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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1904635

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1904635

mercredi 25 janvier 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1904635
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantLAPUELLE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 août 2019 et 24 avril 2020, la SARL SYED L'AGRA, représentée par Me Lapuelle, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions implicites du 15 juin 2019 par lesquelles Toulouse Métropole, le syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne et les sociétés Enedis, Orange et GRDF ont rejeté les demandes indemnitaires qu'elle leur avait respectivement adressées ;

2°) de déclarer Toulouse Métropole, le syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne et les sociétés Enedis, Orange et GRDF responsables des préjudices qu'elle a subis ;

3°) à titre principal, de condamner Toulouse Métropole au paiement de la somme de 69 394 euros, le syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne au paiement de la somme de 7 722 euros, Orange au paiement de la somme de 6 626 euros, GRDF au paiement de la somme de 3 186 euros et Enedis au paiement de la somme de 1 784 euros, toutes ces sommes devant être majorées des intérêts à compter des demandes indemnitaires préalables reçues le 15 avril 2019, avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette même date, et de condamner les cinq parties susmentionnées au paiement des frais d'expertise et des frais d'avocat non compris par les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

4°) à titre subsidiaire, de condamner Toulouse Métropole au paiement de la somme de 79 270 euros et le syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne au paiement de la somme de 9 442 euros, ces deux sommes devant être majorées des intérêts à compter des demandes indemnitaires préalables reçues le 15 avril 2019, avec capitalisation des intérêts échus à compter de cette même date ;

5°) en tout état de cause, de mettre à la charge de Toulouse Métropole, du syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne et des sociétés Enedis, Orange et GRDF le paiement de la somme de 3 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle soutient que :

- son recours est recevable ;

- elle a subi des dommages de travaux publics engageant la responsabilité des intervenants à proportion de leurs faits dommageables respectifs ;

- ces dommages sont à l'origine d'une baisse du chiffre d'affaires du restaurant l'Agra, dont la perte de marge nette est de 88 712 euros, ce qui constitue un préjudice évalué au même montant, dont 69 394 euros sont imputables à Toulouse métropole, 7 722 euros au syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, 6 626 euros à Orange, 3 186 euros à GRDF et 1 784 euros à Enedis ;

- ce préjudice présente un caractère anormal dès lors que les travaux en litige ont conduit au report d'une partie du trafic de la rue des Carrières vers la route de Grenade, privant l'Agra d'une part substantielle de sa clientèle ;

- il présente également un caractère spécial dès lors que ce restaurant, qui est le seul commerce de bouche de la rue des Carrières, a été spécialement impacté par ces travaux ;

- le lien de causalité est établi entre ces travaux et son préjudice, tandis que ni l'instauration d'un sens unique sur le tronçon sud de la rue des Carrières, ni l'activité du restaurant Rajpoot n'ont eu d'impact sur le chiffre d'affaires du restaurant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2019, Toulouse Métropole, représentée par Me Flint, conclut :

1°) à l'absence de lien de causalité entre les travaux réalisés sous sa maîtrise d'ouvrage et la baisse du chiffre d'affaires de SYED L'AGRA ;

2°) au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires présentées par SYED L'AGRA à son encontre ;

3°) à ce que soit mis à la charge de SYED L'AGRA le paiement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que le lien de causalité n'est pas établi entre les travaux publics en litige et la diminution du chiffre d'affaires du restaurant.

Par des mémoires, enregistrés les 23 janvier et 12 juin 2020, le syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, représenté par Me Clamens, conclut :

1°) au rejet de la requête ;

2°) à ce que soit mis à la charge de SYED L'AGRA le paiement de la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Il fait valoir que :

- les nuisances inhérentes aux travaux n'engagent pas la responsabilité des exécutants ;

- le caractère anormal du préjudice n'est pas établi dès lors que l'exécution des travaux et les changements apportés à la circulation n'ont pas entravé l'accès au restaurant ;

- le caractère spécial du préjudice n'est pas établi dès lors que des travaux ont eu lieu dans toute la commune de Blagnac ;

- le lien de causalité n'est pas établi entre les travaux publics en litige et la diminution du chiffre d'affaires du restaurant ;

- le restaurant n'était pas riverain des travaux qu'il a conduits.

Par un mémoire, enregistré le 27 février 2020, la société Orange, représentée par Me Magrini, conclut :

1°) au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires présentées par SYED L'AGRA à son encontre ;

2°) à ce que soit mis à la charge de SYED L'AGRA le paiement de la somme de 2 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le juge administratif n'est pas compétent pour statuer sur les demandes indemnitaires formulées à son encontre ;

- le caractère anormal et spécial du préjudice n'est pas établi ;

- le lien de causalité n'est pas établi entre les travaux publics en litige et la diminution du chiffre d'affaires du restaurant.

