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AccueilJurisprudence administrativeN° TA31-2002073

Tribunal Administratif de Toulouse — Décision N° TA31-2002073

mardi 30 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Toulouse
SectionTribunal Administratif de Toulouse
N° DossierTA31-2002073
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS MONTAZEAU & CARA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces enregistrés le 7 mai 2020, le 4 juin 2020 et le 20 octobre 2022, Mme D B, représentée par Me Montazeau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de surseoir à statuer dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse saisie de son appel à l'encontre du jugement du tribunal judiciaire de Toulouse du 11 août 2022 ;

2°) d'annuler la décision du 18 mai 2020 par laquelle le président du département de la Haute-Garonne a refusé de désaffecter à la circulation publique la route départementale 54A empiétant sur sa propriété ;

3°) d'enjoindre au département de la Haute-Garonne de démolir la route départementale et de fermer cet espace à la circulation des véhicules sous astreinte de 200 euros par jour de retard à compter d'un délai de 3 mois suivant la notification du jugement à intervenir ;

4°) de condamner le département de la Haute-Garonne à lui verser la somme de 4 000 euros en réparation du préjudice qu'elle estime avoir subi ;

5°) de mettre à la charge du département de la Haute-Garonne la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Mme B soutient que :

- sa requête est recevable dès lors que l'emprise irrégulière n'est pas constitutive d'une voie de fait ; elle subit un trouble dans ses conditions d'existence du fait de l'implantation de la voie départementale ; le contentieux sera lié avant la clôture de l'instruction par la naissance d'une décision en réponse à sa demande formulée par courrier du 10 mars 2020 ;

- l'ouvrage litigieux a été implanté de manière irrégulière sur des parcelles lui appartenant : le département de la Haute-Garonne ne justifie pas avoir acquis l'assiette foncière du chemin de Taillassou ni qu'il aurait fait l'objet d'une procédure d'expropriation ou d'une décision de préemption en sa faveur ; le jugement d'expropriation n'a pas été prononcé au profit de la commune ou du département de la Haute-Garonne, n'a pu valoir transfert de propriété en l'absence du versement d'une indemnité et n'a pas été publié à la conservation des hypothèques ; l'acte administratif de classement de la voirie dans le domaine public départemental ne constitue pas une preuve de propriété ;

- le jugement du tribunal de judiciaire de Toulouse du 11 août 2022 ne reconnaît pas la propriété du département de la Haute-Garonne sur la voie départementale et il n'est pas assorti de l'exécution provisoire ;

- aucune régularisation de l'implantation de l'ouvrage public n'est possible ;

- une mesure d'expropriation ne poursuivrait pas une finalité d'intérêt général compte tenu de l'inadaptation et de l'étroitesse de la voie qui rendent le trafic dangereux ; le bilan coûts-avantages apparaîtrait négatif ;

- le tribunal pourra enjoindre au département de la Haute-Garonne de libérer les lieux dès lors qu'il n'y a pas d'atteinte excessive à l'intérêt général ; le bruit généré par le passage des véhicules la prive d'un usage normal du parc jouxtant la voie ; l'usage de la voie ne présente aucun intérêt public depuis la remise en gabarit de la route départementale n° 31 et l'édification de 3 ronds-points ; la sécurité des usagers n'est pas assurée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 22 septembre 2022, le président du conseil départemental de la Haute-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- à titre principal, Mme B ne peut se prévaloir de la propriété d'une partie de la route départementale 54A dès lors que le tribunal judiciaire de Toulouse, dans son jugement du 11 août 2022, a décidé que cette route relève du statut des biens du domaine public routier ;

- à titre subsidiaire, si Mme B devait être regardée comme disposant d'un titre de propriété, l'utilité de la route départementale existe toujours et sa suppression entrainerait une atteinte excessive à l'intérêt général.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Biscarel,

- les conclusions de Mme Nègre-Le Guillou, rapporteure publique,

- et les observations de Me Dufour, substituant Me Montazeau, représentant Mme B,

- et les observations de M. A, pour le département de la Haute-Garonne.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B a acquis en 2008 un ensemble bâti et non bâti dit " E " en bordure de la route départementale n° 54A sur le territoire de la commune de Lanta (Haute-Garonne). Estimant être propriétaire d'une partie de cette voie départementale, elle a demandé le 10 mars 2020 au président du département de la Haute-Garonne de désaffecter à la circulation publique pour défaut d'utilité publique et emprise irrégulière la route départementale n° 54A et de lui verser la somme de 4 000 euros en réparation de ses préjudices. Par courrier du 18 mai 2020, le président du département de la Haute-Garonne a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin de sursis à statuer :

