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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001696

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001696

mardi 9 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001696
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 1
Avocat requérantFAIVRE-VILOTTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 31 mars 2020 et 27 mai 2021, M. A C, représenté par Me Faivre-Vilotte, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision en date du 18 février 2020 par laquelle la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) a refusé de lui accorder le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite au titre du handicap et de la catégorie insalubre ;

2°) d'enjoindre à la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales et à la Caisse des dépôts et consignations de l'admettre à la retraite, de façon rétroactive depuis le 4 mai 2019, dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard en application des articles L. 911-1 et L. 911-3 du code de justice administrative ;

3°) de mettre à la charge solidaire de la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales et de la Caisse des dépôts et consignations le paiement d'une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision contestée est entachée d'une incompétence son auteur ;

- il devait bénéficier d'un départ anticipé à la retraite conformément à l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires ;

- l'article 53 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 méconnaît le principe constitutionnel d'égalité consacré par l'article 1er de la constitution du 4 octobre 1958 ;

- la décision attaquée est contraire au principe constitutionnel d'égalité devant la loi ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article L. 242-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une méconnaissance de l'article 26 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 ;

- elle méconnaît les principes de sécurité juridique et de confiance légitime.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 16 avril et 29 juin 2021, la Caisse des dépôts et consignations, représentée par son directeur, conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens sont infondés.

Par une ordonnance du 7 janvier 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 25 janvier 2022 à 12 h 00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Constitution du 4 octobre 1958 ;

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales ;

- le décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004 relatif au régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, la présidente du tribunal a désigné M. D pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. D ;

- les conclusions de M. Luc, rapporteur public ;

- et les observations de Me Faivre-Vilotte, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

1. M. A C a demandé le bénéfice d'une retraite anticipée à compter du 1er août 2019 au titre du handicap et de la catégorie insalubre. Le 10 juillet 2019, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL) a rendu un avis défavorable à son départ à la retraite anticipé, contesté par l'intéressé le 2 décembre 2019. Par une décision du 18 février 2020, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales a confirmé son refus, faute pour M. C de remplir les conditions d'une retraite anticipée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, dans sa version applicable au litige : " I. - La liquidation de la pension intervient : 1° Lorsque le fonctionnaire civil est radié des cadres par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date de l'admission à la retraite, l'âge de soixante ans, ou de cinquante-cinq ans s'il a accompli au moins quinze ans de services dans des emplois classés dans la catégorie active. Sont classés dans la catégorie active les emplois présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles. La nomenclature en est établie par décret en Conseil d'Etat ; () ". Aux termes de l'article 21 du décret n° 2004-1056 du 5 octobre 2004, dans sa version applicable au litige : " I. - La liquidation de la pension intervient : 1° Lorsque l'intéressé est radié des contrôles par limite d'âge, ou s'il a atteint, à la date d'admission à la retraite, l'âge de soixante ans, ou de cinquante-cinq ans s'il a effectivement accompli quinze ans de services dans des emplois comportant des risques particuliers d'insalubrité. Les catégories d'emplois comportant ces risques sont déterminées dans les conditions fixées au II ; () / II. - La liquidation de la pension à cinquante-cinq ans prévue au 1° du I du présent article est réservée aux intéressés accomplissant des travaux ou occupant des emplois dont la liste est fixée aux annexes du décret n° 67-711 du 18 août 1967 fixant les conditions d'application du régime des pensions des ouvriers des établissements industriels de l'Etat. () ".

3. Il ressort des dispositions précitées que les agents ayant occupé un emploi classé en catégorie insalubre doivent être regardés comme ayant exercé un emploi présentant un risque particulier ou des fatigues exceptionnelles au sens de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite, soit un emploi classé dans la catégorie active. Ces agents peuvent alors, conformément aux dispositions précitées, sur leur demande, obtenir leur admission à la retraite dès l'âge de cinquante-cinq ans, sous réserve d'avoir accompli au moins quinze ans de services dans un emploi classé dans la catégorie active. En l'espèce, il n'est pas contesté que M. C a occupé un emploi d'ouvrier d'Etat, classé en catégorie insalubre au regard de l'article 21 du décret n° 2004-1056 de 1990 à 2006, soit pendant seize ans. Cet emploi relevant de la catégorie active, la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales ne pouvait se fonder sur l'absence de services actifs accomplis par le requérant pour lui refuser le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite.

