vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2000805 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | ANTOINE SOLANS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 11 février 2020 et le 6 août 2021, M. C B, représenté par Me Solans, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 25 mars 2019 portant refus de renouvellement de son contrat à durée déterminée au sein des services de la commune de et la décision implicite du maire de cette commune rejetant son recours gracieux en date du 14 octobre 2019 à l'encontre de cette décision ;
2°) de condamner la commune de au paiement de la somme de 100 000 euros à titre de réparation des préjudices financiers et moraux causés par la décision du 25 mars 2019, ainsi que la somme de 3 541,80 euros bruts à titre d'indemnité compensatrice de préavis et une somme de 10 % de ce même montant au titre de l'indemnité compensatrice de congés payés, enfin la somme de 7 083,60 euros à titre d'indemnité de licenciement ;
3°) de mettre à la charge de la commune de une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision n'est pas motivée ;
- dès lors qu'il a exercé les mêmes fonctions pendant six années, il était en droit de voir son contrat requalifié en contrat à durée indéterminée et la décision est entachée d'excès de pouvoir car elle constitue en réalité un licenciement ;
- ce licenciement est infondé ;
- la commune a commis une faute en procédant à ce licenciement illégal ;
- la commune a commis une faute en se dispensant de lui verser les indemnités de fin de contrat dues en cas de licenciement.
Par deux mémoires en défense, enregistrés respectivement les 18 mai 2020 et 6 octobre 2021, la commune de , représentée par Me Boissy, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de M. B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par ordonnance du 7 octobre 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 8 novembre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 2005-843 du 25 juillet 2005 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grimaud, rapporteur,
- les conclusions de Mme Namer, rapporteure publique,
- et les observations de Me Solans, représentant M. B, et de Me Chevalier, substituant Me Boissy, représentant la commune de .
Considérant ce qui suit :
1. M. B a été recruté en qualité d'adjoint administratif de 2ème classe non titulaire à mi-temps par la commune de par arrêté du 27 mai 2011. Différents arrêtés ont ensuite été pris par le maire de cette commune pour procéder au renouvellement du contrat de l'intéressé, jusqu'au 13 mai 2013, date à laquelle M. B a signé un contrat à durée déterminée en qualité, selon les termes mêmes de ce contrat, de " webmaster-responsable du service vidéo, catégorie B, non titulaire ". Par la suite, le requérant et la commune ont conclu différents contrats à durée déterminée courant, pour le dernier, jusqu'au 31 mai 2019. Le 28 février 2019, M. B a été convoqué à un entretien visant à lui expliquer les raisons du non-renouvellement de son contrat à durée déterminée. Le 25 mars 2019, le maire a notifié à M. B le non-renouvellement de son contrat et la fin de ses fonctions au 31 mai 2019. M. B a, le 14 octobre 2019, présenté à la commune un recours gracieux doublé d'une demande préalable tendant au retrait de la décision de non-renouvellement de son dernier contrat à durée déterminée ainsi qu'au versement d'une indemnité de 100 000 euros au titre des dommages et intérêts subis. Cette demande a été reçue le 22 octobre 2019 et n'a fait l'objet d'aucune réponse, ce qui a fait naître une décision implicite de rejet en date du 22 décembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article 3-4 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, en vigueur à la date de la décision litigieuse : " II. Tout contrat conclu ou renouvelé pour pourvoir un emploi permanent en application de l'article 3-3 avec un agent qui justifie d'une durée de services publics de six ans au moins sur des fonctions relevant de la même catégorie hiérarchique est conclu pour une durée indéterminée. La durée de six ans mentionnée au premier alinéa du présent II est comptabilisée au titre de l'ensemble des services accomplis auprès de la même collectivité ou du même établissement dans des emplois occupés sur le fondement des articles 3 à 3-3 à l'exception de ceux qui le sont au titre du II de l'article 3. Elle inclut, en outre les services effectués au titre du deuxième alinéa de l'article 25 s'ils l'ont été auprès de la collectivité ou de l'établissement l'ayant ensuite recruté par contrat. Pour l'appréciation de cette durée, les services accomplis à temps non complet et à temps partiel sont assimilés à des services effectués à temps complet. Les services accomplis de manière discontinue sont pris en compte, sans réserve que la durée des interruptions entre deux contrats n'excède pas quatre mois. Lorsqu'un agent remplit les conditions d'ancienneté mentionnées aux deuxième à quatrième alinéas du présent II avant l'échéance de son contrat en cours, les parties peuvent conclure d'un commun accord un nouveau contrat, qui ne peut être qu'à durée indéterminée. En cas de refus de l'agent de conclure un nouveau contrat, l'agent est maintenu en fonctions jusqu'au terme du contrat à durée déterminée en cours ".
3. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. B a, dans un premier temps, été engagé, à partir de 2011 par cinq arrêtés successifs, en qualité d'adjoint administratif de 2ème classe non titulaire à mi-temps puis à temps complet par arrêté pris sur le fondement du deuxième alinéa de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984, c'est-à-dire, pour les trois premiers contrats, en vertu de la rédaction alors en vigueur de cette loi, pour faire face à des besoins saisonniers ou occasionnels et, pour les deux derniers contrats, en vertu de la version de ce texte résultant de la loi du 12 mars 2012, afin de faire face à un accroissement temporaire d'activité. M. B a ensuite été recruté, à compter du 1er juin 2013 en qualité de " webmaster-responsable du service vidéo, catégorie B, non titulaire " par deux contrats à durée déterminée pris sur le fondement du 1° de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, d'une durée de trois ans chacun.
4. Il résulte de ce qui précède que M. B a exercé du 1er juin 2013 au 31 mai 2019, date de fin de son emploi par les services de la commune de sur des fonctions stables, relevant de la même catégorie hiérarchique, et pourvues en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984. S'il est vrai que la durée totale de ces deux contrats n'excède pas six ans, il ressort en revanche des pièces du dossier que, durant la période ayant couru de 2011 à 2013, les missions du requérant, qui consistaient en la mise à jour, l'enrichissement et le graphisme du site internet communal, la réalisation de photos et de mini-reportages pour mise en ligne sur le site de la commune, la couverture de l'évènementiel par tout moyen approprié (photographies, vidéos, etc.), les liens avec le service communication pour les articles du relatif à l'évènementiel et à la vie des services, étaient similaires à celles qui lui ont échu à partir de 2013, qui impliquaient l'administration du site internet communal sous la responsabilité du responsable du service communication, la collaboration avec le service communication, la responsabilité du service vidéo, la participation à la modernisation des équipements de matériel son et lumière de la commune. Ainsi, bien que l'emploi budgétaire sur lequel était recruté l'intéressé jusqu'en juin 2013 relevait de la catégorie C, les pièces versées au dossier attestent d'une réelle continuité entre les fonctions que le requérant exerçait avant et après le 1er juin 2013, comme en attestent d'ailleurs la réalisation de différentes vidéos pour couvrir les évènements de la commune avant l'été 2013, période au cours de laquelle le requérant a réalisé neuf vidéos pour l'année 2011, dix-huit vidéos pour l'année 2012 et sept vidéos pour l'année 2013. Au demeurant, les comptes rendus des entretiens professionnels de M. B qu'il a versés au dossier, signés du maire, du directeur général des services et de la directrice de la communication mentionnent que l'intéressé occupe le poste de " webmaster, chargé de communication et culture ", précisent que le poste est classé en catégorie B et indiquent, à la rubrique " date d'entrée dans le poste ", une entrée en fonctions le 1er juin 2012. Dans ces conditions, M. B doit être regardé comme ayant exercé les mêmes fonctions, relevant de la même catégorie hiérarchique, et pourvues en application de l'article 3-3 de la loi du 26 janvier 1984, pendant l'ensemble du déroulement de ses contrats, de 2011 à 2019. Il est donc fondé à soutenir que le dernier contrat à durée déterminée qu'il a conclu avec la commune constituait, en application des dispositions citées aux points précédents, un contrat à durée indéterminée.