2. Sauf dispositions législatives contraires, la responsabilité qui peut incomber à l'Etat ou aux autres personnes morales de droit public en raison des dommages imputés à leurs services publics administratifs est soumise à un régime de droit public et relève en conséquence de la juridiction administrative. Cette compétence, qui découle du principe de la séparation des autorités administratives et judiciaires posé par l'article 13 de la loi des 16-24 août 1790 et par le décret du 16 fructidor an III, ne vaut toutefois que sous réserve des matières dévolues à l'autorité judiciaire par des règles ou principes de valeur constitutionnelle. Dans le cas d'une décision administrative portant atteinte à la propriété privée, le juge administratif, compétent pour statuer sur le recours en annulation d'une telle décision et, le cas échéant, pour adresser des injonctions à l'administration, l'est également pour connaître de conclusions tendant à la réparation des conséquences dommageables de cette décision administrative, hormis le cas où elle aurait pour effet l'extinction du droit de propriété. Si la décision d'édifier un ouvrage public sur la parcelle appartenant à une personne privée porte atteinte au libre exercice de son droit de propriété par celle-ci, elle n'a, toutefois, pas pour effet l'extinction du droit de propriété sur cette parcelle.

3. Il résulte de l'instruction que les conclusions de Mme B tendent principalement à la réparation des conséquences, par la construction de la route départementale n° 54 A, de l'atteinte portée à sa propriété privée, laquelle n'a pas pour effet l'extinction de son droit de propriété. Par suite, les conclusions à fin de sursis à statuer présentées par Mme B, dans l'attente de l'arrêt de la cour d'appel de Toulouse saisie de l'appel à l'encontre du jugement du tribunal judiciaire de Toulouse du 11 août 2022 doivent être rejetées.

Sur l'existence d'une emprise irrégulière :

4. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté, par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences du déplacement ou de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si le déplacement ou la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

5. Mme B soutient que le département de la Haute-Garonne ne pouvait classer dans son domaine public routier une partie du chemin de Taillassou, d'une longueur de 250 mètres dont elle est propriétaire. Il résulte tout d'abord de l'instruction que par délibération du 21 décembre 1993, le conseil municipal de la commune de Lanta a décidé de déclasser le chemin rural de Taillassou sur 435 mètres et a demandé au département de l'intégrer dans la voirie départementale. Par délibération du 4 mai 1994, la commission permanente du département de la Haute-Garonne a décidé de classer définitivement dans la voirie départementale le chemin de Taillassou à Lanta sur une longueur de 435 mètres. Ces délibérations, qui n'ont pas fait l'objet de recours, sont devenues définitives. Ensuite, Mme B ne remet pas sérieusement en cause, par les pièces qu'elle produit lesquelles ne mentionnent pas le chemin de Taillassou, ni le fait que le chemin rural appartenait à la commune en 1993 au moment de la demande d'intégration dans la voirie départementale, ni le fait que la portion de voie litigieuse appartient bien au domaine public routier depuis 29 ans. Il résulte au demeurant de l'instruction que le tribunal judiciaire de Toulouse a jugé le 11 août 2022 que " les parcelles dont est propriétaire Mme B ne peuvent inclure l'emprise de la route départementale 54 A. Si tel était le cas, sa propriété porterait sur une emprise totale de l'ordre de 45 000 m² () La démonstration est la même pour les parcelles situées au nord de la route qu'elle possède en indivision avec son frère. Au vu de ces éléments, Mme B ne peut prétendre justifier d'un titre sur le chemin litigieux. Elle ne peut pas plus justifier de son acquisition par l'écoulement du temps. ". Il résulte de l'ensemble de ces éléments que la portion de la route départementale n° 54 située sur le chemin de Taillassou appartient au domaine public routier départemental depuis 1994. Dès lors, Mme B n'est pas fondée à soutenir que cette portion de la voie départementale serait constitutive d'une emprise irrégulière sur sa propriété.

6. Il résulte de tout ce qui précède qu'en l'absence d'emprise irrégulière, Mme B n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 18 mai 2020 du département de la Haute-Garonne. Pour le même motif, ses conclusions à fin d'injonction ainsi que ses conclusions indemnitaires doivent également être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

7. Les dispositions de l'article L.761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du département de la Haute-Garonne, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et au département de la Haute-Garonne.

Délibéré après l'audience du 16 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Héry, présidente,

Mme Soddu, première conseillère,

Mme Biscarel, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.

La rapporteure,

B. BISCAREL

La présidente,

F. HÉRY La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Garonne en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme :

La greffière en chef,

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