4. En second lieu, aux termes de l'article 53 du décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 : " I. - Pour les fonctionnaires de l'Etat intégrés d'office dans les cadres de la fonction publique territoriale ou hospitalière, les services relevant de la catégorie active au regard du code des pensions civiles ou militaires de retraite sont considérés comme tels au regard du présent régime. / () / II. - Lorsqu'un agent a accompli des services mentionnés à l'article L. 5 du code des pensions civiles et militaires antérieurement à son affiliation à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, la pension est liquidée par cette dernière pour l'ensemble des services () ".

5. Le principe d'égalité ne s'oppose pas à ce que l'autorité investie du pouvoir réglementaire règle de façon différente des situations différentes ni à ce qu'elle déroge à l'égalité pour des raisons d'intérêt général, pourvu que, dans l'un comme dans l'autre cas, la différence de traitement qui en résulte soit en rapport avec l'objet de la norme qui l'établit et ne soit pas manifestement disproportionnée.

6. Les dispositions de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite citées au point 2 ont pour objet, en accordant une possibilité de liquidation anticipée de la pension en cas d'accomplissement de quinze années de services dans des emplois classés dans la catégorie active, de tenir compte du risque particulier ou des fatigues exceptionnelles que présentent certains emplois. Alors que les services accomplis dans des emplois classés dans la catégorie active ouvrent droit, s'ils sont accomplis au service de l'Etat, à une liquidation anticipée de la pension, les dispositions du I de l'article 53 du décret du 26 décembre 2003 citées au point 4, dont la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales s'est prévalue dans la décision rejetant le recours gracieux de M. C et reprises dans le mémoire de la Caisse des dépôts et consignations, conduisent à ce qu'il n'en aille de même que pour les services relevant de la catégorie active au regard du code des pensions civiles ou militaires de retrait accomplis par les seuls fonctionnaires de l'Etat intégrés d'office dans les cadres de la fonction publique territoriale ou hospitalière.

7. Les dispositions précitées du I de l'article 53 du décret du 26 décembre 2003 en tant qu'elles excluent toute prise en compte au titre de la catégorie active, pour les agents de l'Etat autres que ceux intégrés d'office dans les cadres de la fonction publique territoriale ou hospitalière, des services classés en catégorie active qu'ils ont rendus auparavant alors qu'ils relevaient de la fonction publique de l'Etat, sans égard pour le risque particulier ou les fatigues exceptionnelles que ces services présentaient effectivement, ont institué une différence de traitement entre ces agents et les agents ayant effectué toute leur carrière au service des collectivités territoriales ou des établissements hospitaliers ou terminant leur carrière dans ces fonctions publiques après une intégration d'office depuis la fonction publique de l'Etat. Cette différence de traitement est sans rapport avec l'objet de la norme qui établit la possibilité de liquidation anticipée de la pension en cas d'accomplissement de quinze années de services dans des emplois classés dans la catégorie active en raison du risque particulier ou des fatigues exceptionnelles que présentent ces emplois. En l'absence de considérations d'intérêt général de nature à justifier cette différence, elle porte atteinte au principe d'égalité de traitement des agents publics.

8. Il n'est pas contesté que si les services accomplis par M. C en catégorie active alors qu'il était dans la fonction publique de l'Etat sont pris en compte, il remplit la condition d'accomplissement de quinze années de services accomplis en catégorie active posée par les dispositions du 1° du I de l'article L. 24 du code des pensions civiles et militaires de retraite alors applicables à sa situation. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, le requérant est fondé à demander l'annulation de la décision du 18 février 2020 par laquelle la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales lui a refusé le bénéfice d'un départ anticipé à la retraite.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Aux termes de l'article L. 911-1 du code de justice administrative : " Lorsque sa décision implique nécessairement qu'une personne morale de droit public ou un organisme de droit privé chargé de la gestion d'un service public prenne une mesure d'exécution dans un sens déterminé, la juridiction, saisie de conclusions en ce sens, prescrit, par la même décision, cette mesure assortie, le cas échéant, d'un délai d'exécution () ".

10. L'exécution du présent jugement implique seulement qu'il soit enjoint au directeur de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales de procéder au réexamen de la demande de mise à la retraite anticipée du requérant, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Aux termes de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation. "

12. Il y a lieu de mettre à la charge de la Caisse des dépôts et consignations, agissant en qualité de gestionnaire de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales, la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 18 février 2020 de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales de procéder au réexamen de la demande de mise à la retraite anticipée de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La Caisse des dépôts et consignations versera à M. C la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au directeur général de la Caisse des dépôts et consignations et au directeur de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.

Le magistrat désigné,

J-C. D

La greffière,

M. B

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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