5. Il résulte de ce qui précède que la décision du 25 mars 2019 portant refus de renouvellement du contrat à durée déterminée du requérant doit être regardé comme constituant en réalité un licenciement intervenu au cours de l'exécution d'un contrat à durée indéterminée. M. B est dès lors fondé à soutenir que cette décision, qui devait être motivée, est illégale faute de l'avoir été.
6. En second lieu, si M. B peut être regardé comme invoquant le caractère infondé de son licenciement, il ne remet expressément en cause ni la réalité, ni le bien-fondé du motif de licenciement invoqué par la commune, qui invoque des contraintes budgétaires. Ce moyen, tel qu'il est soulevé par le requérant, ne peut donc être qu'écarté.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la faute tirée de l'illégalité du licenciement :
7. Si le maire de a entaché la décision de licenciement d'une illégalité externe en ne motivant pas cette décision, la commune fait valoir, sans être sérieusement contredite par M. B, que ce licenciement était justifié par la situation budgétaire et la suppression de l'emploi du requérant, motif qui n'est pas contesté et pouvait fonder la décision attaquée. Par suite, l'illégalité dont la décision attaquée est entachée, si elle constitue une faute, n'est pas de nature à ouvrir à M. B un droit à indemnité.
En ce qui concerne la faute tirée de l'illégalité de la privation des indemnités de licenciement :
8. Il résulte des dispositions des articles 5 et 43 du décret du 15 février 1988 que M. B, qui n'a pas été licencié à titre disciplinaire, est fondé à demander une indemnité de licenciement et, dans l'hypothèse où il n'aurait pu prendre l'intégralité de ses congés pour des motifs imputables à l'autorité territoriale avant la fin de ses fonctions, une indemnité compensatrice de congés payés. Il y a lieu par suite de condamner la commune de à lui verser les sommes représentatives de ces indemnités, dans la limite des conclusions présentées par le requérant, et de renvoyer l'intéressé devant la commune pour liquidation de ces indemnités.
9. En revanche, l'article 40 du décret du 15 février 1988 ne prévoyant pas d'indemnité compensatrice dans l'hypothèse où le préavis de licenciement n'est pas exécuté, la demande présentée par M. B sur ce point doit être rejetée.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision du 25 mars 2019 prononçant son licenciement, la condamnation de la commune de à lui verser l'indemnité de licenciement prévue à l'article 43 du décret du 15 février 1988 et, dans l'hypothèse où il n'aurait pu prendre l'intégralité de ses congés pour des motifs imputables à l'autorité territoriale avant la fin de ses fonctions, la condamnation de la commune de à lui verser l'indemnité compensatrice de congés payés prévue à l'article 5 du décret du 15 février 1988. Le surplus des conclusions de sa requête doit en revanche être rejeté.
Sur les frais relatifs au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative s'opposent à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de M. B, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, au titre des frais exposés par la commune de et non compris dans les dépens. Il y a lieu en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la commune de , une somme de 1 500 euros à verser à M. B en application de ces mêmes dispositions.
D E C I D E:
Article 1er : La décision en date du 25 mars 2019 et la décision implicite rejetant le recours gracieux de l'intéressé sont annulées.
Article 2 : La commune de versera à M. B l'indemnité de licenciement prévue à l'article 43 du décret du 15 février 1988 et, dans l'hypothèse où il n'aurait pu prendre l'intégralité de ses congés pour des motifs imputables à l'autorité territoriale avant la fin de ses fonctions, l'indemnité compensatrice de congés payés prévue à l'article 5 du décret du 15 février 1988.
Article 3 : La commune de versera à M. B la somme de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et à la commune de .
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Le Fiblec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.
L'assesseur le plus ancien,
M. BERNOS
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD La greffière,
M. A
La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026