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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-1906771

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-1906771

mercredi 13 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-1906771
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 4
Avocat requérantSELARL JUDISCONSEIL

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et des mémoires, enregistrés les 27 novembre 2019, 15 septembre et 18 décembre 2020, sous le n° 1906771, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme ", représentée par Me Jacquot, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez sur sa demande de communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement correspondant à l'année 2017 et du rapport annuel établi pour cette même année pour rendre compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention ;

2°) d'enjoindre au Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez de lui communiquer les documents demandés, dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, sans les mentions permettant d'identifier les coordonnées des personnels hospitaliers mais sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients, ni des mentions relatives au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la juridiction administrative est compétente pour statuer sur sa requête ;

- sa requête est recevable ; elle a présenté une demande préalable en identifiant clairement l'association demanderesse ; elle a intérêt et qualité à agir ; elle a présenté sa requête dans le délai de recours contentieux qui lui était imparti ;

- la décision de refus de communication des documents sollicités porte atteinte à la liberté d'accès aux documents administratifs ;

- le rapport annuel qui doit être élaboré en application de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique et le registre prévu par ces mêmes dispositions sont des documents administratifs communicables ;

- la communication des mentions relatives aux identifiants anonymisés des patients est essentielle pour permettre à l'association d'exercer sa mission qui vise à faire respecter les droits des patients ; le refus d'accès aux documents administratifs sollicités porte une atteinte injustifiée à la liberté d'association et d'expression de l'association au regard des objectifs statutaires et de sa mission d'information ;

- cette communication ne porte pas atteinte à la vie privée des patients dès lors que l'identifiant anonymisé du patient utilisé dans le cadre des mesures d'isolement et de contention ne permet pas d'identifier les personnes concernées et est distinct de l'identifiant permanent patient attribué à chaque patient lors d'une première hospitalisation et qui constitue un élément de la vie privée qui permet l'identification de l'intéressé et doit être occulté ;

- l'occultation de l'identifiant anonymisé du patient et de l'indication des durées d'isolement et de contention rendrait le registre inexploitable et détruirait tout le bénéfice du droit d'accès dès lors qu'elle rendrait impossible tout contrôle effectif du respect du droit des patients ;

- sa demande ne présente aucun caractère abusif ;

- elle renonce à se prévaloir du droit d'accès au registre d'isolement et de contention sans occultation des mentions permettant d'identifier le personnel hospitalier.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 2 juin et 13 octobre 2020, le Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez, représenté par Me Regnoux, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la juridiction administrative est incompétente pour statuer sur la requête tendant à la communication de documents détenus par l'Association hospitalière Sainte-Marie, association de droit privé, gestionnaire d'établissements de santé de droit privé, qui, bien qu'exerçant une mission de service public, ne sont pas dotés de prérogatives de puissance publique ;

- la requête est irrecevable en l'absence de décision préalable ; la décision attaquée ne fait pas grief ; l'association requérante est dépourvue d'intérêt à agir ;

- la requête doit être rejetée en l'absence d'identification préalable de l'association requérante ; la personne ayant saisi le centre hospitalier au nom de la CCDH n'a mentionné ni le numéro d'inscription de la CCDH au répertoire national des associations, ni l'adresse du siège de l'association et ne justifie pas de sa qualité de présidente ;

- la saisie par courrier électronique ne présente aucune garantie concernant la sécurisation du transfert des données de l'établissement ;

- l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique dresse une liste exhaustive des seules personnes habilitées à prendre connaissance des documents en litige ;

- en application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, les documents administratifs dont il est demandé communication ne sont pas communicables dès lors que leur communication porterait atteinte à la protection de la vie privée et au secret médical ;

- l'occultation ou la disjonction des mentions non communicables couvertes par le secret médical ne sont matériellement pas possibles ;

- la demande de la CCDH revêt un caractère abusif ; l'association requérante adresse des demandes similaires auprès de divers établissements de l'Association hospitalière Sainte-Marie et ses demandes récurrentes exigent, pour chaque établissement, une charge disproportionnée résultant de la nécessité d'occulter toutes les informations relevant du secret médical et de la protection de la vie privée en ce qui concerne les personnels soignants de l'établissement ; l'objectif poursuivi par la CCDH appelle la plus grande prudence de la part de l'administration pour faire respecter le secret médical et protéger les professionnels de santé de l'établissement car l'association requérante est une émanation de l'Eglise de scientologie et les réponses apportées seront utilisées pour perturber la mise en œuvre des traitements conventionnels dans le domaine de la psychiatrie ;

- il revient aux établissements hospitaliers, et non à l'association requérante, d'apprécier le degré d'anonymisation nécessaire pour protéger les secrets prévus par la loi.

II. Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février 2021, le 25 avril 2022 sous le n° 2100749, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme ", représentée par Me Jacquot, demande au tribunal :

1°) d'annuler pour excès de pouvoir la décision implicite de rejet née du silence gardé par le directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez sur sa demande de communication d'une copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement correspondant à l'année 2018 et du rapport annuel établi pour cette même année pour rendre compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention ;

2°) d'enjoindre au Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez de lui communiquer les documents demandés, dès notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 500 euros par jour de retard, sans les mentions permettant d'identifier les coordonnées des personnels hospitaliers mais sans occultation de l'identifiant anonymisé des patients, ni des mentions relatives au début, à la fin et à la durée des mesures d'isolement et de contention ;

3°) de mettre à la charge du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- sa requête est recevable ;

- la liberté d'accès aux documents administratifs est au nombre des garanties fondamentales accordées aux citoyens pour l'exercice des libertés publiques ; elle est garantie par l'article 15 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, par l'article 10 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le rapport annuel établi en application de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique et de l'instruction ministérielle du 29 mars 2017 est un document administratif communicable dans son intégralité, sans occultation ;

- le registre des contentions et isolements est un document administratif communicable, sous réserve de l'occultation des données susceptibles de porter atteinte à la vie privée des personnes mentionnées ; l'association demande communication de ce registre sans les mentions permettant d'identifier les personnels de santé ; en revanche, elle a besoin d'obtenir communication du registre sans occultation des identifiants anonymisés des patients ; l'absence de ces éléments rendrait le registre inexploitable et porterait atteinte au droit d'accès aux documents administratifs ; la communication de l'identifiant anonymisé des patients ne porte pas atteinte à la vie privée des patients mais est indispensable pour permettre à l'association de poursuivre son objectif statutaire de défense des patients contre les abus qu'ils peuvent subir en matière d'isolement et de contention ;

- l'identifiant anonymisé du patient doit obligatoirement figurer sur le registre pour que l'objectif de traçabilité institué par le législateur puisse être atteint.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 juin 2021, le Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez, représenté par Me Regnoux, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de l'association CCDH la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable en l'absence de décision préalable ;

- la requête doit être rejetée en l'absence d'identification préalable de l'association requérante ; la personne ayant saisi le centre hospitalier au nom de la CCDH n'a mentionné ni le numéro d'inscription de la CCDH au répertoire national des associations, ni l'adresse du siège de l'association et ne justifie pas de sa qualité de présidente ;

- la saisie par courrier électronique ne présente aucune garantie concernant la sécurisation du transfert des données de l'établissement ;

- l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique prévoit un régime spécial de communication du registre et du rapport annuels devant être établis par les établissements psychiatriques, en mentionnant de manière exhaustive les seules personnes habilitées à prendre connaissance de ces documents ; les dispositions de droit commun de l'article L. 311-1 et suivants du code des relations entre le public et l'administration ne sont pas applicables ;

- en application de l'article L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration, les documents administratifs dont il est demandé communication ne sont pas communicables dès lors que leur communication porterait atteinte à la protection de la vie privée et au secret médical ;

- la communication du registre avec les mentions comportant l'identifiant patient anonymisé n'est pas conforme à l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, qui ne prévoient aucune mention relative aux patients concernés par les mesures de contention et d'isolement,

- la demande de la CCDH revêt un caractère abusif dès lors qu'elle a pour objet de perturber le bon fonctionnement des établissements hospitaliers en charge de dispenser des soins psychiatriques.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration,

- le code de la santé publique,

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné Mme Jordan-Selva, première conseillère, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Après avoir, au cours de l'audience publique, présenté son rapport et entendu et les conclusions de M. Coutier, rapporteur public.

Une note en délibéré présentée par l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " a été enregistrée le 1er juillet 2022.

