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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1905401

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1905401

mardi 11 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1905401
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantWORMSTALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 19 septembre 2019 et le 23 décembre 2020, Mme C A, représentée par Me Wormstall, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 22 mars 2019 par lequel le ministre de l'intérieur lui a accordé le bénéfice du maintien à titre personnel de l'indice majoré 454 ainsi que la décision du 19 juillet 2019 rejetant son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de la nommer au 11ème échelon du grade des techniciens principaux de la police technique et scientifique à compter du 1er septembre 2016, avec une ancienneté acquise à cette date d'un an et un mois, de procéder à la reconstitution de sa carrière à compter de cette date et de lui verser, en conséquence, la différence de traitement qu'elle aurait dû percevoir, assortie des intérêts au taux légal ;

3°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 5 000 euros, assortie des intérêts au taux légal, en réparation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Mme A soutient que :

- l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il revient, en termes indiciaires, sur les termes de l'arrêté du 25 juillet 2016, lequel constitue une décision créatrice de droits ;

- l'arrêté attaqué, qui lui attribue le maintien de l'indice majoré 454 à compter du 1er septembre 2016, est entaché d'une erreur de droit ;

- elle devait bénéficier au 1er septembre 2016 d'un reclassement au 11ème échelon du grade des techniciens principaux de la police technique et scientifique ; elle est fondée, en conséquence, à demander le versement de la différence de traitement en résultant ;

- l'arrêté attaqué est entaché d'une illégalité fautive de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, en lui allouant une somme globale de 5 000 euros.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2020, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Le ministre de l'intérieur soutient que :

- la requête est irrecevable dès lors que l'arrêté du 22 mars 2019 constitue une décision confirmative du reclassement opéré par l'arrêté du 5 septembre 2017, devenu définitif ;

- les moyens soulevés par Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n°8 4-16 du 11 janvier 1984 ;

- le décret n° 2008-836 du 22 août 2008 ;

- le décret n° 2009-1388 du 11 novembre 2009 ;

- le décret n° 2016-581 du 11 mai 2016 ;

- le décret n° 2016-1677 du 5 décembre 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, agente spécialisée principale de police technique et scientifique, a été promue au choix dans le corps des techniciens de la police technique et scientifique. Par arrêté du 25 juillet 2016, elle a été reclassée au 11ème échelon du grade de technicien de la police technique et scientifique. Par des arrêtés des 25 juillet et 5 septembre 2017, elle a ensuite été reclassée, en application du protocole parcours professionnels, carrières et rémunérations, au 9ème échelon, puis au 8ème échelon du grade de technicien principal la police technique et scientifique. Par un nouvel arrêté du 22 mars 2019, le ministre de l'intérieur a décidé que l'intéressée bénéficierait du maintien à titre personnel de l'indice brut 531 (indice majoré 454) à compter de son reclassement en date du 1er septembre 2016. Par courrier du 23 mai 2019, l'intéressée a contesté cet arrêté et a demandé la reconstitution de sa carrière ainsi que l'indemnisation de son préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence. Cette demande a été rejetée par décision du ministre de l'intérieur du 19 juillet 2019. Par sa requête, Mme A demande au tribunal d'annuler la décision du 22 mars 2019, ainsi que la décision du 19 juillet 2019.

Sur les conclusions à fin d'annulation et indemnitaires :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L.242-1 du code des relations entre le public et l'administration : " L'administration ne peut abroger ou retirer une décision créatrice de droits de sa propre initiative ou sur la demande d'un tiers que si elle est illégale et si l'abrogation ou le retrait intervient dans le délai de quatre mois suivant la prise de cette décision. ".

3. Mme A soutient que l'arrêté attaqué est illégal dès lors qu'il revient, en termes indiciaires, sur les termes de l'arrêté du 25 juillet 2016, lequel constitue une décision créatrice de droit.

