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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2002053

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2002053

jeudi 13 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2002053
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantVIMINI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 mai 2020, M. B C et la , représentés par Me Vimini, demandent au tribunal :

1°) d'annuler le refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France du 30 septembre 2019 relatif au projet de modification d'un bâtiment situé , à Toulouse, pour la création d'un atelier de pâtisserie ;

2°) d'annuler l'arrêté du 10 octobre 2019 par lequel le maire de Toulouse a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 29 août 2019 en vue de procéder à des aménagements intérieurs et à des modifications extérieures d'un bâtiment situé , pour la création d'un atelier de pâtisserie ;

3°) d'annuler la " décision " par laquelle le préfet de la région Occitanie a confirmé le refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France relatif au projet de création d'un atelier de pâtisserie ;

4°) d'enjoindre au maire de Toulouse d'octroyer à M. C une décision de non-opposition à déclaration préalable, dans le délai de quinze jours à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard, ou à défaut de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable, dans un délai d'un mois à compter de la date de notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 250 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de la commune de Toulouse une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'avis de l'architecte des bâtiments de France est insuffisamment motivé ;

- l'avis du préfet est insuffisamment motivé ;

- cet avis est entaché d'un vice d'incompétence ;

- l'avis de l'architecte des bâtiments de France est entaché d'une erreur de fait, le bâtiment sur lequel sont prévus des travaux étant une construction pérenne ;

- il est entaché d'une erreur d'appréciation dès lors que le bâtiment ne dégrade pas un passage public et n'est pas concerné par l'objectif de curetage des cours intérieures et que les travaux auront pour effet d'améliorer le bâtiment existant ;

- la destruction du bâtiment ne peut pas être envisagée, contrairement à l'avis de l'architecte des bâtiments de France, de sorte que cet avis et celui du préfet sont entachés d'erreur manifeste d'appréciation et d'erreur de droit ;

- le préfet a commis une erreur d'appréciation, dès lors que l'existence d'un site patrimonial remarquable ne suffit pas à elle seule à empêcher tout projet d'amélioration d'un bâtiment existant, en particulier lorsqu'aucun monument classé ne se situe en covisibilité.

Par un mémoire, enregistré le 26 novembre 2020, le préfet de la région Occitanie conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 27 novembre 2020, la commune de Toulouse, représentée par Me Teisseyre, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 2 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 4 octobre 2021.

Par un courrier du 12 septembre 2022, les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions tendant à l'annulation du refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France du 30 septembre 2019 et de l'avis par lequel le préfet de la région Occitanie a confirmé ce refus d'accord, dès lors qu'il s'agit d'actes insusceptibles de recours contentieux (CE, 19 février 2014, Ministre de la culture et de la communication c/ commune de Linas, n° 361769).

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Namer, rapporteure,

- les conclusions de Mme Matteaccioli, rapporteure publique,

- et les observations de Me Vimini, représentant M. C et la , et de Me Bonnel, représentant la commune de Toulouse.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, agissant pour la , a déposé le 29 août 2019 une déclaration préalable auprès de la mairie de Toulouse, en vue de procéder à des aménagements intérieurs et à des modifications extérieures d'un bâtiment situé , au sein d'une cour intérieure, afin de permettre la transformation de ce bâtiment en atelier de pâtisserie. Le maire de Toulouse a transmis le dossier de déclaration préalable, en application de l'article L. 632-2 du code du patrimoine et de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme, à l'architecte des bâtiments de France, qui a refusé de donner son accord pour la réalisation du projet par un avis du 30 septembre 2019. Par arrêté du 10 octobre 2019, le maire de Toulouse a fait opposition à la déclaration préalable. M. C ayant saisi le préfet de la région Occitanie, ce dernier a confirmé le refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France, par un avis non daté, après avoir consulté la commission régionale du patrimoine et de l'architecture. Par leur requête, M. C et la demandent l'annulation du refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France du 30 septembre 2019, de l'arrêté du maire de Toulouse du 10 octobre 2019 portant opposition à déclaration préalable et de la " décision " du préfet de région confirmant le refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus d'accord de l'architecte des bâtiments de France du 30 septembre 2019 et de l'avis par lequel le préfet de la région Occitanie a confirmé ce refus d'accord :

2. Aux termes de l'article R. 423-54 du code de l'urbanisme : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, l'autorité compétente recueille l'accord ou, pour les projets mentionnés à l'article L. 632-2-1 du code du patrimoine, l'avis de l'architecte des Bâtiments de France ". Aux termes de l'article R. 424-14 du même code : " Lorsque le projet est situé dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable ou dans les abords des monuments historiques, le demandeur peut, en cas d'opposition à une déclaration préalable ou de refus de permis fondé sur un refus d'accord de l'architecte des Bâtiments de France, saisir le préfet de région, par lettre recommandée avec demande d'avis de réception, d'un recours contre cette décision dans le délai de deux mois à compter de la notification de l'opposition ou du refus () ".