Considérant ce qui suit :

1. Par un courriel du 18 octobre 2018, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH) a adressé au Centre hospitalier Sainte-Marie situé à Rodez (Aveyron) une demande de communication de la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2017 et du rapport annuel établi au titre de l'année 2017. Le 12 décembre 2018, en l'absence de réponse, l'association CCDH a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs. Celle-ci a rendu le 21 mars 2019 un avis favorable à la communication des documents sollicités sous les réserves prévues aux articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Une décision implicite confirmant le refus de communication initialement opposé à l'intéressée est née à la suite du silence gardé pendant deux mois par le directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez à compter de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs. Par la requête n° 1906771, l'association CCDH demande l'annulation de cette décision.

2. Par un courriel du 16 décembre 2019, l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " (CCDH) a adressé au directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez (Aveyron) une demande de communication de la copie du registre de contention et d'isolement de l'établissement établi pour la période du 1er janvier au 31 décembre 2018 et du rapport annuel établi au titre de l'année 2018. Le 8 mars 2020, en l'absence de réponse, l'association CCDH a saisi la Commission d'accès aux documents administratifs. Celle-ci a rendu le 4 juin 2020 un avis favorable à la communication des documents sollicités sous les réserves prévues aux articles L. 311-5 et L. 311-6 du code des relations entre le public et l'administration. Une décision implicite confirmant le refus de communication initialement opposé à l'intéressée est née à la suite du silence gardé pendant deux mois par le directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez à compter de la saisine de la Commission d'accès aux documents administratifs. Par la requête n° 2100749, l'association CCDH demande l'annulation de cette décision.

3. Les requêtes susvisées sous les nos 1906771 et 2100749 présentées par l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

4. Le Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez est chargé d'une mission de service public pour la prise en charge des patients faisant l'objet de soins sans consentement en psychiatrie. Dans ces conditions, et alors même qu'il ne dispose pas de prérogatives de puissance publique pour l'exercice de cette mission, les documents qu'il produit dans ce cadre doivent en principe être regardés comme des documents administratifs au sens des dispositions de l'article L. 300-2 ci-dessus. Par voie de conséquence, et contrairement à ce que soutient le Centre hospitalier Sainte-Marie, la juridiction administrative est compétente pour connaître des litiges nés de refus de communication par cet organisme de documents administratifs.

Sur la recevabilité des requêtes :

5. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-12 du code des relations entre le public et l'administration : " Le silence gardé par l'administration, saisie d'une demande de communication de documents en application de l'article L. 311-1, vaut décision de refus. " Aux termes de l'article R. 311-13 du même code : " Le délai au terme duquel intervient la décision mentionnée à l'article R. 311-12 est d'un mois à compter de la réception de la demande par l'administration compétente. "

6. Il ressort des pièces du dossier que par deux courriers électroniques adressés à l'adresse direction@rodez-groupe-sainte-marie.com le 18 octobre 2018 à 11h41 et le 16 décembre 2019 à 17h33, la Commission des citoyens pour les droits de l'homme a demandé communication au Centre hospitalier Sainte-Marie des rapports annuels et registres de contention et d'isolement établis au titre des années 2017 et 2018. Il n'est pas établi ni même allégué que l'adresse électronique utilisée par l'association requérante serait erronée. Aucun élément du dossier ne permet de douter de la bonne réception par l'établissement de ces courriers électroniques. Le fait qu'ils ne seraient pas conformes aux prescriptions de l'article R. 112-9-1 du code des relations entre le public et l'administration ne saurait le priver de leur caractère de demande préalable de communication. Par suite, la fin de non-recevoir opposée à cet égard ne peut qu'être écartée.

7. En deuxième lieu, l'article L. 112-8 du code des relations entre le public et l'administration dispose que : " Toute personne, dès lors qu'elle s'est identifiée préalablement auprès d'une administration, peut, dans des conditions déterminées par décret en Conseil d'Etat, adresser à celle-ci, par voie électronique, une demande, une déclaration, un document ou une information, ou lui répondre par la même voie. Cette administration est régulièrement saisie et traite la demande, la déclaration, le document ou l'information sans lui demander la confirmation ou la répétition de son envoi sous une autre forme. " Aux termes de l'article R. 112-9-1 du même code : " Pour exercer son droit de saisir une administration par voie électronique, toute personne s'identifie auprès de cette administration dans le respect des modalités d'utilisation des téléservices définies en application du deuxième alinéa de l'article L. 112-9. A cet effet, elle indique dans son envoi, s'il s'agit d'une entreprise, son numéro d'inscription au répertoire des entreprises et de leurs établissements, s'il s'agit d'une association, son numéro d'inscription au répertoire national des associations et, dans les autres cas, ses nom et prénom et ses adresses postale et électronique. Les modalités peuvent également permettre l'utilisation d'un identifiant propre à la personne qui s'adresse à l'administration ou celle d'autres moyens d'identification électronique dès lors que ceux-ci sont acceptés par l'administration. "