4. Il ressort toutefois des pièces du dossier que, d'une part, la décision du 5 septembre 2017, devenue définitive, reclassant Mme A à compter du 1er septembre 2016 au 10ème échelon du grade de technicien de la police technique et scientifique puis au 9ème échelon du grade de technicien principal de la police technique et scientifique n'a eu ni pour objet, ni pour effet de retirer la décision du 25 juillet 2016 qui la plaçait au 11ème échelon du grade de technicien de la police technique et scientifique, mais s'est seulement bornée à tirer les conséquences formelles de la réforme des parcours professionnels, des carrières et des rémunérations (PPCR) prévue en particulier par le décret du 5 décembre 2016 qui concerne le corps des techniciens de police technique et scientifique, et qui opère une réorganisation globale de l'évolution de la carrière de ce corps. Par ailleurs, l'arrêté attaqué du 22 mars 2019, dont l'objet est d'accorder rétroactivement à Mme A à compter du 1er septembre 2016, le bénéfice du maintien à titre personnel de l'indice brut 531 (indice majoré 454), dont elle bénéficiait en vertu de l'arrêté du 25 juillet 2016, afin de compenser les effets des nouvelles modalités de son reclassement intervenu en 2017, n'a pas eu pour effet de retirer la décision créatrice de droits du 25 juillet 2016. A cet égard, l'administration peut prendre une décision à caractère rétroactif concernant la carrière des fonctionnaires dans la mesure nécessaire pour procéder à la régularisation de leur situation. Par suite, le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait procédé au retrait illégal d'une décision individuelle créatrice de droit doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes du I de l'article 23 du décret du 11 novembre 2009 portant dispositions statutaires communes à divers corps de fonctionnaires de la catégorie B de la fonction publique de l'Etat : " Les agents qui avaient, avant leur nomination dans l'un des corps régis par le présent décret, la qualité de fonctionnaire civil et ont été classés en application de l'article 13, ou, le cas échéant, de l'article 21, à un échelon doté d'un indice brut inférieur à celui qu'ils détenaient avant leur nomination conservent à titre personnel le bénéfice de leur indice brut antérieur, jusqu'au jour où ils bénéficient dans leur nouveau corps d'un indice brut au moins égal. ". Il résulte des dispositions de l'article 8-1 du décret du 22 août 2008 fixant l'échelonnement indiciaire des corps et des emplois communs aux administrations de l'Etat et de ses établissements publics ou afférent à plusieurs corps de fonctionnaires de l'Etat et de ses établissements publics, que l'échelonnement indiciaire applicable aux membres des corps régis par le décret du 11 novembre 2009 est fixé ainsi qu'il suit : à compter du 1er janvier 2016, indice brut 497 pour le 10ème échelon du premier grade, à compter du 1er janvier 2016, indice brut 500 pour le 9ème échelon du deuxième grade et à compter du 1er janvier 2017, indice brut 502 pour le 8ème échelon du deuxième grade.

6. Il ressort des pièces du dossier que Mme A, avant d'être nommée et reclassée dans le corps des techniciens de la police technique et scientifique, appartenait au corps des agents de la police technique et scientifique et était classée au 7ème échelon de son grade avec un indice majoré de 413. Ainsi, l'arrêté attaqué du 22 mars 2019, en la maintenant à titre personnel à l'indice majoré 454 ne peut être regardé comme défavorable pour la requérante. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées du décret du 11 novembre 2019 doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 22 mars 2019 et de la décision du 23 mai 2019 rejetant le recours gracieux de Mme A doivent être rejetées. Par voie de conséquence, en l'absence de faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat, les conclusions indemnitaires de Mme A doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Les conclusions à fin d'annulation de Mme A étant rejetées, ses conclusions susvisées à fin d'injonction doivent l'être également, dès lors que le présent jugement ne nécessite aucune mesure d'exécution au regard des dispositions des articles L. 911-1 et suivants du code de justice administrative.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme A demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er: La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 27 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2022

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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