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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001530

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001530

vendredi 21 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001530
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantCARCY-GILLET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mars 2020 et 14 février 2022, la société civile immobilière (SCI) GALP, représentée par Me Gillet, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté du 28 janvier 2020 par lequel le maire de Toulouse a accordé à la société AIB Patrimoine un permis de construire modificatif en vue de la construction d'un immeuble d'habitation et de bureaux au 23, rue des couteliers à Toulouse ;

2°) de rejeter les conclusions de la société AIB Patrimoine présentées sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;

3°) de mettre solidairement à la charge de la société AIB Patrimoine et de la commune de Toulouse le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

S'agissant des moyens soulevés au soutien de sa requête :

- elle justifie d'un intérêt à agir ;

- le permis de construire modificatif attaqué autorise un changement de l'implantation de l'immeuble de 25 centimètres sans qu'ait été justifié le respect des dispositions de l'article 1-2 du chapitre 2 du sous-titre 3 du règlement écrit du plan local d'urbanisme intercommunal tenant lieu de programme local de l'habitat (PLUiH) de Toulouse Métropole relatives à l'implantation en limite séparative, faute notamment de production d'un plan dressé par un géomètre-expert ;

- il méconnaît les dispositions de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme, dès lors que ce décalage de 25 centimètres de l'immeuble projeté n'a pas été soumis à l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ;

- il entraîne une remise en cause de la conception générale du projet ;

- il méconnaît les dispositions du paragraphe 2 de la section 4 de la sous-section III du titre 1 du règlement écrit du PUiH dès lors qu'il prévoit une surface de stationnement insuffisante au regard du nombre de logements et de la surface de bureaux ;

S'agissant des conclusions reconventionnelles présentées par la société AIB Patrimoine :

- son recours contre le permis de construire modificatif du 28 janvier 2020 n'est pas abusif ;

- la société AIB Patrimoine ne justifie pas de la réalité de son préjudice.

Par un mémoire enregistré le 5 janvier 2021, la société AIB Patrimoine, représentée par Me Dalmayrac, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 5 000 euros soit mise à la charge de la SCI GALP sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens ne sont pas fondés ;

- dans l'hypothèse où le tribunal estimerait un moyen fondé, il pourra faire application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par un mémoire distinct, enregistré le 6 janvier 2021, la société AIB Patrimoine, représentée par Me Dalmayrac, demande au tribunal :

1°) de condamner la SCI GALP à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de dommages et intérêts sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme ;

2°) de mettre à la charge de la SCI GALP la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- les moyens soulevés par la SCI GALP sont infondés ou irrecevables, le recours de cette dernière n'ayant d'autre finalité que d'influer sur le procès opposant les deux sociétés devant le juge judiciaire ;

- ce recours lui cause un préjudice dès lors qu'il vise à influer sur une décision à venir du juge judiciaire et l'empêche de mener à bien son projet d'aménagement de la parcelle à construire.

Par des mémoires enregistrés les 3 mars 2021 et 10 juillet 2022, la commune de Toulouse, représentée par Me Lherminier, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge de la SCI GALP sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- à titre principal, la requête est irrecevable faute pour la société requérante de justifier d'un intérêt à agir ;

- à titre subsidiaire, les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- dans l'hypothèse où le tribunal estimerait un moyen fondé, il fera application des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Par une ordonnance du 29 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme,

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. A,

- les conclusions de M. Leymarie, rapporteur public,

- les observations de Me Gillet, représentant la SCI GALP, celles de Me Trouvé, représentant la société AIB Patrimoine et celles de Me Le Fustec, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 4 avril 2016, le maire de Toulouse a délivré à la société Letellier Développement un permis de construire en vue de la construction d'un immeuble à usage mixte d'habitation et de bureaux, d'une surface totale de plancher de 988 m², au numéro 23 de la rue des couteliers. Le 24 mai 2017, un premier permis de construire modificatif a autorisé le changement de destination d'une partie des bureaux en locaux à usage d'habitation. Par un arrêté du 17 juillet 2017, le permis initial et le permis modificatif ont été transférés à la société AIB Patrimoine. Par un arrêté du 28 janvier 2020, le maire de Toulouse a accordé à cette dernière un permis de construire modificatif portant sur la modification de l'implantation du bâtiment, la modification de cinq des six façades, le remplacement des garde-corps, la modification d'un puits de jour par la création d'un plancher intermédiaire et l'abaissement de la surface totale de plancher à 985 m². Par la présente requête, la SCI GALP demande au tribunal d'annuler ce dernier arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, le sous-titre 3 du titre 1 de la partie 3 du règlement écrit du PLUiH de Toulouse Métropole, alors en vigueur, impose, en secteur UM1-3, une " implantation obligatoire du bâti sur les limites séparatives ". Le paragraphe 1 de la section 1 du chapitre 2 ajoute que " 1- Toute construction doit être implantée : / () 1.2- en continuité d'une limite séparative latérale à l'autre ".

3. D'une part, contrairement à ce que soutient la société requérante, le plan de division de la copropriété du 17 rue des couteliers, dressé par un géomètre-expert, figure au dossier de demande de permis de construire modificatif en litige, comme en atteste le cachet de la mairie daté du 22 janvier 2020 apposé sur ce document.