8. Si les courriers électroniques envoyés par la présidente de la CCDH au Centre hospitalier Sainte-Marie le 18 octobre 2018 et le 16 décembre 2019 ne comportaient pas le numéro d'inscription de cette association au répertoire national des associations (RNA), cette seule circonstance est sans incidence sur la possibilité pour le destinataire d'identifier sans ambiguïté l'expéditeur de ces demandes dès lors qu'étaient mentionnées l'adresse postale de l'association requérante, son adresse électronique, son numéro de téléphone et l'adresse de son site internet. Les dispositions précitées de l'article R. 112-9-1 n'excluent d'ailleurs pas l'utilisation d'autres moyens d'identification que le numéro d'inscription au RNA. Par suite, et alors même que la présidente de l'association n'a alors pas justifié de sa qualité, des décisions de refus tacite sont nées du silence gardé sur les demandes formées par voie électronique par l'association.

9. En troisième lieu, comme il résulte notamment des articles L. 300-1 et L. 311-1 du code des relations entre le public et l'administration, l'association n'a pas à se prévaloir d'un intérêt particulier à obtenir communication des documents demandés, notamment pas au regard des prescriptions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique. Aucun défaut d'intérêt à agir ne saurait donc lui être opposé à ce titre.

10. En quatrième et dernier lieu, le refus de communication opposé à l'association CCDH prive cette dernière de la possibilité de prendre connaissance des documents demandés. Par suite, et alors même qu'elle ne justifie pas des conséquences, notamment d'ordre juridique, qu'une telle décision pourrait avoir pour elle, le refus que lui a opposé le Centre hospitalier Sainte-Marie lui fait nécessairement grief. Elle est donc recevable à en demander l'annulation.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

11. D'une part, aux termes de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Le droit de toute personne à l'information est précisé et garanti par les dispositions des titres Ier, III et IV du présent livre en ce qui concerne la liberté d'accès aux documents administratifs. " Aux termes de l'article L. 300-2 du même code : " Sont considérés comme documents administratifs, au sens des titres Ier, III et IV du présent livre, quels que soient leur date, leur lieu de conservation, leur forme et leur support, les documents produits ou reçus, dans le cadre de leur mission de service public, par l'Etat, les collectivités territoriales ainsi que par les autres personnes de droit public ou les personnes de droit privé chargées d'une telle mission. Constituent de tels documents notamment les dossiers, rapports, études, comptes rendus, procès-verbaux, statistiques, instructions, circulaires, notes et réponses ministérielles, correspondances, avis, prévisions et décisions. / () ". Aux termes de l'article L. 311-1 de ce code : " Sous réserve des dispositions des articles L. 311-5 et L. 311-6, les administrations mentionnées à l'article L. 300-2 sont tenues de publier en ligne ou de communiquer les documents administratifs qu'elles détiennent aux personnes qui en font la demande, dans les conditions prévues par le présent livre. " Aux termes de l'article L. 311-6 du même code : " Ne sont communicables qu'à l'intéressé les documents administratifs : 1° Dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée, au secret médical () ; 3° Faisant apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice. " Enfin, aux termes de l'article L. 311-7 de ce code : " Lorsque la demande porte sur un document comportant des mentions qui ne sont pas communicables en application des articles L. 311-5 et L. 311-6 mais qu'il est possible d'occulter ou de disjoindre, le document est communiqué au demandeur après occultation ou disjonction de ces mentions. "

12. Il appartient au juge de l'excès de pouvoir, saisi de moyens en ce sens, de contrôler la régularité et le bien-fondé d'une décision de refus de communication de documents administratifs sur le fondement des articles L. 311-1 et L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration. Pour ce faire, par exception au principe selon lequel le juge de l'excès de pouvoir apprécie la légalité d'un acte administratif à la date de son édiction, il appartient au juge, eu égard à la nature des droits en cause et à la nécessité de prendre en compte l'écoulement du temps et l'évolution des circonstances de droit et de fait afin de conférer un effet pleinement utile à son intervention, de se placer à la date à laquelle il statue.