Par un mémoire enregistré le 5 décembre 2019, la société Enedis, représentée par Me Piquemal, conclut :

1°) à titre principal, à sa mise hors de cause ;

2°) à titre subsidiaire, au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires présentées par SYED L'AGRA à son encontre ;

3°) en tout état de cause, à ce que soit mis à la charge de SYED L'AGRA le paiement de la somme de 2 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- sa responsabilité en tant qu'exécutant ne peut être engagée ;

- le lien de causalité n'est ni direct ni certain ;

- le préjudice n'est ni anormal ni spécial ;

- le quantum du préjudice dont elle serait responsable n'est pas justifié.

Par des mémoires, enregistrés le 24 septembre 2019 et le 29 juin 2020, ce dernier n'ayant pas été communiqué, la société GRDF, représentée par Me Masquard, conclut :

1°) à l'absence de lien de causalité entre les travaux qu'elle a réalisés et la baisse du chiffre d'affaires de SYED L'AGRA ;

2°) au rejet de l'ensemble des demandes indemnitaires présentées par SYED L'AGRA à son encontre ;

3°) à ce que soit mis à la charge de SYED L'AGRA le paiement de la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.

Elle fait valoir que le lien de causalité n'est pas établi puisque les travaux qu'elle a menés n'ont pas pu impacter l'accessibilité et donc la fréquentation du restaurant l'Agra.

Par une ordonnance du 2 juillet 2020, la clôture d'instruction est intervenue ce même jour.

Un mémoire présenté pour Toulouse Métropole a été enregistré le 2 juillet 2020.

Vu :

- l'ordonnance du 24 mai 2018 par laquelle le juge des référés du tribunal a liquidé et taxé les frais de l'expertise réalisée par M. B et les a mis à la charge de la société SYED L'AGRA ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Farges, rapporteur public,

- et les observations de Me Lapuelle, représentant SYED L'AGRA, de Me Ginesta, représentant Toulouse métropole, de Me Dervin, représentant le syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, de Me du Puy de Goyre, représentant Orange.

Considérant ce qui suit :

1. La SARL SYED L'AGRA exploite le restaurant l'Agra, situé 52 rue Carrière, à Blagnac (Haute-Garonne), depuis l'année 2000. Entre 2012 et 2016, des travaux publics ont été effectués sur plusieurs voies publiques de la commune de Blagnac, dans l'environnement du restaurant. Par une ordonnance n° 1600087 du 8 mars 2016, une ordonnance d'extension de mission n° 1604339 du 5 décembre 2016 et une ordonnance d'appel en cause n° 1700529 du 23 mai 2017, le tribunal a désigné M. B comme expert aux fins d'apprécier le chiffre d'affaires de SYED L'AGRA et de déterminer si son évolution faisait apparaître un préjudice économique ayant pour cause l'exécution de ces travaux. Le 18 avril 2018, l'expert a remis son rapport définitif. Estimant avoir subi une perte de son chiffre d'affaires imputable à ces travaux publics, la société SYED L'AGRA a adressé des recours préalables indemnitaires à Toulouse Métropole, au syndicat départemental d'électricité de la Haute-Garonne et aux sociétés Enedis, Orange et GRDF, par des courriers recommandés avec avis de réception reçus le 15 avril 2019. Cinq décisions implicites de rejet sont nées le 15 juin 2019 du silence opposé à ces demandes. Par la présente requête, la société SYED L'AGRA demande l'engagement de la responsabilité de Toulouse Métropole, du syndicat départemental d'électricité de la Haute-Garonne et des sociétés Enedis, Orange et GRDF aux fins d'obtenir la réparation du préjudice allégué.

Sur la compétence du juge administratif :

2. La société SYED L'AGRA impute une partie du préjudice qu'elle allègue avoir subi aux travaux menés par la société Orange, rue Prosper Ferradou et rue des Bûches, entre le 1er janvier et le 30 novembre 2015. Si ces travaux ont été réalisés postérieurement à l'intervention de la loi du 26 juillet 1996 relative à l'entreprise France Télécom, devenue par la suite " Orange ", qui a transformé l'établissement public en société, toutefois la société requérante soutient, sans être contestée, que ces travaux ont porté sur un réseau incorporé à la voie publique dont il constitue une dépendance. Dans ces conditions, la société Orange n'est pas fondée à faire valoir que ces travaux n'avaient pas le caractère de travaux publics, ni que l'action en réparation du préjudice formulée à son encontre relèverait de la compétence des juridictions judiciaires.

