vendredi 29 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Toulouse |
| Section | Tribunal Administratif de Toulouse |
| N° Dossier | TA31-2001276 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET EICHENHOLC |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 6 mars 2020 et le 18 décembre 2020, Mme E B et M. D C, représentés par Me Eichenholc, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 septembre 2019 par lequel le maire de la commune de Lagrave a refusé de leur délivrer un permis de construire sur un terrain sis , ensemble la décision en date du 9 janvier 2020 rejetant leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la commune de Lagrave de procéder à une nouvelle instruction de leur demande de permis de construire dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de la commune de Lagrave une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Ils soutiennent que :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme car le refus n'est pas proportionné au risque considéré ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme car la construction n'est pas de nature à porter atteinte à l'intérêt du site ;
- la décision méconnaît les dispositions de l'article U3-11 du plan local d'urbanisme de la commune de Lagrave en ce que le maire de Lagrave s'est estimé lié par l'avis de l'architecte des bâtiments de France.
Par un mémoire en défense, enregistré le 27 mars 2020, la commune de Lagrave, représentée par Me Gil, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que les moyens soulevés par Mme B et M. C ne sont pas fondés.
Par un courrier en date du 21 juin 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de la méconnaissance du champ d'application de la loi par l'arrêté attaqué dès lors qu'en présence des dispositions de l'article 11 du plan local d'urbanisme, qui sont plus précises que celles de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme, le refus de permis de construire ne pouvait se fonder que sur les dispositions du plan local d'urbanisme en ce qui concerne le motif tiré de l'insertion du projet dans son environnement (CE, 20 avril 2005, Sté Bouygues Télécom, n° 248233).
Une réponse à ce moyen d'ordre public présentée pour la commune de Lagrave a été enregistrée le 27 juin 2022 et n'a pas été communiquée.
Par ordonnance du 11 janvier 2021, la clôture d'instruction a été fixée, en dernier lieu, au 25 janvier 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Grimaud, président, rapporteur,
- les conclusions de Mme Namer, rapporteure publique,
- et les observations de Me Cyriaque, substituant Me Eichenholc, représentant Mme B et M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C et Mme E B ont déposé, le 10 juillet 2019, une demande de permis de construire valant permis de démolir en vue de l'édification d'une maison à usage d'habitation sur les parcelles , à Lagrave. Par un arrêté en date du 24 septembre 2019, le Maire de Lagrave a refusé de délivrer le permis de construire demandé au motif, d'une part, de l'accumulation de risques sur le terrain d'assiette du projet et, d'autre part, de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article U3-11 du plan local d'urbanisme de la commune. A la suite de ce refus, M. C et Mme B ont formulé un recours gracieux le 19 novembre 2019, demandant le réexamen de leur demande de permis de construire. Par un courrier en date du 9 janvier 2020, le maire de Lagrave a rejeté ce recours gracieux.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales s'il est de nature à porter atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique du fait de sa situation, de ses caractéristiques, de son importance ou de son implantation à proximité d'autres installations ". Il appartient à l'autorité d'urbanisme compétente et au juge de l'excès de pouvoir, pour apprécier si les risques d'atteinte à la salubrité ou à la sécurité publique justifient un refus de permis de construire sur le fondement de ces dispositions, de tenir compte tant de la probabilité de réalisation de ces risques que de la gravité de leurs conséquences, s'ils se réalisent.
3. Eu égard à l'objet et à la portée des dispositions de l'article R. 111-2 du code de l'urbanisme, pour apprécier si les atteintes à la salubrité ou à la sécurité publique sont de nature à justifier un refus de permis de construire, l'autorité compétente doit tenir compte, le cas échéant, de l'effet cumulé des différents risques et nuisances auxquels serait exposée la construction projetée, même s'ils ne sont pas directement liés entre eux. Cette exigence s'impose particulièrement dans le cas où la construction est destinée à l'habitation. L'autorité saisie est fondée à refuser le permis sollicité dès lors que l'addition de ces risques ou nuisances serait de nature à compromettre gravement les conditions et le cadre de vie des futurs occupants quand bien même aucun d'entre eux ne serait de nature, à lui seul, à justifier ce refus.
4. Il ressort des pièces du dossier que le projet objet de la demande de Mme B et de M. C se situe dans la zone bleue du plan de prévention du risque inondation du Tarn aval ainsi que dans la zone de précaution du plan de prévention du risque de mouvements de terrain et d'effondrement des berges du Tarn. Si le classement ainsi donné aux parcelles en cause n'interdit pas par lui-même l'édification de constructions, il ressort également des pièces du dossier, et notamment des plans de la construction envisagée, qui est à destination d'habitation, que celle-ci, d'une hauteur de 6,32 m, est adossée sur toute sa longueur au talus surplombant la berge du Tarn, couronné par la route de , qui correspond au sol de son niveau R + 1, situé à 2,60 mètres au-dessus de la berge du Tarn. Le niveau bas de la maison, accolé au sous-sol de la route de , par un mur de soutènement, est quant à lui situé directement sur la rive du Tarn, à 2,60 mètres en contrebas de la route. La construction est par ailleurs implantée à seulement trois mètres d'une pente légère descendant vers le bord du Tarn, dont elle n'est séparée que par un différentiel d'altitude d'environ un mètre au-dessus du niveau normal de la rivière.
5. Dans ces conditions, eu égard à la configuration de la construction et à la concentration de risques d'inondation et de mouvements de terrain énumérés au point précédent à laquelle les occupants de la future construction seraient exposés et qui est de nature à compromettre gravement leurs conditions et cadre de vie, sans qu'il puisse y être efficacement remédié par des prescriptions spéciales, le maire, nonobstant le caractère hypothétique de ces risques et le caractère modéré de chacun des aléas pris séparément, n'a pas, dans les circonstances particulières de l'espèce, commis d'erreur d'appréciation en refusant de délivrer le permis de construire sollicité au motif du cumul des risques allégués.