13. D'autre part, aux termes de l'article L. 3225-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable à la date du présent jugement : " () / III. - Un registre est tenu dans chaque établissement de santé autorisé en psychiatrie et désigné par le directeur général de l'agence régionale de santé pour assurer des soins psychiatriques sans consentement en application du I de l'article L. 3222-1. Pour chaque mesure d'isolement ou de contention, ce registre mentionne le nom du psychiatre ayant décidé cette mesure, un identifiant du patient concerné ainsi que son âge, son mode d'hospitalisation, la date et l'heure de début de la mesure, sa durée et le nom des professionnels de santé l'ayant surveillée. Le registre, établi sous forme numérique, doit être présenté, sur leur demande, à la commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires. / L'établissement établit annuellement un rapport rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention, la politique définie pour limiter le recours à ces pratiques et l'évaluation de sa mise en œuvre. Ce rapport est transmis pour avis à la commission des usagers prévue à l'article L. 1112-3 et au conseil de surveillance prévu à l'article L. 6143-1. "

14. En premier lieu, les dispositions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, citées au point précédent, qui prévoient, d'une part, que le registre de contention et d'isolement doit être présenté, sur leur demande, à la Commission départementale des soins psychiatriques, au Contrôleur général des lieux de privation de liberté ou à ses délégués et aux parlementaires et, d'autre part, que le rapport annuel rendant compte de ces pratiques est transmis pour avis à la Commission des usagers et au Conseil de surveillance de l'établissement, n'ont ni pour objet ni pour effet de soustraire ces documents aux règles du code des relations entre le public et l'administration régissant le droit d'accès aux documents administratifs.

15. Le rapport annuel et le registre des mesures d'isolement et de contention, qui sont prévus par les dispositions de l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, et établis et détenus par les établissements de santé dans le cadre de leur mission de service public, constituent des documents administratifs au sens de l'article L. 300-2 du code des relations entre le public et l'administration. Par suite, ces documents sont soumis au droit d'accès prévu à l'article L. 311-1 de ce code, sous les réserves prévues aux articles L. 311-5 et L. 311-6 de ce code.

16. Le registre des mesures d'isolement et de contention et le rapport annuel rendant compte de ces pratiques sont communicables à toute personne qui en fait la demande, sans que cette personne ait à justifier d'un intérêt particulier à obtenir communication de tels documents, après, conformément à l'article L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, occultation des mentions dont la communication porterait atteinte à la protection de la vie privée de personnes physiques, du secret médical ou qui feraient apparaître le comportement d'une personne, dès lors que la divulgation de ce comportement pourrait lui porter préjudice, telles que les éléments permettant d'identifier les patients concernés. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la mention de l'identifiant anonymisé des patients permettrait de les identifier et, ainsi, pourrait porter atteinte à la protection de leur vie privée, au secret médical ou pourrait faire apparaître leur comportement et, ce faisant, pourrait leur porter préjudice. Cet identifiant non nominatif doit être distingué d'un " identifiant permanent du patient ", dit A, mention dont l'occultation s'impose. En outre, les mentions des dates, heures et durées des mesures d'isolement et de contention ne sont pas au nombre de celles dont, par application de l'article L. 311-7 du code des relations entre le public et l'administration, les articles L. 311-5 et L. 311-6 de ce code permettent l'occultation ou la disjonction.

17. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 311-2 du code des relations entre le public et l'administration : " () L'administration n'est pas tenue de donner suite aux demandes abusives, en particulier par leur nombre ou leur caractère répétitif ou systématique. "

18. Il ne ressort pas des pièces des dossiers que les demandes adressées au Centre hospitalier Sainte-Marie auraient eu pour objet ou pour effet de perturber son fonctionnement ou de faire peser sur cet établissement une charge disproportionnée au regard des moyens dont il dispose. La circonstance que l'association requérante manifeste une hostilité notoire, non pas seulement aux modalités de la prise en charge hospitalière de la psychiatrie mais, en réalité, au principe même de cette prise en charge, n'est pas de nature à la priver du droit à la communication de ces documents qu'elle tient de l'article L. 300-1 du code des relations entre le public et l'administration. La demande de la CCDH ne revêt dès lors pas un caractère abusif.