4. D'autre part, il n'est pas contesté que l'emprise du bâtiment central du projet présente un décalage apparent d'environ 25 centimètres par rapport à la limite séparative sud, qui sépare la parcelle en litige de celle de la copropriété du 17 rue des couteliers. Il apparaît toutefois, comme le pétitionnaire s'en est justifié auprès du service instructeur de la commune de Toulouse et dans ses écritures en défense, et ainsi qu'il ressort de la lecture combinée du plan de géomètre cité au point précédent et du plan de masse " après modifications ", joints au dossier de demande de permis de construire modificatif n° 2, que cet écart s'explique par la présence d'un mur mitoyen, auquel il n'est pas contesté que le bâtiment en litige est accolé. Or, dès lors que la nouvelle construction jouxte ce mur mitoyen, elle doit être regardée comme implantée en limite séparative.

5. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions rappelées au point 2 ne peut qu'être écarté.

6. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ".

7. La modification de l'implantation du bâtiment central, mise en évidence par le service instructeur de la ville de Toulouse le 21 janvier 2020, est peu significative au regard du projet pris dans son ensemble et n'affecte ni l'aspect extérieur des façades sur rue, ni leur alignement, ni la hauteur du bâtiment. Par suite, l'architecte des Bâtiments de France aurait rendu le même avis s'il s'était prononcé au vu des échanges entre le service instructeur de la ville de Toulouse et le pétitionnaire explicitant le décalage d'environ 25 centimètres évoqué précédemment. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme ne peut donc qu'être écarté.

8. En troisième lieu, le permis de construire modificatif contesté porte, outre sur ce décalage de 25 centimètres, sur le remplacement de gardes corps, la modification d'un puits de jour, la réalisation d'une ouverture et la suppression de deux autres, la modification de l'enduit d'une partie de l'immeuble, l'abaissement de la surface destinée à l'habitation de 3 m² et enfin la suppression de volets et fenêtres. De telles modifications ne sont pas d'une ampleur suffisante, au regard du projet pris dans son ensemble, pour remettre en cause sa conception générale. Le moyen tiré de ce que la décision attaquée excèderait le champ d'application d'un permis de construire modificatif, à le supposer même recevable au regard de l'article R. 600-5 du code de l'urbanisme, ne peut donc qu'être écarté.

9. En quatrième et dernier lieu, les dispositions du PLUiH relatives au stationnement des véhicules motorisés, applicables à l'ensemble des zones, prévoient, pour la parcelle en litige, une place de stationnement par logement et une place de stationnement maximum pour 90 m² de surface de plancher de bureau.

10. Le permis de construire modificatif objet du présent litige, qui ne modifie ni le nombre de logements du projet, ni la surface de bureaux, ni enfin le nombre de places de stationnement, ne comporte, par rapport au permis initial et au premier permis modificatif délivré le 24 mai 2017, que des modifications étrangères aux règles fixées par les dispositions du PLUiH relatives au stationnement des véhicules motorisés. Le moyen tiré de la méconnaissance de ces dispositions est donc inopérant et doit être écarté.

11. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée par la commune de Toulouse, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI GALP doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées par la société AIB Patrimoine sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes des dispositions de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme : " Lorsque le droit de former un recours pour excès de pouvoir contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager est mis en œuvre dans des conditions qui traduisent un comportement abusif de la part du requérant et qui causent un préjudice au bénéficiaire du permis, celui-ci peut demander, par un mémoire distinct, au juge administratif saisi du recours de condamner l'auteur de celui-ci à lui allouer des dommages et intérêts () ".

13. La société AIB Patrimoine demande au tribunal de condamner la SCI GALP à lui verser la somme de 50 000 euros à titre de dommages et intérêts, en réparation des préjudices qui résulteraient de ce recours contentieux. Toutefois, et même si les moyens soulevés par la SCI GALP ne sont pas fondés, il ne résulte pas de l'instruction que le recours pour excès de pouvoir introduit par cette société aurait été mis en œuvre dans des conditions traduisant un comportement abusif de sa part, alors d'ailleurs que la société AIB Patrimoine n'établit nullement la réalité de son préjudice. Dans ces conditions, les conclusions présentées par la société AIB Patrimoine sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la société AIB Patrimoine et de la commune de Toulouse, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la SCI GALP au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces mêmes dispositions et de mettre à la charge de la SCI GALP le versement à la société AIB Patrimoine et à la commune de Toulouse de la somme de 1 500 euros chacune.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société civile immobilière GALP est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société AIB Patrimoine sur le fondement de l'article L. 600-7 du code de l'urbanisme sont rejetées.

Article 3 : La société civile immobilière GALP versera à la société AIB Patrimoine et à la commune de Toulouse la somme de 1 500 euros chacune au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière GALP, à la société AIB Patrimoine et à la commune de Toulouse.

Délibéré après l'audience du 7 avril 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Poupineau, présidente,

M. Quessette, conseiller,

M. Frindel, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.

Le rapporteur,

T. A

La présidente,

V. POUPINEAULa greffière,

B. RODRIGUEZ

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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