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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2001906

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2001906

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2001906
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationJuge unique chambre 3
Avocat requérantCAZANAVE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 avril 2020, Mme C B, représentée par Me Cazanave, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 3 mars 2020 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de la Haute-Garonne a rejeté son recours ;

3°) d'enjoindre, à titre principal, à la commission de médiation du droit au logement opposable de la Haute-Garonne de reconnaître comme prioritaire et urgente sa demande d'hébergement et de lui assurer ainsi qu'à sa famille un hébergement stable et adapté dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre, à titre subsidiaire, à la commission de médiation du droit au logement opposable de la Haute-Garonne de réexaminer sa demande dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros, par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros, à payer à son conseil sous réserve qu'il renonce à percevoir l'indemnité d'aide juridictionnelle, sur le fondement des dispositions du 2° de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ou, à défaut d'admission à l'aide juridictionnelle, à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- cette décision est entachée d'erreur de droit faute d'un examen sérieux de la situation de sa famille ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation et des dispositions de l'article R. 441-14-1 du même code car la commission ne pouvait exiger que sa situation présente le caractère de circonstances exceptionnelles ;

- cette décision est entachée d'erreur de droit car la commission ne pouvait se fonder sur le rejet de sa demande d'asile et la non-exécution d'une mesure d'éloignement ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de la composition de la cellule familiale, de la situation de sa famille ainsi que de la situation sanitaire en raison de la covid-19 ;

- cette décision méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 3 décembre 2020 et le 3 août 2022, le préfet de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requérante bénéficie d'un logement adapté dans le parc privé depuis septembre 2020 ;

- les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire par une décision du 25 septembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention relative aux droits de l'enfant signée à New York le 26 janvier 1990 ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente du tribunal a désigné M. Grimaud, vice-président, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le magistrat désigné a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Grimaud, président, magistrat désigné, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ".

2. Postérieurement à l'enregistrement de la requête, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à Mme B par une décision du 25 septembre 2020. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur sa demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, si le préfet de la Haute-Garonne fait valoir que Mme B a obtenu un logement dans le parc privé en septembre 2020, cette circonstance, faute de toute information sur le caractère durable de l'obtention de ce logement, n'est pas de nature à priver d'objet sa requête, qui tend à l'obtention d'un hébergement durable. Il y a donc lieu de statuer sur cette requête.

4. En second lieu, aux termes du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande. Si le demandeur ne justifie pas du respect des conditions de régularité et de permanence du séjour mentionnées au premier alinéa de l'article L. 300-1, la commission peut prendre une décision favorable uniquement si elle préconise l'accueil dans une structure d'hébergement. La commission de médiation transmet au représentant de l'Etat dans le département ou, en Ile-de-France, au représentant de l'Etat dans la région la liste des demandeurs pour lesquels doit être prévu un tel accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale et précise, le cas échéant, les mesures de diagnostic ou d'accompagnement social nécessaires ". Aux termes de l'article R. 441-14-1 du même code : " La commission, saisie sur le fondement du II ou du III de l'article L. 441-2-3, se prononce sur le caractère prioritaire de la demande et sur l'urgence qu'il y a à attribuer au demandeur un logement ou à l'accueillir dans une structure d'hébergement, en tenant compte notamment des démarches précédemment effectuées dans le département ou en Ile-de-France dans la région ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier que Mme B résidait, à la date de la décision attaquée, avec son époux et ses deux enfants alors âgés de trois ans et un an, dans un hébergement hôtelier, dénommé Appart City Colomiers dans le cadre d'une mise à l'abri décidée au titre de l'hébergement d'urgence depuis le 1er juin 2019. Or, un tel hébergement, prévu par les dispositions de l'article L. 345-2-2 du code de l'action sociale et des familles, ne saurait être regardé comme conforme aux exigences des dispositions du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Dès lors, et eu égard à la précarité de la situation de la famille et au jeune âge de ses enfants, Mme B est fondée à soutenir que la commission de médiation, qui s'est d'ailleurs fondée à tort sur l'absence d'enfant en bas âge au sein de la famille, a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

6. Il résulte de ce qui précède que Mme B est fondée à demander l'annulation de la décision du 3 mars 2020 par laquelle la commission de médiation du droit au logement opposable de la Haute-Garonne a rejeté son recours.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. Le présent jugement implique nécessairement, au sens de l'article L. 911-1 du code de justice administrative, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, que la commission de médiation de la Haute-Garonne reconnaisse le caractère prioritaire et urgent de la demande d'accueil de Mme B dans une structure d'hébergement relevant des dispositions de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation dans un délai d'un mois à compter de sa notification.

Sur les frais liés au litige et les dépens :

8. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 susvisée. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Cazanave renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cazanave de la somme de 1 400 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision de la commission de médiation du 3 mars 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à la commission de médiation de la Haute-Garonne, sous réserve d'un changement dans les circonstances de fait ou de droit, de reconnaître le caractère prioritaire et urgent de la demande d'hébergement de Mme B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'État versera la somme de 1 400 (mille quatre cents) euros à Me Cazanave en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve que Me Cazanave renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié Mme C B et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

- Copie en sera adressée au préfet de la Haute-Garonne.

- Copie en sera adressée à Me Cazanave.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.

Le magistrat désigné,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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