Sur les conclusions à fins d'indemnisation :

3. Il appartient au riverain d'une voie publique qui entend obtenir réparation des dommages qu'il estime avoir subis à l'occasion d'une opération de travaux publics à l'égard de laquelle il a la qualité de tiers d'établir, d'une part, le lien de causalité entre cette opération et les dommages invoqués, et, d'autre part, le caractère anormal et spécial de son préjudice, les riverains des voies publiques étant tenus de supporter sans contrepartie les sujétions normales qui leur sont imposées dans un but d'intérêt général.

4. En l'espèce, la société SYED L'AGRA soutient que la visibilité du restaurant l'Agra a été moindre pendant les travaux en litige, dont la durée totale de 3 ans et 10 mois peut être décomposée en quatre périodes : la première concernant les travaux de la partie sud de la rue Carrière, entre l'allée des Mûriers et la rue des Bûches, entre le 1er janvier et le 31 décembre 2012, la deuxième ceux de la rue Prosper Ferradou entre le 1er juillet 2013 et le 31 décembre 2014, la troisième ceux à l'angle de la rue Prosper Ferradou et de la rue des Bûches entre le 1er janvier et le 30 novembre 2015 et la quatrième ceux du vieux chemin de Grenade, dans la continuité de la partie nord de la rue Carrière, entre le 9 novembre 2015 et le 31 mars 2016. Elle soutient que le préjudice anormal qu'elle aurait ainsi subi serait également spécial dans la mesure où son restaurant est le seul commerce dit de bouche de la rue Carrière. Toutefois, il est constant que les travaux en litige n'ont pas été conduits au droit du restaurant l'Agra, situé à l'angle de la rue Carrière et du chemin de Barrieu, dans la partie nord de la rue Carrière, mais à une proximité relative de plus de 100 mètres pour les travaux de la quatrième période, rue du vieux chemin de Grenade, et à plus de 700 mètres pour les travaux précédents. De plus, il est également constant que ces travaux n'ont jamais empêché l'accès, en voiture comme à pied, au restaurant l'Agra qui est resté ouvert et a conservé une activité importante comme en témoigne son chiffre d'affaires, toujours supérieur à 125 000 euros annuel sur cette période. En tout état de cause, la diminution du chiffre d'affaires du restaurant n'a jamais excédé 20%. Enfin, nonobstant la circonstance que l'Agra serait le seul commerce de bouche de la rue Carrière, il résulte de l'instruction que les travaux en litige ont été susceptibles d'affecter, par leur localisation, une large partie du quartier de Carrière et du centre-ville de Blagnac, lequel comprend d'autres commerces. Dans ces conditions, la durée importante des travaux, la moindre visibilité alléguée du restaurant pour les automobilistes pendant cette période et la circonstance qu'elle serait le seul commerce de bouche de la rue Carrière ne sauraient suffire à établir que la société SYED L'AGRA aurait subi un préjudice anormal et spécial qui excéderait les sujétions normales imposées aux riverains de la voie publique dans un but d'intérêt général du fait des travaux publics en litige.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans même qu'il soit besoin de se prononcer sur la demande de mise hors de cause des entreprises chargées des travaux publics en litige, que la demande de la SARL SYED L'AGRA ne peut qu'être rejetée dans toutes ses dimensions.

Sur les dépens :

6. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction, dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante, sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens. " Il résulte de tout ce qui précède que les entiers dépens de l'instance, à savoir les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 11 661,60 euros TTC par ordonnance du vice-président du tribunal en date du 24 mai 2018, doivent être mis à la charge de la SARL SYED L'AGRA.

Sur les frais exposés et non compris dans les dépens :

7. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Toulouse métropole, du syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, d'Enedis, d'Orange et de GRDF, qui ne sont pas les parties perdantes dans la présente instance, la somme que la société SYED L'AGRA demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la SARL SYED L'AGRA le paiement d'une somme de 500 euros chacun à verser respectivement à Toulouse Métropole, au syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, à Enedis, à Orange et à GRDF au titre des frais que ces parties ont exposés et qui ne sont pas compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SARL SYED L'AGRA est rejetée.

Article 2 : Les frais de l'expertise, liquidés et taxés à la somme de 11 661,60 euros TTC, sont laissés à la charge définitive de la SARL SYED L'AGRA.

Article 3 : La SARL SYED L'AGRA versera respectivement à Toulouse Métropole, au syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, à Enedis, à Orange et à GRDF une somme de 500 euros chacun au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à la SARL SYED L'AGRA, à Toulouse Métropole, au syndicat départemental d'énergie de la Haute-Garonne, à la société Enedis, à la société Orange et à la société GRDF.

Délibéré après l'audience du 5 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Sorin, président,

M. Hecht, premier conseiller,

Mme Pétri, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2023.

Le rapporteur,

S. A

Le président,

T. SORINLa greffière,

F. LE GUIELLAN

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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