'économie d'énergie doit, à l'appui de sa demande, justifier de son rôle actif et incitatif dans la réalisation de l'opération. Est considérée comme un rôle actif et incitatif toute contribution directe, qu'elle qu'en soit la nature, apportée, par le demandeur ou par l'intermédiaire d'une personne qui lui est liée contractuellement, à la personne bénéficiant de l'opération d'économies d'énergie et permettant la réalisation de cette dernière. Cette contribution intervient au plus tard à la date d'engagement de l'opération () ".

6. Il ressort des pièces du dossier que pour rejeter la demande de la société Filhol Combustibles, l'administration s'est fondée sur l'absence de justification par cette société de son rôle actif et incitatif auprès de chaque bénéficiaire des opérations en cause, dans la mesure où les conventions de réalisation des travaux d'économie d'énergie n'auraient pas été conclues par des personnes habilitées à cet effet.

7. Tout d'abord, la société Bati Evolution, en sa qualité de mandataire de la société Filhol Combustibles, a conclu le 25 janvier 2018 avec M. B F, responsable secteur de la société Antin Résidences, une convention en vue de la réalisation de travaux sur plusieurs immeubles situés dans les communes de Noisy-le-Grand et Livry-Gargan, en Seine-Saint-Denis. Par lettre du 21 novembre 2018, la société Antin Résidences a informé le ministre de la transition écologique et solidaire de ce qu'elle n'avait appris la conclusion de cette convention que par le pôle national des certificats d'économie d'énergie, sans que les procédures internes à ce type de contrat ne soient respectées, notamment en terme de processus de réalisation et de validation des travaux. Pour soutenir qu'elles pouvaient légitimement penser que M. F disposait des pouvoirs lui permettant de conclure cette convention, les sociétés requérantes produisent la copie d'une " fiche de compétences " des responsables secteur au sein de la société Antin Résidences, ainsi qu'une attestation sur l'honneur établie par M. F le 20 décembre 2018.

8. S'il ressort des mentions portées sur la " fiche de compétences " des responsables secteurs que ces derniers sont compétents pour " gérer et engager les budgets d'entretien courant et de remise en état des logements ", les travaux prévus par la convention du 25 janvier 2018 portent toutefois, d'une part, sur l'isolation par flocage des parkings, pour un métrage total de 2 975 m² pour les immeubles situés à Noisy-le-Grand, et de 3 575 m² pour ceux situés à Livry-Gargan et, d'autre part, sur l'isolation par calorifugeage des tuyaux d'eau chaude et de chauffage à raison de 2 532 mètres linéaire pour les immeubles de Noisy-le-Grand. Compte-tenu de la nature et de l'ampleur de ces travaux, ceux-ci ne sauraient être sérieusement regardés comme consistant en des travaux d'entretien courant ou de remise en état des logements. En outre, à supposer que l'attestation rédigée par M. F, établie après son licenciement le 23 mai 2018 ne soit pas dénuée de caractère probant, ses seules affirmations selon lesquelles il aurait respecté les procédures en vigueur au sein de la société Antin Résidences et il aurait informé ses supérieures hiérarchiques ne ressortent d'aucun élément versé au dossier.

9. Ensuite, la société Bati Evolution, agissant en tant que mandataire de la société Filhol Combustibles, a conclu le 3 janvier 2018 avec M. A D, responsable de secteur au sein de la société IDF Habitat, une convention en vue de la réalisation de travaux dans des immeubles situés à Champigny-sur-Marne et Valenton (Val-de-Marne). La société IDF Habitat a informé le 28 novembre 2018 le ministre de la transition écologique et solidaire que M. D n'avait jamais disposé d'une habilitation pour engager lesdits travaux au nom de la société. Pour soutenir qu'elles pouvaient légitimement penser que M. D disposait des pouvoirs lui permettant de conclure cette convention, les sociétés requérantes produisent à l'appui de leur requête un certain nombre de devis qui auraient été adressés à la société IDF Habitat le 22 janvier 2018 et le 2 avril 2018 et portant sur les travaux en cause. Toutefois, ces devis ne sont revêtus d'aucune mention permettant d'établir que la société IDF Habitat aurait donné son accord, ni même qu'elle les aurait reçus.

10. Il résulte de l'ensemble de ces éléments, compte-tenu des conséquences économiques liées à la mise en œuvre de ces conventions, à l'ampleur et à la nature des travaux envisagés et de l'identité de la partie cocontractante, professionnel du bâtiment, les sociétés requérantes ne sauraient être regardées comme ayant pu penser légitimement que M. F, pour la société Antin Résidences, et M. D, pour la société IDF Habitat, disposaient des pouvoirs leur permettant de conclure les conventions en cause. Dès lors, la société Filhol Combustibles doit être regardée comme ne justifiant pas de son rôle actif et incitatif dans la réalisation des opérations dont il s'agit. Par suite, le moyen tiré d'une qualification juridique erronée des faits ayant conduit à la décision attaquée doit être écarté.

11. En troisième et dernier lieu, la circonstance, à la supposer établie, que plusieurs bailleurs sociaux auraient dénoncé des conventions de nature identique à la même période, en vue de bénéficier directement des certificats d'économies d'énergie, n'est pas de nature à établir que la décision attaquée, dont l'auteur n'est ni la société Antin Résidences, ni la société IDF Habitat, mais le ministre de la transition écologique et solidaire, serait entachée d'un détournement de procédure.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense et tirée de l'absence d'intérêt à agir de la société Bati Evolution, que les conclusions tendant à l'annulation de la décision du 27 décembre 2018 doivent être rejetées.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

13. Les conclusions à fin d'annulation de la société Filhol Combustibles et la société Bati Evolution étant rejetées, leurs conclusions susvisées aux fins d'injonction et d'astreinte doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la société Filhol Combustibles et la société Bati Evolution, au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société Filhol Combustibles et de la société Bati Evolution est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société Filhol Combustibles, à la société Bati Evolution et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Biscarel, conseillère,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La présidente-rapporteure,

F. HÉRY

L'assesseure la plus ancienne,

B. BISCAREL La greffière,

M. E

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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