19. En troisième lieu, il ressort des pièces des dossiers que l'association requérante renonce à connaître l'identité des professionnels de santé figurant sur le registre. Dans ces conditions, les documents sollicités devront être communiqués après occultation du nom des personnels soignants.

20. En quatrième et dernier lieu, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que le rapport annuel contiendrait des mentions dont la divulgation serait protégée par l'une ou l'autre des dispositions du livre III du code des relations entre le public et l'administration.

21. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens des requêtes, que l'association CCDH est fondée à demander l'annulation des décisions par lesquelles le directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez a refusé de lui communiquer les rapports annuels et les registres des mesures d'isolement et de contention au titre des années 2017 et 2018, sous réserve toutefois, d'une part, de l'occultation des données concernant les personnels de santé et, d'autre part, en ce qui concerne les patients, que le document ne contienne que les données personnelles prévues par l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

22. L'exécution du jugement implique nécessairement qu'il soit enjoint au Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez de communiquer à l'association requérante, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement, d'une part, une copie des registres des mesures d'isolement et de contention établi pour les périodes du 1er janvier au 31 décembre 2017 et du 1er janvier au 31 décembre 2018 et, d'autre part, une copie des rapports rendant compte des pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention établi pour les années 2017 et 2018 par l'établissement, dans les conditions et sous les réserves mentionnées au point 21 du présent jugement. Pour le cas où les registres seraient assortis d'identifiants anonymisés des patients, leur communication comportera mention de ces identifiants. Pour le cas où, en dépit des énonciations de l'instruction ministérielle du 29 mars 2017 dont l'annexe 1 prévoit que le registre comporte pour chaque mesure un " identifiant patient ", ils ne seraient pas assortis de tels identifiants, dont l'article L. 3222-5-1 du code de la santé publique, dans sa rédaction applicable avant 2021, n'imposait pas la mention, cette communication ne comportera pas mention de tels identifiants. Elle ne comportera pas davantage la mention d'un quelconque identifiant nominatif d'un quelconque patient. Si l'association requérante soutient que la mention d'un identifiant anonymisé est indispensable à l'exploitation d'un tel registre, une telle circonstance est néanmoins sans influence sur l'étendue du droit à communication résultant des dispositions rappelées au point 11 du présent jugement, qui n'imposent pas à l'administration de porter sur les documents communicables qu'elle a établis des mentions qu'elle n'avait pas, lors de cet établissement, l'obligation légale d'y faire figurer. Dès lors l'association requérante demande que la communication à lui faire de ces registres et de ces rapports ne comporte pas les noms des professionnels de santé, cette communication ne comportera pas mention de ces noms, tant en ce qui concerne le registre qu'en ce qui concerne, en tout état de cause, le rapport. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

23. En premier lieu, l'association requérante n'établit pas avoir exposé des frais au titre des dépens de l'instance. Les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées comme étant dépourvues d'objet.

24. En second lieu, aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

25. Ces dispositions font obstacle à ce que la somme demandée à ce titre par le Centre hospitalier Sainte-Marie soit mise à la charge de l'association CCDH qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez la somme de 1 000 euros à verser à l'association requérante au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les décisions implicites par lesquelles le directeur du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez a maintenu son refus de communiquer la copie des registres de contention et d'isolement de l'établissement établis du 1er janvier au 31 décembre 2017 et du 1er janvier au 31 décembre 2018 ainsi que les rapports annuels établis pour les années 2017 et 2018 relatifs aux pratiques d'admission en chambre d'isolement et de contention au sein de cet établissement, sont annulées.

Article 2 : Il est enjoint au Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez de procéder à la communication à l'association CCDH des documents visés à l'article 1er selon les modalités prévues aux points 21 et 22 du présent jugement, dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez versera à l'association CCDH la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 5 : Les conclusions du Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à l'association " Commission des citoyens pour les droits de l'homme " et au Centre hospitalier Sainte-Marie de Rodez.

Copie en sera adressée à la Commission d'accès aux documents administratifs.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 juillet 2022.

La magistrate désignée,

S. JORDAN-SELVA

La greffière,

S. SORABELLA

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

Nos 1906771, 2100749

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