6. En deuxième lieu, l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme prévoit que : " Le projet peut être refusé ou n'être accepté que sous réserve de l'observation de prescriptions spéciales si les constructions, par leur situation, leur architecture, leurs dimensions ou l'aspect extérieur des bâtiments ou ouvrages à édifier ou à modifier, sont de nature à porter atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants, aux sites, aux paysages naturels ou urbains ainsi qu'à la conservation des perspectives monumentales ".
7. La commune de Lagrave est couverte par un plan local d'urbanisme, lequel comporte, pour la zone U3 où se situe le terrain d'assiette du projet, un article 11 relatif à l'insertion paysagère. Si le plan local d'urbanisme applicable à la date de l'arrêté litigieux n'est pas versé au dossier, il ressort du troisième motif de la décision contestée fondé sur cet article 11 de la zone U3, que les dispositions du plan local d'urbanisme applicable en sont assez précises, ce qui indique l'existence, dans ce document, de dispositions ayant le même objet que celles de l'article R. 111-27 et qui posent des exigences qui ne sont pas moindres. Il convenait donc d'appliquer les dispositions du plan local d'urbanisme et non celles du règlement national d'urbanisme et c'est par suite au prix d'une erreur de droit tirée de la méconnaissance du champ d'application de la loi que le maire de Lagrave a opposé l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme au projet dans le deuxième motif de l'arrêté, qui ne pouvait donc fonder celui-ci.
8. En outre et en tout état de cause, il ressort des pièces versées au dossier que le projet est situé dans une zone urbanisée sans unité architecturale qui, s'il s'inscrit dans le périmètre du site classé de Sainte-Sigolène, est situé hors du champ de visibilité dudit site classé. Dans ces conditions, la construction projetée ne peut être regardée, sans commettre d'erreur d'appréciation, comme portant atteinte au caractère ou à l'intérêt des lieux avoisinants.
9. En troisième lieu, l'article U3-11 du plan local d'urbanisme de la commune de Lagrave, tel que résultant de la formulation de la décision contestée, dispose que " des toitures de type contemporain (terrasses végétales, etc) pourront être autorisées dès lors qu'elles s'intègrent dans le milieu environnant " et que " les toitures terrasses pourront être autorisées dans le cas de la réalisation de panneaux photovoltaïques, à condition qu'un tiers de la toiture soit concernée par les panneaux ".
10. Il ressort des termes de la décision contestée qu'il existe deux exceptions à l'obligation de toitures traditionnelles, à savoir, d'une part, l'intégration harmonieuse d'un autre type de toiture dans le milieu environnant et, d'autre part, le cas d'installations de panneaux solaires en toiture à condition que ceux-ci couvrent un tiers de la toiture concernée. En l'espèce, comme énoncé précédemment la construction projetée s'inscrit dans le périmètre de protection du site de Sainte-Sigolène et, à ce titre, un avis défavorable de l'architecte des bâtiments de France a été émis. Toutefois, d'une part, le projet étant hors du champ de visibilité de ce site archéologique, le maire de Lagrave n'était pas lié par cet avis, et d'autre part, les prescriptions du plan local d'urbanisme relatives à l'interdiction des panneaux photovoltaïques en toiture, qui doivent être regardées comme applicables aux seules constructions en situation de covisibilité avec les monuments classés, ne s'appliquaient pas au projet. Dans ces conditions et au vu des caractéristiques des lieux environnants, le maire de la commune de Lagrave a commis une erreur de droit en s'estimant lié par l'avis de l'architecte des bâtiments de France et une inexacte application de l'article U3-11 du plan local d'urbanisme.
11. S'il résulte de ce qui précède que les motifs tirés de la méconnaissance par le projet des dispositions de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article U3-11 du plan local d'urbanisme sont infondés, il résulte de l'instruction que le maire de Lagrave aurait pris la même décision en se fondant sur le seul motif tiré de l'existence d'un cumul des risques sur le terrain d'assiette du projet, qui était de nature à fonder la décision attaquée. Dès lors, l'existence des motifs tirés de la méconnaissance de l'article R. 111-27 du code de l'urbanisme et de l'article U3-11 du plan local d'urbanisme, bien qu'entachés d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, est sans incidence sur la légalité de l'acte.
12. Il résulte de tout ce qui précède que Mme B et M. C ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 24 septembre 2019 rejetant leur demande de permis de construire et de la décision rejetant leur recours gracieux contre cet arrêté. Leur requête doit donc être rejetée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
13. Le présent jugement, dès lors qu'il rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme B et M. C, n'implique la prescription d'aucune mesure d'exécution. Les conclusions présentées à cette fin par les requérants doivent dès lors être rejetées.
Sur les frais relatifs au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Lagrave, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu par ailleurs, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de Mme B et M. C le versement à la commune de Lagrave de la somme qu'elle demande au même titre.
15. La présente instance n'ayant donné lieu à aucun dépens, les conclusions présentées par les requérants au titre de l'article R. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme B et de M. C est rejetée.
Article 2 : Les conclusions de la commune de Lagrave tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme E B et M. D C, et à la commune de Lagrave.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2022, à laquelle siégeaient :
M. Grimaud, président,
M. Bernos, premier conseiller,
M. Le Fiblec, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 juillet 2022.
L'assesseur le plus ancien,
M. BERNOS
Le président, rapporteur,
P. GRIMAUD La greffière,
M. A
La République mande et ordonne à la préfète du Tarn en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme :
La greffière en chef,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026