3. Il résulte de ces dispositions que la délivrance d'une autorisation d'urbanisme est subordonnée, lorsque les travaux envisagés sont situés dans le périmètre d'un site patrimonial remarquable, à l'avis conforme de l'architecte des bâtiments de France ou, lorsque celui-ci a été saisi, du préfet de région. Si l'avis de celui-ci se substitue alors à celui de l'architecte des bâtiments de France, l'ouverture d'un tel recours administratif, qui est un préalable obligatoire à toute contestation de la position ainsi prise au regard de la protection du site patrimonial remarquable, n'a ni pour objet ni pour effet de permettre l'exercice d'un recours contentieux contre cet avis. La régularité et le bien-fondé de l'avis de l'architecte des bâtiments de France ou, le cas échéant, de la décision du préfet de région ne peuvent être contestés qu'à l'appui d'un recours pour excès de pouvoir dirigé contre la décision de refus d'autorisation d'urbanisme et présenté par une personne ayant un intérêt pour agir. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. C et de la tendant à l'annulation des avis de l'architecte des bâtiments de France et du préfet de la région Occitanie sont irrecevables et doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2019 portant opposition à déclaration préalable :

4. Aux termes du I de l'article L. 632-2 du code du patrimoine : " L'autorisation prévue à l'article L. 632-1 est, sous réserve de l'article L. 632-2-1, subordonnée à l'accord de l'architecte des Bâtiments de France, le cas échéant assorti de prescriptions motivées. A ce titre, ce dernier s'assure du respect de l'intérêt public attaché au patrimoine, à l'architecture, au paysage naturel ou urbain, à la qualité des constructions et à leur insertion harmonieuse dans le milieu environnant. Il s'assure, le cas échéant, du respect des règles du plan de sauvegarde et de mise en valeur ou du plan de valorisation de l'architecture et du patrimoine () ".

5. Le bâtiment, objet des modifications projetées, est situé dans le périmètre du site patrimonial remarquable de Toulouse, anciennement secteur sauvegardé de Toulouse, institué par arrêté ministériel du 21 août 1986. Il s'agit d'un bâtiment en bois, avec une toiture en plaques de fibrociment, sans caractéristique architecturale remarquable, situé au sein de la cour intérieure d'un immeuble. Ce bâtiment, eu égard à ses caractéristiques, nuit à la conservation et à la mise en valeur de l'environnement du patrimoine historique et architectural protégé au titre du site patrimonial et remarquable de Toulouse, mais également à la mise en valeur du mur de clôture de la cour intérieure, en briques et galets et à la valorisation du coeur d'îlot qu'il occupe. Toutefois, sa disparition, par le curetage des cours intérieures prévu dans le cadre de la mise en œuvre du futur plan de sauvegarde et de mise en valeur, ne pourra être envisagée qu'après l'entrée en vigueur de ce plan, qui est seulement en cours d'élaboration à la date de l'arrêté litigieux. Les travaux envisagés par le pétitionnaire sur ce bâtiment consistent en la modification d'une ouverture, la création d'une rampe d'accès à cette ouverture élargie et l'installation de grilles à ventelles en deux endroits sur les façades sud et ouest, étant précisé que la grille prévue en façade ouest doit être installée en remplacement d'une baie. Ni les caractéristiques de ces modifications minimes ni les matériaux, choisis dans des teintes sombres qui rendront les aménagements discrets, n'aggravent, par eux-mêmes, les nuisances causées par le bâtiment au patrimoine environnant (ni n'ont pour objet ou pour effet de pérenniser par eux-mêmes sa présence[GP1][NS2]). Par suite, le préfet a commis une erreur d'appréciation en considérant que, par sa nature, le projet porte atteinte à la qualité et à la conservation de l'environnement du patrimoine historique et architectural à l'intérieur du périmètre du site patrimonial remarquable de Toulouse.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C et la sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 10 octobre 2019 par lequel le maire de Toulouse a fait opposition à la déclaration préalable déposée le 29 août 2019. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun autre moyen soulevé n'est susceptible d'entraîner l'annulation de cet acte.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

7. Dès lors que le maire de Toulouse doit, pour délivrer une décision de non-opposition à la déclaration préalable de travaux déposée par M. C, obtenir l'accord de l'architecte des bâtiments de France, l'exécution du présent jugement n'implique pas qu'il délivre une telle décision de non-opposition à la déclaration préalable, mais seulement qu'il instruise de nouveau la déclaration préalable, en saisissant l'architecte des bâtiments de France, et en tenant compte des motifs du présent jugement. Il y a lieu d'ordonner cette nouvelle instruction dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction de l'astreinte demandée.

Sur les frais liés au litige :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des requérants, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme que la commune de Toulouse demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la commune une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par M. C et la et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 10 octobre 2019 d'opposition à déclaration préalable est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au maire de Toulouse de procéder à une nouvelle instruction de la déclaration préalable déposée par M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : La commune de Toulouse versera à M. C et la une somme globale de 1 500 (mille cinq cents) euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à la , à la commune de Toulouse et au préfet de la région Occitanie.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Grimaud, président,

M. Bernos, premier conseiller,

Mme Namer, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2022.

La rapporteure,

S. NAMER

Le président,

P. GRIMAUD La greffière,

M. A

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière en chef

[GP1]Proposition

[NS2R1]Ok avec cet ajout

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